Modération de contenu : « carton jaune » pour Twitter

Alors que les grandes plateformes présentent leurs premiers rapports sur le respect du Code de bonnes pratiques contre la désinformation, les responsables de l’UE ont critiqué Twitter pour ses maigres efforts.

Euractiv.com
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Les responsables de la Commission ont pointé du doigt Twitter, critiqué pour avoir fourni un rapport beaucoup plus court que les autres plateformes, avec peu de données et des lacunes importantes. [SHUTTERSTOCK/ogichobanov]

Alors que les grandes plateformes présentent leurs premiers rapports sur le respect du Code de bonnes pratiques contre la désinformation (Code of Practice on Disinformation), les responsables de l’UE ont critiqué Twitter pour ses maigres efforts donnant l’impression que la plateforme n’a pas pris cet outil « assez au sérieux ».

Ces rapports sont les premiers depuis la publication d’un code actualisé en juin dernier suite aux orientations publiées par la Commission européenne en mai 2021.

Les plateformes avaient jusqu’à décembre pour mettre en œuvre les engagements qu’elles ont signés et jusqu’à fin janvier pour rendre compte des progrès réalisés, ce qui signifie que les documents publiés aujourd’hui couvrent l’espace d’un mois.

Le code compte désormais 38 signataires, une augmentation importante depuis sa création. Il comprend de grandes entreprises technologiques telles que Google, Meta et TikTok, d’ONG, d’organisations de vérification des faits et de sociétés de logiciels.

Tous les signataires ont remis leur rapport dans les délais, cependant les responsables de la Commission ont pointé du doigt Twitter, critiqué pour avoir fourni un rapport beaucoup plus court que les autres plateformes, avec peu de données et des lacunes importantes.

« Les rapports marquent une première étape dans la lutte contre la désinformation en ligne », a déclaré Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur. « Il n’est pas surprenant que le degré de qualité varie fortement en fonction des ressources que les entreprises ont allouées à ce projet. »

« Il est dans l’intérêt de tous les signataires de respecter leur engagement à mettre pleinement en œuvre le Code de bonnes pratiques contre la désinformation, en prévision des obligations prévues par la loi sur les services numériques », a-t-il ajouté.

La loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) est la nouvelle réglementation de l’UE en matière de modération de contenu qui commencera à sanctionner les plus grandes plateformes en ligne à partir de juillet.

Les rapports comprennent 152 indicateurs, tant quantitatifs que qualitatifs, couvrant tous les éléments du Code renforcé.

Les domaines couverts comprennent des mesures axées sur la transparence des publicités, le fact-checking, la responsabilisation des utilisateurs et des chercheurs, ainsi que la démonétisation et la réduction de la présence de la désinformation et des comportements manipulateurs.

Les signataires du Code ont souscrit à des engagements spécifiques relatifs à leurs services et ont élaboré un modèle standardisé pour fournir leurs rapports.

Les documents ont été publiés jeudi (9 février) sur le Centre de transparence en ligne dans le cadre de la mise à jour du Code en tant que portail accessible au public.

Ces rapports serviront de référence avant la prochaine série de rapports, prévue en juillet, et celles qui suivront tous les six mois. Le Code renforcé fera office de Code de bonne conduite dans le cadre du DSA et constitue donc la première étape de la mise en conformité avec ce dernier.

Un « changement crucial », sauf pour Twitter

Les plateformes ont fourni pour la première fois des données détaillées par État membre, ce que les responsables ont souligné comme un changement crucial, en fournissant un niveau de détail habituellement occulté dans les données agrégées au niveau de l’UE.

Les plateformes ont également fourni des informations sur les campagnes de désinformation en temps de crise, notament en lien avec la guerre russe en Ukraine et la pandémie de Covid-19.

« Je suis heureuse de voir pour la première fois des rapports par pays, mais il y a encore du travail en ce qui concerne l’accès aux données pour les chercheurs », a déclaré Věra Jourová, vice-présidente de la Commission chargée des Valeurs et de la Transparence.

« Nous devons faire preuve plus de transparence et ne pouvons pas compter sur les seules plateformes en ligne pour la qualité des informations. Elles doivent être vérifiables de manière indépendante. »

Le rapport soumis par Twitter, qui compte près de 80 pages, est nettement plus court que ceux des autres plateformes. Ceux de TikTok, Meta, Google et Microsoft, par exemple, comptent entre 150 et plus de 200.

Selon un fonctionnaire de la Commission, le fait que la plateforme ait présenté le rapport le plus léger « donne l’impression qu’elle n’a pas pris la question suffisamment au sérieux ».

Cela n’est peut-être pas si surprenant que cela étant donné que Twitter a annoncé en début de semaine qu’il allait supprimer l’accès gratuit des développeurs tiers à ses API (Application Programming Interface), a poursuivi le fonctionnaire, décrivant cette décision comme « contraire à l’esprit du Code ».

Les responsables ont également noté que les rapports de Twitter ne contiennent pas le type de données concrètes fournies par d’autres, la plateforme optant plutôt pour une approche « narrative ». Le document ne contient pas non plus d’informations sur les engagements en matière de fact-checking, Twitter ayant jugé que cela n’était pas applicable à la plateforme.

« Je suis déçue de voir que le rapport de Twitter est en deçà de celui des autres », a déclaré Mme Jourová, ajoutant qu’elle s’attendait à « un engagement plus sérieux vis-à-vis de leurs obligations découlant du Code ».

Le manque de données « signifie fondamentalement qu’ils n’ont pas respecté leur engagement », a expliqué un fonctionnaire de la Commission, ajoutant que l’exécutif européen devrait discuter avec la plateforme pour s’assurer qu’ils « prennent leurs engagements au sérieux ».

Pour la Commission, il s’agit d’un « carton jaune ». « Ce n’est pas encore un carton rouge, mais un avertissement : ils doivent se montrer plus sérieux. »

Twitter n’a pas répondu à la demande de commentaire d’EURACTIV au moment de la publication de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]