Parité des genres et cordon sanitaire : le casse-tête des présidences des commissions parlementaires
Le cordon sanitaire pour tenir les extrêmes à l’écart a porté ses fruits lors de l’élection des présidents et vice-présidents des commissions parlementaires, mais les querelles liées à la parité hommes-femmes ont mis en lumière des tensions entre les partis traditionnels.
L’accord informel entre les partis centristes de l’Union européenne pour tenir une partie de l’extrême droite à l’écart des postes clés du Parlement européen a porté ses fruits lors de l’élection des présidents et vice-présidents des commissions parlementaires, mais les querelles liées à la parité hommes-femmes ont mis en lumière des tensions entre les partis traditionnels.
La première session plénière de cette législature a donné aux Européens un aperçu du climat politique qui pourrait régner ces cinq prochaines années.
Le cordon sanitaire, mis en place par les forces pro-UE pour exclure les groupes d’extrême droite Patriotes pour l’Europe et l’Europe des nations souveraines (ENS), s’est avéré efficace puisqu’aucun des eurodéputés des deux groupes nouvellement formés n’a été élu à des postes de premier plan au Parlement.
Les Patriotes, troisième plus grand groupe du Parlement (84 eurodéputés), et l’ENS (25), n’ont vu aucun de leurs membres élus à la présidence ou à la vice-présidence d’une des 24 commissions et sous-commissions parlementaires.
En revanche, le groupe d’extrême droite et eurosceptique des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), codirigé par Fratelli d’Italia, parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, a vu ses élus accéder à des postes de haut rang. Les CRE sont le quatrième plus grand groupe au sein de l’hémicycle (78 eurodéputés), juste derrière le Parti populaire européen de centre droit (PPE, 188), les Socialistes et Démocrates (S&D, 136) et les Patriotes.
Alors que la coalition des forces pro-UE a permis la réélection de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour un second mandat, l’élection de deux vice-présidents du Parlement européen et d’un questeur du groupe CRE a montré que le groupe d’extrême droite restait un partenaire acceptable pour la coalition centriste.
En outre, trois membres du groupe CRE ont été élus présidents et dix sont désormais vice-présidents de commissions parlementaires. Il présidera pendant la prochaine législature la commission des Budgets (BUDG), la commission de l’Agriculture et du Développement rural (AGRI) et la commission des Pétitions (PETI).
Les présidents de commissions jouent un rôle important au sein du Parlement, car ils décident de l’ordre du jour de leur commission et président les réunions et les trilogues avec les États membres et la Commission lors des négociations concernant des textes de loi. Quant aux vice-présidents, ils remplacent le président ou la présidente au besoin.
L’élection des présidents de commissions mardi (23 juillet) était le dernier point à l’ordre du jour avant la pause estivale d’un mois au Parlement.
Les Patriotes furieux d’avoir été écartés
En amont de la constitution des commissions, lorsque les chefs des groupes politiques se sont réunis dans le cadre de la Conférence des présidents pour se répartir les présidences des commissions selon la méthode D’Hondt, les Patriotes ont revendiqué la commission de la Culture et de l’Éducation (CULT) ainsi que la commission des Transports et du Tourisme (TRAN).
La méthode D’Hondt est un système d’attribution des sièges (ici des présidences et vice-présidences) dans les systèmes électoraux de représentation proportionnelle.
Lors de la première réunion des commissions, mardi, les Patriotes ont vu leurs candidats supplantés par l’eurodéputée des Verts Nela Riehl pour la commission CULT et l’eurodéputée du PPE Elissavet Vozemberg-Vrionidi pour la commission TRAN.
Le cordon sanitaire a cependant montré ses limites puisque le soutien à la candidate des Patriotes, Malika Sorel — du Rassemblement national français (RN) — s’est étendu au-delà des partis hors de la coalition centriste.
Mme Sorel a obtenu 11 voix lors du vote à bulletin secret, soit plus que le nombre d’eurodéputés issus des partis situés à la droite du PPE. Cela signifie qu’au moins deux députés de la coalition centriste PPE-S&D-Renew, de La Gauche ou des Verts ont voté en sa faveur.
Les membres des Patriotes pour l’Europe, menés par le RN et le parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, ont fait part de leur déception quant à leur exclusion des postes à responsabilité au sein des commissions, et ont pointé du doigt le plus grand groupe du Parlement, le PPE.
« Cela prouve clairement qu’ils ne sont pas prêts à accepter les résultats d’élections démocratiques et qu’ils ne peuvent pas accepter le fait que les Patriotes soient le troisième plus grand groupe [au Parlement] », a affirmé à la presse la vice-présidente des Patriotes, Kinga Gál, à l’issue des nominations.
Interrogé par Euractiv sur la coopération du groupe CRE avec les forces pro-européennes pour obtenir des postes de présidents et de vice-présidents, Harald Vilimsky, vice-président des Patriotes autrichiens, a confié : « ils ont fait un pacte avec le diable ».
La parité hommes-femmes divise les centristes
Cependant, les forces centristes se sont écharpées sur la question de la parité hommes-femmes lors des sessions constitutives des commissions mardi.
En effet, lors de la réunion de la Conférence des présidents la veille (22 juillet), Manfred Weber, chef de file du PPE, a fait pression pour obtenir une dérogation au règlement intérieur du Parlement sur l’égalité des genres dans le cadre des présidences des commissions parlementaires. Selon un témoin, cette dérogation a été adoptée sans qu’aucune majorité ne s’y oppose.
La vice-présidente de La Gauche, Hanna Gedin, s’est toutefois opposée à cette décision. « Il est tout à fait normal qu’un Parlement européen qui parle de la nécessité d’une représentation équilibrée et de l’égalité des genres mette également en pratique ce qu’il prêche », a-t-elle expliqué à Euractiv.
Les querelles internes ont atteint leur paroxysme au sein de la commission AGRI, où le S&D a bloqué l’élection d’un candidat du PPE à la quatrième vice-présidence, au nom de la parité des genres qui doit prévaloir au sein des commissions.
Bien que la commission AGRI ait élu une femme à la présidence, l’eurodéputée du groupe CRE Veronika Vrecionová, les trois premiers vice-présidents du PPE et des S&D étaient tous des hommes. Lorsque le PPE a présenté Krzysztof Hetman à la quatrième vice-présidence, le groupe S&D a suggéré de reporter le vote pour qu’une candidate puisse être présentée à la place.
La commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) a fait face à une situation similaire lorsque le candidat du groupe CRE à la quatrième vice-présidence a été rejeté, les trois premières ayant été obtenues par des hommes, et que l’élection a été reportée.
Ces deux élections ont été reportées à la rentrée parlementaire en septembre.
[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]