Les Tchèques disent adieu à leur président et se préparent à des élections très serrées
Après une décennie au pouvoir, la République tchèque dit finalement adieu à son président controversé, Miloš Zeman, connu pour ses positions pro-russes et pro-chinoises, et espère bientôt accueillir un nouveau président démocratique.
Après une décennie au pouvoir, la République tchèque dit finalement adieu à son président controversé, Miloš Zeman, connu pour ses positions pro-russes et pro-chinoises, et espère bientôt accueillir un nouveau président démocratique.
Récemment, avant la fin de son mandat, qui marquera également le début de sa retraite en mars, M. Zeman a encore repoussé les limites de son pouvoir, suscitant les critiques d’experts en droit constitutionnel.
« Chaque fois que [Miloš] Zeman voyait une occasion de faire quelque chose de surprenant, d’être à la limite de la Constitution ou même de franchir cette limite, il le faisait et causait un certain nombre de problèmes », a expliqué Jan Wintr, un avocat en droit constitutionnel tchèque, à la télévision tchèque jeudi dernier (5 janvier). Il a fait ces commentaires après que le président a déclaré qu’il refuserait de nommer un nouveau ministre de l’Environnement.
Par ailleurs, avant l’invasion russe en Ukraine, M. Zeman entretenait de bonnes relations avec ses homologues chinois et russes et encourageait la coopération avec les deux pays. Toutefois, depuis le début de la guerre, il a commencé à critiquer le président russe Vladimir Poutine.
Dimanche (8 janvier), les opposants à M. Zeman lui ont symboliquement fait leurs adieux à son siège officiel — le Château de Prague — où une manifestation intitulée « Changeons les choses : un démocrate au Château » a eu lieu. Des centaines de personnes y ont assisté.
Le même jour, M. Zeman a insinué qu’avant la fin de son mandat, il pourrait nommer le nouveau responsable de la Cour constitutionnelle.
Les Tchèques se rendront aux urnes ce vendredi (13 janvier) pour le premier tour des élections présidentielles, afin de choisir le successeur de M. Zeman. Le second tour des élections se déroulera les 27 et 28 janvier.
Il est peu probable qu’un candidat remporte la majorité des voix nécessaire pour être élu au premier tour. Toutefois, trois candidats semblent être les plus à même d’atteindre le second tour des élections.
Le parti ANO, qui siège avec le groupe libéral et centriste Renew Europe au Parlement européen, soutient l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, qui est actuellement confronté à un procès dans une affaire de fraude aux subventions européennes. Dans les sondages, il obtient environ 28 % des voix.
L’alliance de centre-droit Ensemble (SPOLU), composée du Parti démocratique civique (Občanská demokratická strana, ODS – groupe des Conservateurs et Réformistes au Parlement européen), de l’Union chrétienne démocrate – Parti populaire tchécoslovaque (Křesťanská a demokratická unie – Československá strana lidová, KDU-ČSL – PPE) et du parti Tradition, responsabilité, prospérité (Tradice, Odpovědnost, Prosperita 09, TOP 09 – PPE), soutient quant à elle trois candidats, dont deux pourraient atteindre le second tour.
Le premier est Petr Pavel, non affilié à un parti et ancien général de l’armée, qui recueille environ 28 % des voix. La seconde candidate est Danuše Nerudová, également non affiliée à un parti et professeure d’économie, avec environ 24 % des voix. Mme Nerudová serait par ailleurs la première femme à occuper le poste de président si elle venait à être élue.
Cependant, Josef Středula, soutenu par le parti social-démocrate ČSSD (Česká strana sociálně demokratická – groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen) et qui recueille 3 % des voix seulement, a annoncé qu’il se retirait de la course et a déclaré dimanche qu’il accordait à présent son soutien à Mme Nerudová.
Parmi les autres candidats en lice soutenus par la SPOLU, on retrouve Pavel Fischer, candidat indépendant et ancien diplomate et sénateur. Il avait obtenu 10,2 % au premier tour de l’élection présidentielle de 2018.
Le second candidat soutenu par la coalition est Marek Hilšer, un médecin à la tête de son propre parti, le parti centriste Marek Hilšer au Sénat (Marek Hilšer do Senátu, MHS). Ce dernier est sans affiliation au niveau européen. M. Hilšer s’était également présenté aux élections présidentielles de 2018, où il était arrivé cinquième.
Le dernier candidat est Jaroslav Bašta du parti de droite Liberté et démocratie directe (Svoboda a přímá demokracie, SPD), qui siège avec le groupe Identité et Démocratie au Parlement européen).
Les derniers sondages du second tour semblent indiquer que M. Pavel et Mme Nerudová pourraient gagner contre Andrej Babiš au second tour. Si Mme Nerudová et M. Pavel se font face au second tour, qui devrait avoir lieu deux semaines après le premier tour, les sondages prévoient des résultats serrés. Certains sondages prévoient que M. Pavel pourrait gagner au second tour contre Mme Nerudová, avec une faible marge cependant.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]