La mobilisation contre le nucléaire ne faiblit pas au Nord de la France
50 000 Belges, Allemands et Néerlandais ont formé une chaine humaine de 90 km de long pour manifester contre la centrale nucléaire de Tihange, jugée vétuste. Des micro-fissures ont récemment été découvertes dans l’un des réacteurs.
50 000 Belges, Allemands et Néerlandais ont formé une chaine humaine de 90 km de long pour manifester contre la centrale nucléaire de Tihange, jugée vétuste. Des micro-fissures ont récemment été découvertes dans l’un des réacteurs.
Les manifestants ont réclamé la fermeture « immédiate » de deux réacteurs nucléaires belges, dont le réacteur 2 de Tihange et le réacteur 3 de la centrale de Doel, qui se trouve à la frontière nord avec les Pays-Bas.
Selon les organisateurs, 50 000 personnes se sont retrouvées le dimanche 25 juin pour former une chaine humaine qui s’est étendue sur 90 km, de Tihange, à l’est de la Belgique, jusqu’à la ville allemande d’Aix-la-Chapelle, en passant par Liège et Maastricht aux Pays-Bas.
Les deux réacteurs en question ont été relancés en 2015 après avoir été arrêtés pendant deux ans suite à la découverte de micro-fissures dans les cuves. La décision a été prise après des analyses approfondies et des consultations avec des experts internationaux.
La durée de vie des deux autres réacteurs de Doel, le 1 et le 2, a été prolongée de dix ans en 2015, suscitant ainsi la controverse. Doel 1 et 2 devaient pourtant être interrompus, mais ils fonctionneront donc jusqu’en 2025, date à laquelle ils célèbreront un demi-siècle de fonctionnement.
En Belgique, environ 55 % de la demande en électricité et 40 % des besoins totaux en énergie sont satisfaits grâce à l’énergie nucléaire. Le pays continuera de dépendre de son arsenal nucléaire vieillissant pendant le développement d’autres sources d’énergie.
Cependant, les experts ont récemment détecté 70 nouvelles fissures dans le réacteur Tihange 2 grâce à des technologies aux ultrasons, a déclaré le ministre de l’Intérieur belge, Jan Jambon.
Ce dernier assure néanmoins que la sécurité de la centrale nucléaire n’est pas en cause et qu’elle continuera d’opérer. En novembre dernier, des fissures ont également été observées sur Doel 3, mais le gouvernement affirme que le réacteur continuera aussi de fonctionner.
Sur leur site Web, les organisateurs de la manifestation du 25 juin soutiennent qu’il est « incompréhensible et inacceptable que le gouvernement laisse ces réacteurs en fonction ». Les manifestants n’ont pas seulement protesté contre l’état des réacteurs belges, mais également contre leur âge : les sept réacteurs belges ont tous au moins 30 ans et trois d’entre eux ont 40 ans.
En 2011, la catastrophe de Fukushima au Japon a convaincu l’Allemagne de commencer à sortir du nucléaire et début 2016, la ministre de l’Environnement, Barbara Hendricks, a appelé son homologue belge à interrompre « temporairement » l’activité des réacteurs à cause d’inquiétudes sécuritaires non résolues suite à la découverte de flocons d’hydrogène.
Barbara Hendricks n’est pas parvenue à ses fins, mais les deux gouvernements se sont finalement accordés sur un meilleur échange d’informations concernant les centrales nucléaires.
Reste à savoir si ces nouvelles découvertes à la centrale de Tihange auront des conséquences sur les relations Bruxelles-Berlin. La ministre allemande avait déjà fait part de sa déception quant à la mise en œuvre de l’accord, qui n’a « pas répondu à tous les besoins et attentes des communautés frontalières ».
Un rapport de la Cour des comptes de l’UE l’année dernière révélait que le démantèlement des réacteurs nucléaires datant de l’époque soviétique en UE avait pris beaucoup de retard, et que des milliards d’euros étaient encore nécessaires pour cela.
Le démantèlement de huit réacteurs en Lituanie, en Slovaquie et en Bulgarie faisait partie de l’accord d’adhésion de ces pays à l’UE, mais le processus est toujours en cours. Le rapport, rédigé avec sévérité, liste un certain nombre de lacunes en termes de savoir-faire et d’utilisation inadaptée des fonds européens.
L’une des centrales nucléaires de Lituanie possède le même type de réacteurs que Tchernobyl, la centrale ukrainienne tristement célèbre qui a explosé et entraîné une catastrophe majeure en 1986. Ce sera la première fois qu’un réacteur au graphite sera démantelé, même si la date prévue de 2029 a déjà été repoussée à 2038.