Une entreprise française dépose la première demande de commercialisation de viande cultivée en laboratoire dans l'UE
Pour la première fois dans l’Union européenne, la société française Gourmey a demandé une autorisation préalable à la mise sur le marché de foie gras cultivé en laboratoire dans l’Union. De quoi relancer le débat déjà animé sur l’innovation alimentaire dans l'UE.
Pour la première fois dans l’Union européenne, la société française Gourmey a demandé une autorisation préalable à la mise sur le marché de foie gras cultivé en laboratoire dans l’Union. Cette actualité survient au moment où les gouvernements européens se livrent à un débat animé sur l’innovation alimentaire.
Vendredi 26 juillet, l’entreprise parisienne Gourmey spécialisée dans les aliments de culture a fait une annonce inédite. Elle a en effet déposé une demande préalable à la mise sur le marché de ses produits de canard fabriqués à partir de cellules, auprès des autorités chargées de la sécurité alimentaire au sein de l’UE, en Suisse, au Royaume-Uni, à Singapour et aux États-Unis.
Le produit phare de l’entreprise sera un « nouveau choix pour les amateurs de foie gras », selon le communiqué de presse diffusé par Gourmey.
« Le secteur haut de gamme a toujours été à l’avant-garde des tendances alimentaires, là où se produisent les innovations les plus passionnantes. Nous constatons que notre premier produit rencontre un vif succès commercial dans de nombreuses régions où les chefs veulent continuer à servir du foie gras de grande qualité », écrit Nicolas Morin-Forest, PDG de Gourmey, dans le communiqué de presse.
Nicolas Morin-Forest se réjouit de travailler avec les autorités de contrôle pour garantir le respect des exigences en matière de sécurité alimentaire et se dit convaincu que ses produits répondent aux « normes très exigeantes » fixées par les autorités européennes.
La viande de culture ou de laboratoire est produite à partir d’un échantillon de cellules animales authentiques qui se développent dans un environnement riche en nutriments, permettant la formation de muscles, de graisse et de tissus conjonctifs.
Les produits de culture sont généralement fabriqués à partir de sérum fœtal bovin, impliquant la mort d’une vache et de son embryon, et rendant ces produits éthiquement problématiques pour les végétariens et les végétaliens. Gourmey affirme toutefois n’utiliser aucun composant d’origine animale pendant la culture, ce qui rend le foie gras exempt d’abattage.
Par ailleurs, l’entreprise précise avoir mené une étude externe sur son empreinte environnementale dans le cadre d’une production à grande échelle, dans le but de prouver qu’elle serait nettement inférieure à celle du foie gras produit de manière conventionnelle.
Controverse au sein de l’UE
La viande cultivée en laboratoire est considérée dans l’Union européenne comme un « nouvel aliment », une définition juridique qui inclut des produits qui n’étaient pas présents de manière significative dans l’alimentation des Européens avant mai 1997. En vertu de cette réglementation, toute entreprise souhaitant commercialiser un nouvel aliment sur le marché de l’Union européenne doit soumettre une demande d’autorisation à la Commission européenne.
Les ministres de l’Agriculture de la France, de l’Italie et de l’Autriche ont cependant présenté en janvier dernier une note au Conseil de l’UE dans laquelle ils mettent en doute la compatibilité du règlement sur « les nouveaux aliments » avec la viande cultivée, et réclament une évaluation plus stricte des produits de culture.
D’après eux, ces innovations menacent les « méthodes de production traditionnelles » et l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité alimentaire, doit établir des lignes directrices spécifiques pour l’évaluation de la viande cultivée en laboratoire, similaires à celles utilisées pour les nouveaux médicaments et les produits pharmaceutiques.
La note, également appuyée par les ministres tchèque, chypriote, grec, hongrois, luxembourgeois, lituanien, maltais, roumain et slovaque, appelle également la Commission à lancer une « consultation publique » sur la viande cultivée en laboratoire.
Plus récemment, la Hongrie, en charge de la présidence tournante du Conseil de l’UE depuis le 1er juillet, a proposé un débat au Conseil sur l’impact négatif éventuel des nouveaux aliments sur les traditions culinaires de l’Europe.
Budapest a rappelé que la viande d’élevage et les produits laitiers restaient la pierre angulaire de la culture alimentaire européenne, soulignant le « scepticisme des citoyens » à l’égard des nouveaux types de produits alimentaires.