L’Espagne officialise l’embargo total sur les armes à destination d’Israël

Le Conseil des ministres espagnol a approuvé mardi 23 septembre un décret-loi très attendu interdisant définitivement l’achat et la vente d’armes, de technologies à double usage et d’équipements militaires à Israël.

EURACTIV Espagne
[EPA/TOMS KALNINS]

MADRID — Cette mesure constitue une « étape décisive » et « révolutionnaire au niveau international », s’est réjoui le ministre espagnol de l’Économie et du Commerce, Carlos Cuerpo, à l’issue d’une réunion. Interrogé sur les contrats en cours entre Madrid et Tel-Aviv, il a confirmé que le décret permettait la résiliation des autorisations précédemment accordées.

Selon le média espagnol Público, le décret stipule néanmoins que le gouvernement espagnol peut autoriser « à titre exceptionnel » des transferts de matériel de défense sur la base de « l’intérêt national général ».

Cet embargo fait partie d’un ensemble plus large de sanctions annoncées début septembre par le Premier ministre Pedro Sánchez afin de « mettre fin au génocide à Gaza », dont la mise en œuvre a été retardée par des obstacles techniques et des différends interministériels. La Chambre basse du parlement espagnol doit désormais ratifier le décret dans un délai de 30 jours.

Cette mesure officialise l’engagement pris par le Premier ministre socialiste, sous la pression croissante de son partenaire junior de coalition Sumar, de rompre les liens avec le secteur de la défense israélien en raison de la guerre à Gaza.

Défis

Pour Madrid, rompre les liens avec l’industrie de l’armement israélienne s’est avéré plus compliqué que prévu, car l’Espagne achète des licences israéliennes pour fabriquer sur son territoire des produits liés à la défense qui sont ensuite utilisés par ses forces armées.

Le ministère de la Défense a progressivement mis fin à des contrats de plusieurs millions d’euros avec des entreprises israéliennes et leurs filiales en Espagne, mais trouver des alternatives s’est avéré difficile dans un délai aussi court.

Parmi les programmes majeurs abandonnés figurent les lance-roquettes d’artillerie SILAM d’Elbit Systems (en partenariat avec l’espagnol EM&E et l’allemand Rheinmetall Expal), les missiles antichars Spike LR2 de Rafael (produits localement par la filiale PAP Tecnos) et les désignateurs laser Litening 5 pour les Eurofighters de l’armée de l’air espagnole, annulés la semaine dernière.

Selon un récent rapport ministériel, les exportations espagnoles vers Israël consistent en « du matériel non létal exporté temporairement à des fins de réparation et de maintenance », qui s’élevait à seulement 1,8 million d’euros entre 2023 et 2025.

Parallèlement, les importations d’équipements israéliens similaires s’élèvent à 33,4 millions d’euros entre 2023 et 2025, la plupart liés à des « programmes stratégiques » non divulgués par le ministère de la Défense, qui restent confidentiels en vertu de la législation espagnole.

(asg)