« Nous ne sommes pas restés silencieux » sur Gaza : Kaja Kallas répond aux critiques des eurodéputés
La cheffe de la diplomatie européenne a défendu la réponse de l’UE à la guerre à Gaza mardi 17 juin à Strasbourg, estimant que certains eurodéputés tentaient d’apaiser leur conscience en reportant leur colère sur elle.
La cheffe de la diplomatie européenne a défendu la réponse de l’Union européenne à la guerre à Gaza mardi 17 juin à Strasbourg, estimant que certains eurodéputés tentaient d’apaiser leur conscience en reportant leur colère sur elle.
« Ne pensez-vous pas que c’est douloureux pour moi de voir la souffrance du peuple palestinien ? », a demandé Kaja Kallas aux députés européens lors d’un débat plénier de deux heures au Parlement européen.
Plus d’une douzaine d’eurodéputés se sont succédé pour critiquer l’exécutif européen, lui reprochant de ne pas faire davantage pour faire pression sur Israël afin qu’il protège les civils et autorise l’accès à l’aide humanitaire.
Kaja Kallas a affirmé que la situation était « tout aussi frustrante » pour elle, rappelant que l’absence de consensus entre les 27 États membres limitait les possibilités d’action de l’UE : « Je peux proposer des mesures dont je sais qu’elles ne seront pas adoptées. Je me sentirais certainement beaucoup mieux ».
« J’essaie de faire mon travail », a ajouté la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. « Mais nous ne sommes pas une Union européenne où une seule personne décide. »
Famine et chaos
Le mois dernier, une majorité d’États membres de l’UE a approuvé une révision de l’accord d’association UE-Israël afin d’accroître la pression sur Tel-Aviv pour qu’elle mette fin au blocus humanitaire de Gaza.
Depuis, un nouveau mécanisme d’acheminement de l’aide — soutenu par les États-Unis et Israël — a été mis en place. Pourtant, le coordinateur humanitaire de l’ONU alertait encore la semaine dernière que « sans un accès immédiat et massivement renforcé aux moyens de survie de base, nous risquons de sombrer dans la famine, le chaos et la perte de nombreuses vies humaines ».
Mardi, 59 personnes ont été tuées lorsque des chars israéliens ont ouvert le feu sur des personnes qui tentaient de récupérer de l’aide auprès de camions, rapporte l’agence Reuters.
La veille, Médecins sans frontières (MSF) estimait que l’Union européenne et les gouvernements européens avaient « les moyens politiques, économiques et diplomatiques pour exercer une pression réelle sur Israël afin qu’il mette fin à cette attaque et ouvre les points de passage de Gaza à l’aide humanitaire sans entrave ». « Cependant, jusqu’à présent, l’UE et ses États membres semblent avoir renoncé à leur leadership politique pour le faire », déplorait l’organisation.
Un silence qui restera dans l’Histoire
Certains députés européens ont appelé la Commission européenne à rompre complètement ses relations commerciales avec Israël.
« Quel seuil d’atrocités doit être dépassé pour que la Commission et le Conseil agissent avec la dignité et la fermeté que nous attendons de l’Europe ? », a demandé la présidente du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) au Parlement européen, l’Espagnole Iratxe García Pérez.
« Madame Kallas, vous serez responsable du génocide », a pour sa part lancé l’écologiste français Mounir Satouri.
La socialiste Ana Miranda Paz a quant à elle déclaré : « Vous resterez dans l’Histoire pour votre silence et votre complicité ».
Kaja Kallas a balayé ces critiques, déclarant aux élus : « Vous vous sentez mieux en exprimant votre colère à mon égard… Vous vous sentez mieux d’avoir fait quelque chose ».
L’Estonienne a indiqué qu’elle était en contact régulier avec le gouvernement israélien afin de faciliter l’aide et que l’UE s’était prononcée contre les agissements d’Israël : « Nous ne sommes pas restés silencieux », a-t-elle rétorqué.
Malgré l’escalade du conflit à Gaza et les frappes israéliennes sur l’Iran, aucune résolution n’a été adoptée à l’issue du débat de mardi sur la situation au Moyen-Orient.
Les députés européens avaient proposé une résolution sur le sujet en début de semaine, mais ils n’ont pas réussi à obtenir le consensus nécessaire pour la soumettre à un vote.
« Le Parlement est tellement fragmenté que nous ne pouvons pas obtenir de majorité sur les grandes questions de politique étrangère en quelques jours », a confié un député européen à Euractiv sous couvert d’anonymat. « Nous avons besoin de plus de temps. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]