L’industrie pharmaceutique française manque d’attractivité et peine à recruter
Le secteur de la pharma en France a du plomb dans l’aile. Si l’industrie pharmaceutique française a pour ambition de renforcer son autonomie et de financer la recherche et le développement (R&D), elle se heurte à une pénurie de candidats.
Le secteur de la pharma en France a du plomb dans l’aile. Si l’industrie pharmaceutique française a pour ambition de renforcer son autonomie et de financer la recherche et le développement (R&D), elle se heurte à une pénurie de candidats.
En France, l’on compte environ 103 000 salariés dans les entreprises du médicament, selon les chiffres de 2021. Au total, il existe plus de 270 entreprises dans le secteur pharmaceutique sur le territoire.
« Il y a une pénurie de candidats. Nous sommes à la recherche de nouveaux talents », explique Vincent Guiraud-Chaumeil, président de la commission emploi du Leem, organisation professionnelle des entreprises du médicament lors d’une conférence de presse mercredi (28 septembre).
Jobs dating, visites de laboratoires, actions d’informations… Pendant une semaine, du 3 au 8 octobre 2022, le Leem et Pôle emploi se sont donné pour mission de convaincre des milliers de candidats de rejoindre les métiers de l’industrie pharmaceutique et ainsi redorer le blason du secteur.
Objectif : recruter 10 000 personnes dans les biotechnologies d’ici 2030 et 5 000 personnes dans le numérique en santé d’ici 2026.
D’autant que derrière cette pénurie de « talents », c’est la réputation de la filière pharmaceutique française sur la scène européenne qui est en jeu.
En juin 2021, Emmanuel Macron a présenté la stratégie innovation santé 2030 issue des travaux du Conseil stratégique des industries de santé.
Et l’ambition est claire : faire de la France la première nation européenne innovante et souveraine en santé à horizon 2030.
Mais pour cela, il est indispensable de « transformer en profondeur l’écosystème de recherche français » et de restaurer la « compétitivité et l’attractivité industrielle » du pays, souligne le Leem.
Sans oublier que la crise de la Covid-19 a mis en lumière la dépendance des pays de l’UE aux fournisseurs chinois et indiens : en France, 80% des principes actifs contenus dans les médicaments sont importés de Chine.
Avec à la clé, un risque de pénurie accru.
L’image de l’industrie pharmaceutique « dégradée »
Comment expliquer qu’il y ait si peu de candidats ? Pour commencer, l’image de l’industrie pharmaceutique en France « s’est dégradée au cours des années », admet M. Guiraud-Chaumeil.
Le secteur jouit d’une mauvaise réputation et est « moins reconnu par rapport aux pays anglosaxons », poursuit-il, avant d’ajouter : « Nous devons nous appliquer à travailler cette image. Le secteur n’est pas reconnu à sa juste valeur ».
À en croire le Leem, le principal problème serait que les candidats ne connaissent pas la diversité des métiers du secteur. Nous n’avons pas uniquement besoin de techniciens de laboratoire, souligne Emilie Pertuiset, directrice générale France de Biocodex. Par exemple, pour garder les laboratoires à basse température, nul besoin d’un scientifique mais d’un ingénieur frigoriste.
Autre argument : l’industrie du médicament serait en compétition avec des secteurs plus attractifs comme le digital, la data ou l’énergie.
Pourtant, historiquement, la France est un pays pionnier dans la production de médicaments.
Selon un rapport parlementaire sur la chaîne du médicament en France paru en juin 2021, la France occupe la cinquième place mondiale et la quatrième place européenne derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie.
En 2020, les entreprises du médicament ont investi deux milliards d’euros dans le tissu industriel français, soit une hausse de 11% par rapport à l’année précédente.
Ou alors serait-ce l’attractivité des salaires ? Côté égalité salariale, tout n’est pas parfait. Si l’industrie pharmaceutique a réduit l’écart entre le salaire moyen des femmes et des hommes entre 2014 (9,8%) et 2021 (0,5%) il reste « des efforts à faire », admet le Leem.