L’OMS exhorte l’Europe à renforcer la règlementation sur l’alcool pour lutter contre le cancer
Le département de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que des règles plus strictes sur l’alcool contribueraient à lutter contre le cancer, tout en reconnaissant que la mise en place de telles mesures en Europe se heurterait à d’importants obstacles politiques.
Chaque année, 800 000 personnes meurent en Europe de problèmes liés à l’alcool, dont une sur six d’un cancer. Une nouvelle étude montre que des règles plus strictes pourraient sauver des vies. « Des mesures politiques fortes sont efficaces », affirme Elisabete Weiderpass, directrice du Centre international de recherche sur le cancer, faisant référence à un manuel sur la prévention du cancer publié par son organisation mardi 14 octobre.
« Les données montrent que la taxation, la règlementation de la disponibilité, les interdictions de commercialisation et les ventes contrôlées par le gouvernement réduisent considérablement la consommation d’alcool », explique-t-elle, qualifiant le manuel de « jalon politique ».
Le centre de recherche, qui fait partie de l’OMS, a compilé des études sur la prévention de l’alcoolisme provenant du monde entier. Le directeur régional de l’OMS pour l’Europe, Hans Kluge, a souligné que des mesures étaient particulièrement nécessaires dans l’Union européenne, qui affiche le niveau de consommation d’alcool le plus élevé au monde.
Le sacro-saint alcool
« Nous savons qu’il n’existe pas de niveau de consommation d’alcool sans risque en matière de cancer », explique Hans Kluge. « Les moyens les plus efficaces de réduire la consommation d’alcool sont de réduire la disponibilité et de restreindre ou d’interdire la publicité. » Il reconnaît toutefois que l’augmentation des taxes est l’option la moins populaire. « La mise en œuvre de cette mesure est extrêmement difficile. »
En effet, alors que l’Union européenne discute d’une nouvelle taxe sur le tabac et même sur la malbouffe, l’alcool semble être hors d’atteinte. La résistance à toute mesure a été particulièrement forte dans les pays viticoles tels que l’Espagne, l’Italie et la France.
En avril, le commissaire européen à la Santé Olivér Várhelyi s’est rendu à salon du vin italien où, selon les médias locaux, il aurait rejeté les avertissements de l’OMS concernant la consommation d’alcool, déclarant : « Un verre de vin rouge est bon pour la santé et fait partie des habitudes alimentaires du régime méditerranéen ».
Modifier l’étiquetage des bouteilles ?
Lors de la présentation du manuel mardi, l’eurodéputée Romana Jerković, présidente du groupe d’intérêt « Députés européens contre le cancer », a déclaré que de nombreux citoyens continuent de croire qu’il existe un niveau « sûr » de consommation d’alcool, ignorant le risque de cancer.
« Des millions d’Européens ignorent encore l’existence de ce lien. C’est pourquoi un étiquetage clair et une information publique sont si essentiels », a déclaré Romana Jerković, qui a salué l’Irlande comme un modèle en matière d’étiquetage des boissons alcoolisées. Cependant, le projet du pays d’apposer des avertissements sur le cancer sur toutes les boissons alcoolisées vient d’être reporté de 2026 à 2028 en raison de la pression exercée par l’industrie.
L’UE est encore loin d’atteindre l’objectif fixé dans le Plan européen de lutte contre le cancer, que Olivér Várhelyi cite lorsqu’il aborde la question de la règlementation de l’alcool.
Jusqu’à présent, le bloc n’est pas parvenu à s’accorder sur des mesures à l’échelle de l’Union concernant l’étiquetage, les restrictions commerciales ou la tarification, ni sur l’objectif de réduction de 10 % de la consommation d’alcool d’ici 2025.
Romana Jerković invoque la puissance du lobby et les traditions pour expliquer l’absence de progrès, et appelle l’Europe à imaginer un avenir où la consommation d’alcool ne serait plus la norme.
« L’alcool fait certes partie de la culture européenne depuis des milliers d’années », concède-t-elle, « cependant, il est temps de reconnaître les dangers de l’alcool, comme nous l’avons fait pour le tabac ».
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(asg)