Mieux utiliser les fonds européens : le nouveau combat du gouvernement italien

Le gouvernement italien a approuvé jeudi (2 mai) un décret visant à garantir une cohérence stratégique dans l’utilisation des fonds européens reçus par l’Italie, mais les économistes restent prudents sur les effets réels d'une telle mesure.

EURACTIV Italie
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Les difficultés que l’Italie a rencontrées pour utiliser efficacement les fonds de l’UE ont suscité une attention considérable de la Commission européenne et de la société civile italienne ces derniers mois. [ALESSANDRO DI MEO/EPA-EFE]

Le gouvernement italien a approuvé jeudi (2 mai) un décret visant à garantir une cohérence stratégique dans l’utilisation des fonds européens reçus par l’Italie, mais les économistes restent prudents sur les effets réels d’une telle mesure.

Les difficultés que l’Italie a rencontrées pour utiliser efficacement les fonds de l’UE ont suscité une attention considérable de la Commission européenne et de la société civile italienne ces derniers mois.

Le décret adopté jeudi introduit des mesures innovantes, y compris un système de récompense pour les régions qui s’alignent sur les objectifs fixés par les instances nationales et européennes. Pour éviter tout doublon, le décret tente de rationaliser l’usage de différents fonds européens, comme les fonds de relance, les fonds structurels ou encore les fonds de cohésion.

« Le tableau n’est pas très édifiant en ce qui concerne l’efficacité des dépenses », a déclaré mardi (30 avril) le ministre italien des Affaires européennes, Raffaele Fitto, après l’approbation de la réforme par son cabinet.

De 2021 à 2027, « les engagements et les dépenses sont pratiquement inexistants, donc l’objectif est de remobiliser 43 milliards d’euros de ressources européennes », a expliqué M. Fitto.

Selon le ministre, « le risque était que les fonds entrent en conflit les uns avec les autres ». Le nouveau décret sert donc de « pièce maîtresse » pour « optimiser l’utilisation de ces instruments ».

La réforme intervient dans le contexte d’un débat actuel au niveau européen sur l’avenir de la politique de cohésion, un sujet d’une grande importance pour l’Italie, l’un des principaux bénéficiaires de ces fonds. Parmi les 43 milliards d’euros alloués au titre du Fonds de cohésion pour la période 2020-2027, l’Italie aurait dépensé moins de 1 %.

Marco Leonardi, professeur d’économie à l’université de Milan, a toutefois critiqué le choix de M. Fitto.

Revoir la politique d’octroi de fonds de cohésion est « nécessaire étant donné les faibles dépenses de l’Italie », estime le chercheur, mais le faire en centralisant les compétences au niveau national ne fait que frustrer les régions, qui n’aspirent qu’à plus d’indépendance budgétaire.

« En fin de compte, il a fâché tout le monde », a ajouté M. Leonardi, qui est ancien chef de la planification économique au cabinet du Premier ministre.

En centralisant tout, « il a peut-être fait quelque chose qui va à l’encontre des normes européennes », a poursuivi le professeur d’économie, expliquant que l’accord de partenariat est conclu entre les régions et l’Europe, tandis que « l’État n’intervient que très peu ».

« Maintenant, il intervient et affirme que comme les fonds de cohésion doivent être coordonnés avec le PNRR, et qu’il a une compétence exclusive sur le PNRR, il souhaite peut-être une compétence exclusive sur les fonds de cohésion également », a ajouté M. Leonardi.