L’Europe s’inquiète des tensions au Kazakhstan

Les autorités du Kazakhstan ont déclaré l’état d’urgence dans tout le pays et promis une répression sévère, mercredi 5 janvier, alors que des troubles de grande ampleur ont plongé le pays dans le chaos.

Euractiv.com avec l'AFP
Rally over a hike in energy prices in Kazakhstan
Des policiers antiémeute patrouillent dans une rue lors d’une manifestation contre la hausse des prix de l’énergie à Almaty, au Kazakhstan, le 5 janvier 2022. Des manifestants ont pris d’assaut le bureau du maire d’Almaty, alors que le Président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a déclaré l’état d’urgence dans la capitale jusqu’au 19 janvier 2022. [Stringer/EPA/EFE]

Les autorités du Kazakhstan ont déclaré l’état d’urgence dans tout le pays et promis une répression sévère, mercredi 5 janvier, alors que des troubles de grande ampleur ont plongé le pays dans le chaos.

Le Président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a accepté la démission du gouvernement mercredi, a indiqué son bureau, après qu’une augmentation du prix du carburant dans ce pays centrasiatique riche en pétrole a déclenché des manifestations au cours desquelles près de 100 policiers ont été blessés.

M. Tokaïev a également démis son puissant prédécesseur, Noursoultan Nazarbaïev, de ses fonctions de chef du Conseil de sécurité du pays, après que des manifestants ont pris d’assaut et incendié des bâtiments publics au cours des pires troubles que le Kazakhstan ait connus depuis plus de dix ans.

Dans un communiqué, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a déclaré qu’il suivait de près les manifestations au Kazakhstan « liées principalement à la récente multiplication par deux du prix du gaz de pétrole liquéfié », et a encouragé « une résolution pacifique de la situation par un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes et dans le respect des droits fondamentaux des citoyens ».

« Nous appelons toutes les personnes concernées à agir de manière responsable et avec retenue ainsi qu’à s’abstenir de toute action qui pourrait conduire à une nouvelle escalade de la violence. Tout en reconnaissant le droit à la manifestation pacifique, l’Union européenne attend qu’elles restent non violentes et se gardent de toute incitation à la violence. L’Union européenne appelle également les autorités à respecter le droit fondamental de manifester pacifiquement et la proportionnalité dans l’usage de la force lorsqu’elles défendent leurs intérêts légitimes de sécurité, ainsi qu’à respecter leurs engagements internationaux », peut-on lire dans la déclaration.

Le SEAE rappelle que le Kazakhstan est un partenaire important de l’Union européenne. « Dans le cadre de l’accord de partenariat et de coopération renforcé entre l’UE et le Kazakhstan, nous comptons sur le Kazakhstan pour respecter ses engagements, notamment la liberté de la presse et l’accès à l’information en ligne et hors ligne. »

Le Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’avocat polonais Zbigniew Rau, a déclaré que « la violence n’est jamais une réponse appropriée pour résoudre les tensions ».

« C’est pourquoi j’appelle à un retour pacifique à l’ordre et au respect des processus démocratiques, tandis que les droits et libertés, y compris la liberté de réunion et la liberté d’expression, doivent être protégés », a déclaré M. Rau, appelant à « la désescalade de la situation et à l’engagement du dialogue par toutes les parties ».

Les autorités kazakhes ont également lancé un appel au calme, mais ont d’autre part bloqué l’accès à Internet et prévenu que l’anarchie ne serait pas tolérée.

M. Tokaïev a accusé les manifestants d’« attaques de masse contre les forces de l’ordre » qui ont fait plusieurs morts et blessés.

« J’ai l’intention d’agir avec la plus grande fermeté […] Ensemble, nous surmonterons cette période noire de l’histoire du Kazakhstan », a-t-il déclaré.

Grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes

La police a utilisé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes contre la foule, parmi laquelle on retrouvait certains individus armés de matraques et de boucliers pris à la police. Elle n’a toutefois pas pu empêcher les manifestants d’entrer dans le bâtiment, a indiqué un correspondant de l’AFP présent sur place.

Selon les médias locaux, les manifestants se sont ensuite dirigés vers la résidence présidentielle d’Almaty. Celle-ci et le bureau du maire seraient en flammes à l’heure actuelle.

Des informations font état de troubles généralisés dans tout le pays et des informations non vérifiées indiquent également que les manifestants ont pris le contrôle de l’aéroport d’Almaty.

Plusieurs vols de Moscou vers des villes du Kazakhstan ont été annulés ou reportés dans la nuit de mercredi à jeudi.

Cependant, la situation n’était pas claire en raison d’importantes perturbations au niveau des communications, notamment dues au blocage d’Internet dans tout le pays, à la fermeture des messageries en ligne ainsi qu’aux interruptions des services de téléphonie mobile.