Motion de censure : la gauche face au dilemme de la radicalité
Aussi bien dans la coalition de gauche (NUPES) qu’aux yeux des Français, l’attitude des élus La France insoumise (LFI) commence à être contestée, en raison notamment d’une opposition au gouvernement jugée trop frontale.
Dans une note de blog publiée mardi (1er novembre), Jean-Luc Mélenchon s’en prenait aux « adversaires internes » de la NUPES, à savoir « l’aile Hollande du PS, l’aile Jadot de EELV et Fabien Roussel ».
Saines et sauves, selon M. Mélenchon, les lignes plus radicales de Sandrine Rousseau chez les Verts et d’Olivier Faure chez les socialistes, qui semblent s’accommoder de la méthode proposée par les Insoumis.
Une note qui a aussi l’allure d’une contrattaque en ce qu’elle vise, comme l’indique son titre, à justifier la stratégie d’opposition du groupe LFI.
Car à mesure que les semaines passent, les différents groupes et partis qui composent la gauche parlementaire s’interrogent sur l’opportunité de se livrer à une opposition aussi bruyante que radicale.
Dernier épisode en date, l’annonce du dépôt d’une nouvelle motion de censure – la quatrième en deux semaines après l’activation de l’article 49.3 par la Première ministre – mercredi (2 novembre octobre), qui devrait être signée, une nouvelle fois, par les Insoumis uniquement.
Pas de soutien de la part des autres parties prenantes à la coalition donc, qui n’ont su se montrer unies sur l’attitude à tenir lors de la participation au vote de la troisième motion de censure, rejetée par l’Assemblée lundi dernier.
Ainsi, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, expliquait lundi ne pas avoir signé la troisième motion de censure, car il était « imprudent de banaliser l’usage de la motion de censure, qui doit conserver son caractère exceptionnel pour en maintenir la force symbolique ».
Une heure plus tard, M. Faure votait en faveur du texte des insoumis, censé faire tomber le gouvernement.
Mais son groupe ne l’a pas entièrement suivi : douze députés (sur 31) n’ont pas pris part au vote, dont la vice-présidente de l’Assemblée nationale (PS) Valérie Rabault, qui n’a pas apprécié « les appels de certains à prendre tous ceux qui voudront rejoindre cette motion, donc y compris le RN ».
Le leader communiste Fabien Roussel n’a pas voté non plus la motion de censure insoumise, ainsi que cinq autres membres du groupe GDR (qui regroupe le Parti communiste français et des élus de gauche d’outre-mer). Résultat : 218 voix en faveur, contre 239 pour celles soutenues par l’ensemble de la gauche.
Ces prises de liberté n’ont pas échappé à M. Mélenchon lui-même, qui les accuse de manquer de courage. « Sous prétexte de “refuser les voix RN” ils finissent en fait, sans oser le dire, par soutenir le gouvernement Macron en refusant sa chute », lance-t-il depuis son blog.
Le rejet d’une forte radicalité des insoumis, dont une partie de la gauche s’émeut, se traduit également dans l’opinion publique.
Un sondage de l’institut Elabe, dévoilé début octobre, indiquait qu’ « une majorité de Français estime que [les groupes d’opposition] sont dans une démarche d’opposition systématique, sans chercher le compromis avec le gouvernement ».
En tête du classement arrive LFI qui, selon 81 % des Français, a cette attitude.
Selon la même étude, 35% des Français pensent que Marine Le Pen et son parti, le Rassemblement national (RN), « incarnent le mieux l’opposition à Emmanuel Macron », soit davantage que Jean-Luc Mélenchon et la NUPES (29 %).
Une dynamique négative pour l’ancien candidat à la présidentielle qui semble se confirmer dans un sondage diffusé dimanche par le JDD et publié en intégralité mercredi (2 novembre) par l’Ifop.
Depuis 2012, six mois après chaque élection présidentielle, l’institut teste à nouveau les candidats. Dans le sondage de cette année, Jean-Luc Mélenchon décroche en perdant 4,5 points – de 21,5 % en avril 2022 à 17 % – dans les intentions de vote si l’élection avait lieu aujourd’hui.
À l’inverse, Marine Le Pen gagne 6,5 points – de 23,5 % à 30 % – et se hisse en tête du premier tour, devant Emmanuel Macron – qui conserve son socle et gagne quelques voix, passant de 27,8 % à 29 %.
Un risque bien identifié par le député François Ruffin, électron libre des Insoumis, qui alertait, il y a peu, sur le risque d’une telle véhémence à l’égard du gouvernement. Il le confessait à France inter : « je n’ai plus envie de hurler sur les bancs de l’Assemblée. Je l’ai dit au groupe : ça ne sert à rien. Ça renforce le RN ».
Olivier Faure lui-même, qui a pourtant beaucoup poussé pour l’alliance avec LFI, était, à son tour, sorti de son silence pour avertir M. Mélenchon que « la provocation n’est pas toujours le meilleur moyen de se faire entendre ».
Autant d’interrogations qui traversent des partis en pleine crise d’identité et à la recherche de la meilleure posture. Et notamment les socialistes et les écologistes qui, dans les prochains mois, à la différence de La France insoumise, doivent se confronter à un congrès interne et donc au choix de leur identité politique.
[Édité par Paul Messad]