Les priorités de la prochaine Commission européenne en matière de santé
Dans son discours face aux eurodéputés avant sa réélection jeudi (18 juillet), Ursula von der Leyen n’a pas explicitement évoqué la santé, si ce n'est les questions de santé mentale. Toutefois, la santé figure bel et bien dans ses orientations politiques pour la législature à venir.
Dans son discours face aux eurodéputés avant sa réélection jeudi (18 juillet), Ursula von der Leyen n’a pas explicitement évoqué la santé, si ce n’est les questions de santé mentale. Toutefois, la santé figure bel et bien dans ses orientations politiques pour la législature à venir. On y retrouve, entre autres, un acte législatif sur les médicaments critiques (Critical Medicines Act) pour lutter contre les pénuries.
Comme indiqué dans l’avant-propos des orientations politiques de la Commission pour la période 2024-2029, les lignes directrices du document « ne constituent pas un programme de travail exhaustif, mais visent à orienter notre travail commun ».
Pénuries de médicaments
Dans le document d’une quarantaine de pages, il est indiqué que l’Europe doit devenir plus résiliente et moins dépendante des approvisionnements provenant de pays non-UE. La note met aussi en lumière le lien entre la santé et le secteur pharmaceutique comme un domaine clé nécessitant une action urgente.
« L’UE est confrontée à de graves pénuries de dispositifs médicaux et de médicaments : il devient particulièrement difficile de se procurer des antibiotiques, des antidouleurs, de l’insuline et d’autres produits », est-il écrit. « Pour y remédier, nous proposerons un acte législatif sur les médicaments critiques afin de réduire les dépendances concernant des médicaments et ingrédients critiques, en particulier pour les produits qui ne comptent que quelques fabricants ou pays fournisseurs. »
L’idée d’une loi sur cette question était l’un des projets clés de la présidence belge du Conseil de l’UE, et sera accueillie favorablement par le vice-Premier ministre et ministre belge de la Santé, Frank Vandenbroucke, qui pourrait devenir commissaire européen à la Santé sous la prochaine législature.
« La prochaine Commission européenne doit faire davantage pour garantir que les chaînes d’approvisionnement de l’industrie soient plus robustes et diversifiées », affirme Ancel la Santos Quintano, responsable de la politique de santé au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
« Nous attendons également de la Commission qu’elle accorde une attention particulière au résultat afin qu’il conduise à des médicaments plus abordables. »
Dans les orientations politiques, il est indiqué que l’acte sur les médicaments critiques fera partie des travaux plus larges sur l’Union européenne de la santé. L’accent est mis sur les questions relatives aux chaînes d’approvisionnement, mais l’accès aux traitements les plus avancés, à des systèmes de santé plus résilients et à des inventaires stratégiques de médicaments essentiels seront également des points clés, tout comme la poursuite des travaux sur la résistance aux antimicrobiens (RAM).
Prospérité durable et compétitivité
La compétitivité sera un thème majeur pour les cinq années à venir, avec une nouvelle orientation du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) vers un Pacte pour une industrie propre (Clean Industrial Deal). Parmi les propositions concrètes, on retrouve celle d’un Fonds européen pour la compétitivité et un soutien simplifié et plus rapide aux projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC).
La génomique est aussi mise à l’honneur en tant que technologie de pointe et la Commission envisage un acte législatif européen sur les biotechnologies en 2025, qui s’inscrira dans le cadre plus large d’une stratégie européenne pour les sciences de la vie.
Muriel Attané, secrétaire générale de l’Association européenne d’organisations de recherche et de technologie (EARTO), se félicite de l’engagement de Mme von der Leyen à soutenir « l’avant-garde entre les sciences, les technologies et l’industrie émergentes, le lien qui rendra le progrès plus rapide et plus transformateur ».
« Travaillons ensemble pour y parvenir. L’EARTO est déjà dans les starting-blocks », a-t-elle déclaré avec enthousiasme.
Urgences sanitaires
La sécurité sanitaire sera abordée de deux manières différentes durant la prochaine législature.
Toute d’abord, Ursula von der Leyen estime qu’il faut « redoubler d’efforts pour protéger la sécurité de nos systèmes de santé, qui sont de plus en plus la cible de cyberattaques et d’attaques par rançongiciels », raison pour laquelle sa Commission devrait proposer un plan d’action européen sur la cybersécurité des hôpitaux et des prestataires de soins de santé au cours des 100 premiers jours du mandat.
Ensuite, sur la base des travaux de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA), l’exécutif présentera « une nouvelle stratégie visant à soutenir les contre-mesures médicales pour faire face aux menaces pesant sur la santé publique, telles que la sécurité chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN), stratégie qui inclura la passation conjointe de marchés et la constitution de stocks ».
La prévention sanitaire
La Commission intensifiera « la prévention en matière de santé, en particulier dans les domaines de la santé mentale, notamment au travail, et des maladies cardiovasculaires, ainsi que sur les traitements des maladies dégénératives et la recherche sur l’autisme ». À cet effet, elle devrait s’appuyer sur le « modèle concluant » du plan pour vaincre le cancer (Beating Cancer Plan).
Ni les orientations ni le discours ne mentionnent le tabac, l’alcool ou la nutrition, hormis l’éloge de la nourriture européenne, « la plus saine et de la meilleure qualité au monde ».
« Nous sommes favorables à l’intensification des travaux sur la prévention sanitaire et la lutte contre les maladies cardiovasculaires », a déclaré Santos Quintano. Toutefois, le BEUC souligne l’importance de l’alimentation.
Selon lui, « tout comme le risque de cancer, les régimes alimentaires malsains sont les principaux responsables des maladies cardiaques ». Ainsi, faciliter l’accès des consommateurs à des aliments sains et rendre ceux-ci abordables devrait être une priorité pour la prochaine Commission.
Il estime que, pour commencer, celle-ci devrait publier « la proposition législative tant attendue d’une étiquetage [nutritionnel] sur la face avant des emballages afin d’aider les consommateurs à repérer les options alimentaires les plus saines dans les magasins ».
Peter Liese, eurodéputé et coordinateur du Parti populaire européen (PPE) pour la commission de l’Environnement et de la Santé publique du Parlement européen, a salué les engagements concrets pris dans le secteur de la santé.
« La Commission ne se contentera pas de mettre pleinement en œuvre le plan d’action contre le cancer, elle présentera également des plans d’action pour les maladies cardiovasculaires et la santé mentale », s’est-il réjoui.
Dans son discours devant les eurodéputés le 18 juillet, Ursula von der Leyen a surtout évoqué la santé mentale.
Selon elle, « les périodes de développement extraordinaire », notamment grâce à l’IA, sont aussi des périodes « de réelle vulnérabilité ».
« On entend de plus en plus parler de ce que certains qualifient de crise de la santé mentale. Nous devons aborder plus sérieusement cette question. Je suis persuadée que les médias sociaux, conjugués à une exposition excessive aux écrans et à des pratiques addictives, y sont pour quelque chose. »
Pour prévenir cette crise, l’Allemande entend lutter contre le harcèlement en ligne, prendre des mesures contre la conception addictive de certaines plateformes et lancer la première enquête à l’échelle européenne sur les conséquences des réseaux sociaux sur le bien-être des jeunes.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]