L'opposition des agriculteurs aux accords de libre-échange peine à se refléter dans les urnes

Les agriculteurs attendent de l’UE une plus grande protection du marché intérieur et seulement 10 % d’entre eux défendent une agriculture exportatrice dans le cadre des accords de libre-échange de l'UE, selon un récent sondage. Une opposition qui ne se retrouve pas dans les intentions de vote.

Euractiv France
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Selon le sondage, les agriculteurs sont 65 % à insister sur le fait qu'il faille « protéger le marché européen », et seulement 9 % à vouloir « améliorer la productivité et la compétitivité et accélérer la signature des accords de libre-échange pour garantir des marchés à l’export ». [Jean-Marc RICHARD / Shutterstock]

Les agriculteurs attendent de l’UE une plus grande protection du marché intérieur et seulement 10 % d’entre eux défendent une agriculture exportatrice dans le cadre des accords de libre-échange de l’UE, selon un récent sondage. Une opposition qui peine à se refléter dans les intentions de vote.

Le verdissement de l’agriculture, thématique phare des précédentes élections européennes, a désormais laissé place à une méfiance profonde de l’UE et du libre échange, comme nous l’enseigne un sondage publié mardi par le centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF).

Cet électorat se caractérisait pourtant, jusqu’à présent, par un tropisme européen lié à la Politique agricole commune (PAC). Premier bénéficiaire de cette politique, la France reçoit chaque année 9,5 milliards d’euros de subventions sur une enveloppe totale de 58,3 milliards d’euros (chiffres de 2022).

« Pour un grand nombre d’agriculteurs, l’Europe est un vecteur de normes, de contraintes, de faible protection et l’action perçue de l’administration bruxelloise est souvent considérée comme néfaste », précisent les auteurs de l’enquête.

Aversion pour le libre-échange

D’après l’enquête, une majorité d’agriculteurs français (71 %) pense que l’UE devrait avant tout assurer lasouveraineté alimentaire « nationale ». Ils sont ensuite 60 % à vouloir d’abord « soutenir les agriculteurs et assurer le renouvellement des actifs agricoles ».

Il sont par ailleurs 65 % à insister sur le fait qu’il faille « protéger le marché européen », et seulement 9 % à vouloir « améliorer la productivité et la compétitivité et accélérer la signature des accords de libre-échange pour garantir des marchés à l’export ».

Un tiers d’entre eux (32,3 %) disent même vouloir supprimer les accords de libre-échange existants.

Depuis une trentaine d’années l’UE multiplie les accords commerciaux bilatéraux, souvent critiqués par le monde agricole français qui leur reproche de faire rentrer des produits agricoles à bas coût dans l’UE, engendrant une concurrence déloyale.

Alors qu’Emmanuel Macron s’est opposé à l’accord avec les pays du Mecrosur, des accords ont été ratifiés avec la Nouvelle-Zélande et le Kenya ces derniers mois. Les accords avec le Chili ou le Canada (CETA) sont en cours de ratification.

Un vote contradictoire ?

Toutefois, cette méfiance vis-à-vis du libre-échange ne semble pas déterminante dans les intentions de vote pour les élections européennes. Les deux mouvements qui y sont le plus hostiles, à savoir l’extrême droite et l’extrême gauche, ne parviennent pas à percer dans le secteur agricole.

Selon le même sondage, la liste du Rassemblement national (RN) conduite par Jordan Bardella perd 4 points chez les agriculteurs par rapport à la population générale (26,1 % contre 30,1%).

« Pour les partis de gauche, les intentions de vote des agriculteurs sont systématiquement plus faibles que celles des Français et des ruraux », souligne l’enquête. La liste de Manon Aubry (La France Insoumise, LFI) passe en effet de 7,8 à 4,7 % chez les agriculteurs.

La liste qui tire son épingle du jeu est celle des Républicains (LR) conduite par François-Xavier Bellamy atteignant 14,1%, soit plus du double de ce qui est observé pour la population générale (6,5%).

« Le libre-échange est la règle », martelait encore la numéro deux de la liste Céline Amar lors du grand oral de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) organisé ce mardi. Elle appelait toutefois à protéger l’agriculture française lors de la négociation des accords commerciaux.

A contrario le RN prône une exception agriculturelle française pour exclure les produits agricoles des accords, tandis que LFI demande une sortie de tous les accords signés par la Commission européenne et un moratoire sur ceux en cours de négociation.

La percée des Républicains — mais aussi, dans une moindre mesure, celle de Reconquête !  — est une constante depuis plusieurs décennies, même si les dernières élections présidentielles ont révélé une inclinaison du monde agricole de la droite vers le centre-droit macroniste.

L’attrait pour la droite libérale s’expliquerait entre autres, selon le sondage, par « la proximité entre le parti LR et un grand nombre de responsables professionnels agricoles ».

De plus, près de la moitié des sondés (47%) déclarent voter « avant tout » pour les propositions de « politique générale » plutôt que sur les questions spécifiquement agricoles.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]