Les viticulteurs européens dénoncent l’inclusion du vin dans la riposte douanière de l’UE contre les États-Unis
Le secteur viticole européen alerte contre la décision de Bruxelles d’intégrer les vins à sa riposte commerciale contre Washington, qui vise 72 milliards d’euros de produits d’exportation américains.
Le secteur viticole européen alerte contre la décision de Bruxelles d’intégrer les vins à sa liste de mesures de rétorsion commerciales contre Washington, qui vise 72 milliards d’euros de produits d’exportation américains. Il n’y a selon eux « aucun intérêt politique, stratégique ou économique » à cela.
Ignacio Sánchez Recarte, qui dirige le Comité européen des entreprises vins (CCEV), un groupe de pression basé à Bruxelles, a confié à Euractiv que les groupes viticoles américains et européens ont « clairement indiqué » que le vin devait être « tenu à l’écart des différends commerciaux » et a exhorté la Commission européenne à conclure un accord commercial avec Washington avant le 1er août, date à laquelle un droit de douane général de 30 % sur les exportations de l’UE vers les États-Unis doit entrer en vigueur.
D’autres spiritueux américains, dont le bourbon, figurent également sur la liste de la Commission, consultée par Euractiv.
« L’inclusion des vins américains dans la liste des produits visés par des mesures de rétorsion ne permettra pas d’atteindre les objectifs de l’UE », a affirmé Ignacio Sánchez Recarte. « Il n’y a aucun intérêt politique, stratégique ou économique à les inclure ! »
Les États-Unis sont le premier marché d’exportation des vins de l’UE, représentant 27 % de la valeur des exportations et 21 % du volume. Mais avec le droit de douane de base de 10 % imposé par Donald Trump — et une hausse à 30 % prévue pour le 1er août — les viticulteurs européens, déjà sous pression en raison de la baisse de la demande mondiale, craignent que le fait de titiller Washington ne déclenche une riposte encore plus sévère.
Le paquet de 72 milliards d’euros, présenté lundi aux ministres du Commerce de l’UE à Bruxelles, est nettement plus modeste que la liste de produits représentant 95 milliards d’euros évoquée en mai, après que Bruxelles a fortement réduit l’impact attendu sur les produits industriels américains.
La valeur des importations de machines concernées a été ramenée de 12 milliards d’euros à 9,4 milliards d’euros ; celle des produits chimiques et des plastiques de 12,9 milliards d’euros à 7,7 milliards d’euros ; celle des produits et pièces automobiles de 12,3 milliards d’euros à 8 milliards d’euros ; et celle des équipements électriques de 7,2 milliards d’euros à 6,1 milliards d’euros.
La valeur des produits agroalimentaires concernés reste inchangée à 6,4 milliards d’euros, tandis que celle des importations d’avions concernés a légèrement augmenté, passant de 10,5 milliards d’euros à 10,8 milliards d’euros.
Les propos de Ignacio Sánchez Recarte ont été repris par l’Association européenne des industries aérospatiales, de sécurité et de défense (ASD), un autre groupe de pression basé à Bruxelles.
« Les guerres commerciales ne font pas de gagnants : elles créent de l’incertitude, perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales et, en fin de compte, nuisent aux industries et aux consommateurs des deux côtés », a déclaré un porte-parole de l’ASD, ajoutant qu’il était « essentiel » que les États-Unis et l’UE parviennent à un accord de négociation.
Hildegard Müller, présidente de l’association de l’industrie automobile allemande VDA a également appelé Bruxelles et Washington à « trouver une solution le plus rapidement possible » au différend commercial.
« En ce qui concerne les contre-mesures, il faut veiller à ce qu’elles ne nuisent pas à notre propre industrie », a déclaré Hildegard Müller, ajoutant qu’il était « important de tenir compte » du fait que les deux tiers des automobiles exportées de l’UE vers les États-Unis sont fabriquées en Allemagne.
Outre la liste de 72 milliards d’euros, qui doit encore être approuvée par les États membres, l’UE a déjà élaboré un ensemble de mesures de rétorsion visant des produits américains d’une valeur de 21 milliards d’euros, notamment les motos, les diamants et le soja.
Ces mesures devaient initialement entrer en vigueur mardi, mais leur application a été reportée au début du mois prochain à la suite de la menace de hausse des droits de douane brandie samedi 12 juillet par Donald Trump.
La Commission, qui supervise la politique commerciale de l’Union, avait initialement proposé des droits de douane sur un éventail plus large de produits, d’une valeur de 26 milliards d’euros. Le bourbon et le vin ont toutefois été retirés de la liste après que le président américain a menacé d’imposer des droits de douane de 200 % sur tous les produits alcoolisés de l’UE si des taxes étaient appliquées au whisky américain.
On ne sait pas encore dans quelles conditions précises ces deux mesures entreront en vigueur. Les diplomates européens s’attendent toutefois à ce que la liste de 21 milliards d’euros soit au moins imposée le mois prochain si Trump met à exécution sa menace de droits de douane de 30 %.
La Commission a refusé de commenter la situation.