Nucléaire : la République tchèque veut s'assurer auprès d'EDF qu'il n'y aura pas de surcoûts et de retards

EDF est en lice pour obtenir le contrat de construction d’un nouveau réacteur nucléaire pour la centrale de Dukovany, en République tchèque. Toutefois, la candidature de l’énergéticien français est conditionnée à la bonne gestion financière et temporelle.

/ EURACTIV République tchèque
French President Macron meets Czech President Pavel in Prague
Le président tchèque Petr Pavel (à droite) et le président français Emmanuel Macron (à gauche) lors de leur rencontre au Château de Prague à Prague, République tchèque, le 05 mars 2024. Macron est en visite officielle à Prague. [EPA-EFE/MICHAL TUREK]

EDF est en lice pour obtenir le contrat de construction d’un nouveau réacteur nucléaire pour la centrale de Dukovany, en République tchèque. Toutefois, la candidature de l’énergéticien français est conditionnée à la bonne gestion financière et temporelle.

La République tchèque souhaite se doter de quatre nouveaux réacteurs, en plus des six dont le pays dispose déjà. Pour le premier des quatre, deux constructeurs sont en compétition : le français et premier énergéticien d’Europe EDF, et le sud-coréen KHNP, filiale de KEPCO.

Le président français Emmanuel Macron était à Prague mardi (5 mars) pour appuyer la candidature de l’entreprise française, qui exploite le plus grand réseau de centrales nucléaires d’Europe, pour la construction de l’un de ces réacteurs sur la centrale de Dukovany — possiblement en lice pour trois autres.

Roman Zdebor, directeur de la branche tchèque d’EDF a indiqué que la présence d’une large délégation française à l’événement « souligne le soutien politique du gouvernement français à la candidature d’EDF pour la construction de nouvelles unités nucléaires en République tchèque ».

Emmanuel Macron a notamment insisté sur le fait que la République tchèque devrait privilégier les partenaires européens plutôt que les entreprises non européennes, américaines ou sud-coréennes, qui sont également intéressées par l’appel d’offres.

Cependant, dans ses projets en cours sur des réacteurs de 3e génération (EPR2), EDF fait face à d’importants retards et à des dépassements de coûts, des problèmes que Prague souhaite éviter.

Si la République tchèque décide d’opter pour EDF, comment s’assurera-t-elle que la même chose ne se produira pas dans le cas de Dukovany ? « Dans le monde des affaires, il faut des contrats pour faire face à ce qui ne fonctionne pas », a déclaré le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Jozef Síkela, interrogé par la rédaction.

« Nous essaierons d’obtenir une couverture contractuelle aussi large que possible », a-t-il ajouté. Le contrat doit donc être formulé de telle sorte qu’il ne laisse aucune marge de manœuvre quant au prix final et aux paramètres techniques, et qu’il garantisse l’achèvement du projet dans les délais impartis, a-t-il expliqué.

« L’avantage est que les représentants de la République française sont derrière le contrat, ils sont intéressés. […] Et si nous concluons les contrats correctement, et si le principe pacta sunt servanda [les contrats doivent être respectés, NDLR] s’applique, alors cela pourrait être bon pour nous. Et bien sûr, nous n’avons pas d’autres instruments pour nous en assurer », a complété M. Síkela.

Méfiance des ONGs

Outre le prix et le calendrier, la République tchèque prendra également en compte les garanties de sécurité et les sous-traitants potentiels, a expliqué le ministre.

Parallèlement, l’ONG tchèque Calla (Association for Preservation of the Environment), sceptique à l’égard de l’énergie nucléaire, met en garde contre le fournisseur français.

« L’industrie nucléaire française est confrontée à de très graves problèmes », a déclaré Edvard Sequens, consultant en énergie auprès de l’association. « Elle est incapable de construire de nouveaux réacteurs dans les délais impartis et au prix promis. Elle n’a pas les capacités professionnelles suffisantes pour entretenir ses centrales nucléaires nationales vieillissantes [et] si elle doit en construire de nouvelles [sur son territoire], celles-ci auront probablement la priorité sur les contrats étrangers. »

« De plus, pour Dukovany, EDF propose un réacteur qui n’existe pas encore [EPR2 qu’EDF est en train de construire en France et en Angleterre, NDLR]. [C’est] une raison suffisante pour jeter un regard critique sur la mission nucléaire de M. Macron à Prague », a-t-il conclu.

Concurrents d’EDF

Outre EDF et KHNP, l’entreprise américaine Westinghouse avait également fait une offre. Mais celle-ci n’a pas rempli les conditions fixées par le gouvernement tchèque. L’entreprise a toutefois jusqu’au 15 avril pour soumettre une nouvelle offre.

« Pour le moment […], nous ne sommes pas en mesure d’évaluer l’offre de Westinghouse », a déclaré M. Síkela.

« Nous sommes intéressés par le prix le plus bas possible, les garanties les plus élevées possibles et la garantie la plus élevée possible que la centrale sera construite dans les délais. Et si Westinghouse fait une offre aussi attrayante […], cela me compliquera probablement la vie, et je devrai probablement traiter avec des avocats […], mais si cela peut conduire à de meilleures conditions pour la République tchèque, je suis heureux que cela me complique la vie », a-t-il ajouté.

Le contrat avec la société sélectionnée devrait être signé en juin, selon nos informations.


Paul Messad a contribué à la rédaction de cet article.

 

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]