Les Vingt-Sept veulent renforcer le rôle des ministres de la Défense
Les récentes incursions de drones dans les espaces aériens d’États de l’UE ont poussé les dirigeants européens à se pencher sur la vulnérabilité du flanc est du bloc et à repenser la sécurité collective. Lors du sommet informel à Copenhague mercredi 1er octobre, ils ont convenu d’accroître le rôle des ministres de la Défense dans la coordination stratégique.
COPENHAGUE — Lors du sommet du Conseil mercredi, la discussion sur la défense, qui a duré plus de quatre heures, n’a laissé que peu de temps aux dirigeants de l’UE pour aborder d’autres questions pressantes, notamment comment transformer les actifs russes immobilisés au sein de l’Union en prêts pour l’Ukraine et comment faire avancer la candidature de Kiev à l’adhésion au bloc.
Les dirigeants ont toutefois quitté le château de Christiansborg avec une idée plus claire des menaces communes qui pèsent sur leur sécurité, ont confié à Euractiv des diplomates au fait de la réunion. Les débats ont largement porté sur des projets phares en matière de défense, tels que la surveillance du flanc est et un projet de « mur anti-drones ».
« Je pense que nous avons eu de bonnes discussions aujourd’hui et que nous sommes désormais prêts à passer à l’étape suivante », s’est réjoui la Première ministre danoise Mette Frederiksen lors d’une conférence de presse.
Un responsable du Conseil a ajouté que « même les pays du sud reconnaissent que la menace la plus grave à l’heure actuelle vient de l’est, et c’est pourquoi nous devons nous concentrer sur celle-ci ».
António Costa, président du Conseil européen, a quant à lui appelé à une « approche à 360 degrés » en matière de défense, prenant en compte de nombreux aspects.
Nous devons « considérer nos frontières extérieures comme nos frontières communes, à l’est, au nord, au sud et à l’ouest », a-t-il expliqué. « Pour tout le monde, la principale menace à laquelle nous sommes confrontés actuellement vient de la Russie, et en particulier du flanc est », a-t-il poursuivi.
Les pays méditerranéens pourraient toutefois s’avérer difficiles à convaincre de l’urgence de la menace orientale. En mars, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez minimisait les craintes d’une menace russe immédiate pour son pays. « Notre menace n’est pas que la Russie fasse passer ses troupes à travers les Pyrénées », avait-il fait valoir.
Avant le sommet de mercredi, le Premier ministre espagnol a évité la question, tandis que la Première ministre italienne Giorgia Meloni a insisté qu’ignorer le flanc sud dans l’élaboration des plans risquerait de compromettre l’efficacité de ceux-ci.
Pour rendre les projets plus attrayants pour tous, les dirigeants cherchent des moyens d’impliquer plus directement les industries du sud de l’Europe dans les projets de défense, ont indiqué des diplomates à Euractiv.
L’un d’entre eux a averti que les pays du sud risquaient de manquer une occasion de renforcer leurs propres bases industrielles de défense si les États de première ligne choisissaient de garder leur capacité industrielle plus près de chez eux.
Certains signes de mobilisation sont déjà visibles. L’Italie et le Portugal reçoivent des montants importants au titre de l’instrument de prêts pour la défense Security Action for Europe (SAFE), tandis que l’Espagne participe à un projet commun d’avions de combat et de drones avec la France et l’Allemagne, le projet de système de combat aérien du futur (SCAF).
Promotion pour tous les ministres de la Défense
Après le sommet — où aucune déclaration écrite n’a été signée —, les États membres ont convenu de donner aux ministres de la Défense de l’Union davantage de pouvoir dans l’élaboration de la politique de sécurité.
António Costa a expliqué que les ministres se réuniraient plus fréquemment pour peser davantage sur la politique de sécurité entre les sommets du Conseil européen. « Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de donner plus d’autonomie, car nous devons impliquer de plus en plus nos ministres de la Défense au niveau européen », a-t-il déclaré.
Selon nos informations, le projet ne consiste pas à créer un nouveau format, mais à élargir celui qui existe déjà. Actuellement, les ministres de la Défense se réunissent dans le cadre du Conseil des Affaires étrangères, présidé par la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas.
« Le centre de gravité se trouve chez les ministres de la Défense », a noté un responsable du Conseil, tout en précisant que la Commission européenne continuerait à piloter les aspects industriels de la politique de défense. L’objectif, a ajouté le responsable, est de « créer un esprit européen dans le domaine de la défense ».
Une question reste en suspens : celle du rôle d’Andrius Kubilius, premier commissaire européen à la Défense de l’histoire de la Commission européenne. Pour l’heure, ni les responsables du Conseil ni ceux de la Commission n’ont pu dire comment sa fonction s’intégrerait dans les nouvelles dispositions envisagées.