La Commission compte surfer sur la vague Macron

Galvanisée par la victoire d’Emmanuel Macron, la Commission européenne se penchera sur la défense de l’investissement à l’étranger et appellera à davantage de protection sociale, afin de minimiser les conséquences négatives du commerce à l’échelle mondiale.

EURACTIV.com
epa05924555 French presidential election candidate for the ‘En Marche!’ (Onwards!) political movement, Emmanuel Macron celebrates after the first round of the French presidential elections in Paris, France, 23 April 2017. Media reports that polling agencies projections place Le-Pen and centrist presidential candidate Emmanuel Macron in the lead positions for the vote. France will hold the second round of the presidential elections on 07 May 2017.  EPA/YOAN VALAT
Emmanuel Macron et les supporters d’En Marche ! fêtent la victoire au premier tour des élections le 23 avril 2017. EPA/YOAN VALAT [<a href="http://www.epa.eu" target="_blank" rel="noopener">[Yoan Valat / EPA]</a>]

Galvanisée par la victoire de Macron, la Commission veut se pencher sur la défense de l’investissement à l’étranger et appeler à davantage de protection sociale, afin de minimiser les conséquences négatives de la mondialisation.

Face à l’euroscepticisme et au nationalisme de Marine Le Pen, la victoire d’Emmanuel Macron envoie un signal fort pour la défense de l’euro et de la mondialisation. Un mandat que la Commission compte bien utiliser pour renforcer ses propositions relatives à l’intégration de la zone euro et aux profits liés à la mondialisation des échanges.

Le 10 mai, l’exécutif publiera un document de réflexion sur les bénéfices d’un commerce libre et juste. Dans le courant du mois, cette publication sera suivie par la présentation de la position de la Commission quant à l’avenir de l’Union économique et monétaire.

Le document de réflexion s’inscrit dans le cadre d’un processus de création d’une nouvelle vision pour l’Europe de la décennie à venir, lancé en mars.

Selon certains représentants de la Commission, la victoire d’Emmanuel Macron aux présidentielles françaises renforce la position de Bruxelles, puisque les propositions du candidat d’En Marche vont dans la même direction.

Malgré les inquiétudes des citoyens quant à l’emploi, la Commission ne change pas d’avis : la mondialisation a avantagé à la fois l’Europe et le reste du monde.

L’exécutif répond aux critiques liées aux inégalités en assurant que le coefficient de Gini et les flux de marchandises prouvent que les États membres les plus ouverts au commerce international ne sont pas, et de loin, les plus inégalitaires.

Protectionnisme et sociétés résilientes

La Commission veut se servir des exemples de pays comme le Danemark ou la Suède pour montrer que la fermeture des frontières n’est pas une solution pour la protection des citoyens. La meilleure forme de défense, estime-t-elle, est de construire des sociétés « résilientes ».

L’exécutif estime que le capital humain est la meilleure valeur ajoutée de l’Europe et appelle donc à une stratégie en trois piliers : des marchés du travail flexibles, un haut niveau de protection sociale et une éducation de grande qualité.

Associée à la révolution numérique, la mondialisation a ou aura un impact très important dans divers secteurs et fera disparaître certaines catégories d’emplois. L’exécutif estime cependant que l’Europe sera à même de s’adapter à cet environnement mouvant si ses citoyens sont correctement préparés à leur transition vers de nouvelles formes d’emploi.

La Commission prône également des marchés du travail flexibles, afin que la création d’emploi s’adapte aux besoins, et des filets de sécurité robustes, afin de soutenir et de former les travailleurs qui perdent leur emploi.

« Nous ne pouvons pas rester assis là à regarder les choses évoluer, nous devons influencer nous-même la mondialisation », a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, qui encourage les États à agir dans ces trois domaines, qui relèvent de leurs compétences.

La Commission pourrait cependant tenter d’obtenir plus de pouvoir dans ces domaines, afin de mieux réagir à la mondialisation et à la révolution numérique.

Pratiques déloyales

L’UE ne veut pas seulement construire des sociétés plus résilientes et mieux distribuer les bénéfices de la mondialisation, elle souhaite aussi renforcer son arsenal législatif afin de mieux protéger les États membres contre les pratiques déloyales utilisées ces dernières années, notamment en Chine.

Sous couvert d’anonymat, un fonctionnaire européen admet ainsi que l’Europe a parfois fait preuve de « naïveté » dans ses relations commerciales. Cela va changer, puisque Bruxelles entend examiner de près les restrictions imposées aux entreprises européennes qui veulent investir à l’étranger, dans des pays comme la Chine.

Les États membres ayant tous des opinions un peu différentes sur le sujet, la Commission souhaite avant tout élaborer une série de principes pour aider les capitales à décider quand agir face à ces pratiques. Les propositions de modernisation des instruments de défense commerciale ont cependant créé des tensions.

Nouvelles ambitions pour la zone euro

Le document de réflexion sur l’Union économique et monétaire listera des options pour le renforcement de la zone euro, à plusieurs niveaux d’ambition. L’une des propositions les plus importantes concerne la mise en place d’un mécanisme fiscal qui permettrait d’aider les pays frappés par des crises ou des chocs imprévus.

Ce nouvel instrument, qui pourrait être l’application du tant attendu budget de la zone euro, pourrait par exemple prendre la forme d’un programme de garantie chômage européen ou d’un nouveau vecteur d’investissement, en parallèle au plan Juncker. Dans sa version finale, il pourrait même combiner ces deux aspects.

Pour bénéficier d’une réserve commune de ressources, les États devront cependant limiter les risques, par exemple via l’allègement de dette. Les fonctionnaires européens se félicitent de l’engagement des gouvernements, qui ont participé et soumis des propositions supplémentaires.

Le débat de fond sur l’approfondissement de la zone euro n’aura cependant pas lieu avant les élections allemandes, en septembre.

D’ici là, la Commission voudrait toutefois avancer sur des définitions communes pour certaines des idées proposées, comme un ministre des Finances de la zone euro ou un Fonds monétaire européen. En effet, ce n’est pas parce qu’on utilise les mêmes mots qu’on envisage les concepts de la même manière, souligne un représentant européen.

À ce stade, la Commission est prudente dans ses appels à plus d’intégration, mais elle espère que la victoire d’Emmanuel Macron en France l’aidera à aller dans ce sens.