Pays-Bas : des scientifiques auraient été soudoyés par des universités saoudiennes souhaitant être mieux classées

Selon un rapport, deux scientifiques néerlandais auraient accepté de remplacer fictivement leur employeur principal par l’Université du Roi Saoud et de citer l’université saoudienne en tête dans trois publications.

Euractiv.com
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En désignant la KSU comme principal employeur de ces scientifiques, l’université grimperait dans le prestigieux classement de Shanghai — un classement des meilleures universités du monde — tandis que l’université d’origine des scientifiques reculerait dans le classement. [SHUTTERSTOCK/INTREEGUE Photography]

Deux scientifiques néerlandais auraient accepté de remplacer fictivement leur employeur principal par l’Université du Roi Saoud (KSU), située à Riyad, et de citer l’université saoudienne en tête dans trois publications. C’est ce qu’il ressort d’un rapport publié samedi (6 mai).

Selon le Volkskrant, qui a publié le rapport, les scientifiques néerlandais auraient reçu des courriels de responsables de la KSU leur proposant 70 000 euros par an et 50 000 euros de fonds supplémentaires pour leurs projets.

En désignant la KSU comme leur principal employeur, l’université espèrait ainsi monter dans le prestigieux classement académique des universités mondiales par l’université Jiao Tong de Shanghai — un classement des meilleures universités du monde.

« Je sais qu’il s’agit d’une zone d’ombre, à la limite, et je comprends que certains collègues préfèreraient ne pas le faire », a déclaré Vincenzo Fogliano, professeur de technologie alimentaire à l’Université de Wageningue (WUR) et également l’un des deux professeurs a avoir accepté l’accord.

« Toutefois, des choses bien pires se produisent dans le monde universitaire. Cet argent permet de financer la recherche et les doctorants. Je pense donc qu’il a de la valeur », a-t-il poursuivi.

Bien que M. Fogliano ait déclaré que son université d’origine avait approuvé la collaboration avec la KSU, un porte-parole de la WUR a expliqué au radiodiffuseur public NOS que l’université avait ouvert une enquête interne.

« S’il s’avère que des scientifiques de notre université ont conclu cet accord, nous nous en distançons », a indiqué le porte-parole.

L’autre scientifique à avoir accepté l’offre saoudienne, Teun Boekhout, est un professeur émérite de biodiversité fongique. Il a déclaré que « la somme importante » versée par l’institution saoudienne lui permettait de poursuivre son projet de recherche, même après avoir pris sa retraite en tant que professeur.

Le ministre néerlandais de l’Éducation, de la Culture et des Sciences, Robbert Dijkgraaf (D66, Renew Europe), a critiqué la collaboration des professeurs avec l’Arabie saoudite.

« Je considère qu’il est tout à fait répréhensible que des scientifiques néerlandais collaborent à des projets dans lesquels ils citent faussement une université étrangère comme leur premier employeur », a-t-il indiqué sur Twitter.

« Ils vendent les universités néerlandaises (leur véritable employeur) au rabais, ce qui sape la confiance dans la science. Les scientifiques ne devraient pas être autorisés à vendre leur intégrité académique pour de l’argent », a-t-il ajouté.

Ce rapport intervient quelques semaines après qu’El País a rapporté que l’Arabie saoudite avait également approché des scientifiques espagnols avec une offre similaire et que 11 d’entre eux l’avaient acceptée l’année dernière.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]