L’UE impuissante face au défi de l’infertilité
L’infertilité est un problème de santé majeur à l’échelle mondiale, et une personne sur six dans le monde en sera victime à un moment donné de sa vie. Toutefois, les mesures prises par l’Union européenne pour y remédier restent limitées.
L’infertilité est un problème de santé majeur à l’échelle mondiale, et une personne sur six dans le monde en sera victime à un moment donné de sa vie. Toutefois, les mesures prises par l’Union européenne pour y remédier restent limitées.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l’infertilité comme une maladie de l’appareil reproducteur masculin ou féminin caractérisée par l’impossibilité d’aboutir à une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, rappelle que l’infertilité « ne fait pas de discrimination », c’est-à-dire qu’elle touche les gens indépendamment de leur culture, de leur milieu social ou de leur appartenance ethnique.
Un récent rapport publié par l’agence des Nations unies pour la santé a révélé qu’au niveau mondial, une personne sur six sera touchée par l’incapacité d’avoir un enfant à un moment donné de sa vie, indépendamment de l’endroit où elle vit et des ressources dont elle dispose.
Dans ce rapport, toutes les études pertinentes de 1990 à 2021 ont été analysées, et ce en tenant compte de différentes méthodes.
Sur la base de ces données, on estime qu’en 2022, près de 20 % de la population souffrira d’infertilité tout au long de sa vie, tandis que plus de 10 % connaîtra une période d’infertilité.
La prévalence de l’infertilité au cours de la vie était la plus élevée dans la région du Pacifique occidental, atteignant plus de 20 %, suivie de la région des Amériques et de la région Européenne, qui atteignaient 12 %.
En revanche, la prévalence la plus faible a été observée en Méditerranée orientale, avec environ 10 %.
Ces nouvelles estimations montrent une variation limitée de la prévalence de l’infertilité entre les régions, avec des taux comparables pour les pays à revenu élevé, moyen et faible.
Cela indique que l’infertilité est aujourd’hui un problème de santé majeur à l’échelle mondiale.
Appel au soutien
Les progrès de la médecine offrent une aide pour les personnes souffrant d’infertilité. C’est notamment le cas de la fécondation in vitro (FIV).
Il s’agit d’un processus au cours duquel l’ovule est prélevé sur la femme lors de l’ovulation, et le sperme le féconde en laboratoire. L’ovule fécondé — l’embryon — est ensuite transféré dans un utérus.
Toutefois, selon l’OMS, ces solutions de prévention, de diagnostic et de traitement de l’infertilité restent sous-financées et inaccessibles pour beaucoup en raison de leur coût élevé, de la stigmatisation sociale et de leur disponibilité limitée.
À l’heure actuelle, dans la plupart des pays, les traitements de fertilité sont principalement financés par les patients eux-mêmes, sans couverture par l’assurance maladie.
« Des millions de personnes doivent faire face à des coûts de santé astronomiques après avoir eu recours à un traitement pour l’infertilité, ce qui en fait un problème d’équité majeur et, trop souvent, un piège de la pauvreté médicale pour les personnes concernées », a déclaré Pascale Allotey, directrice du département de santé sexuelle et reproductive et de recherche à l’OMS.
Les coûts élevés empêchent souvent les personnes d’accéder aux traitements contre l’infertilité ou peuvent les entraîner dans la pauvreté.
Selon Mme Allotey, de meilleures politiques et un financement public peuvent améliorer considérablement l’accès aux traitements et empêcher les ménages les plus pauvres de sombrer dans la pauvreté.
La lutte contre l’infertilité est également essentielle à la réalisation de deux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Il s’agit du troisième ODD, qui consiste à garantir une vie saine et à promouvoir le bien-être à tout âge, et du cinquième objectif, qui vise à assurer l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles.
L’action de l’UE reste limitée
Selon la Société européenne de reproduction et d’embryologie humaines, plus de 25 millions de citoyens de l’UE sont touchés par l’infertilité, et l’action des États membres de l’UE diffère considérablement, comme le montre l’Atlas européen des politiques de traitement de la fertilité, publié en décembre 2021.
Si l’on élargit le tableau à 43 pays européens, seuls 12 pays proposent jusqu’à six cycles financés d’insémination intra-utérine — un processus au cours duquel des spermatozoïdes concentrés sont placés directement dans l’utérus au moment où l’ovaire libère un ou plusieurs ovules à féconder.
En outre, le traitement par FIV « semble favoriser clairement les couples hétérosexuels au détriment des célibataires et des couples LGBT ».
Par exemple, 41 pays proposent l’insémination avec le sperme d’un donneur aux couples hétérosexuels, alors que seuls 19 pays proposent cette option aux couples de femmes et 30 pays seulement aux femmes célibataires.
Commentant ces résultats, Anita Fincham, directrice de Fertility Europe, a déclaré que chaque pays devrait être doté d’une règlementation garantissant un accès égal, sûr et efficace aux traitements de fertilité à tous ceux qui en ont besoin.
« De bonnes règlementations qui prennent en compte les droits et le bien-être de toutes les parties concernées, y compris les enfants et les donneurs », a-t-elle ajouté.
Cependant, l’action de l’UE en la matière reste limitée. « La politique sociale de l’UE ne comporte pas de volet spécifique pour les questions familiales », a averti Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé, en réponse à une question parlementaire sur la question.
Elle a ajouté que l’élaboration des politiques dans ce domaine reste de la responsabilité exclusive des États membres, reflétant les différentes structures familiales, les évolutions historiques, les attitudes sociales et les traditions d’un État membre à l’autre.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]