Primaire populaire : entre les biais du scrutin et l'impossible union de la gauche

Si la Primaire populaire était un exercice riche en nouveautés, plusieurs difficultés dans sa mise en œuvre laissent une sensation d'un travail ambitieux mais inachevé.

Euractiv France
Taubira to run for French presidential election, supporters begin campaign
Investie par la Primaire populaire, Christiane Taubira devra tenter de réaliser l'objectif d'unir la gauche, qui aujourd'hui apparaît impossible. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Après le résultat de la Primaire populaire, dont l’objectif était de trouver une « une candidature de rassemblement », force est de constater la quasi impossibilité d’entériner l’union de la gauche, le processus choisi faisant l’objet de plusieurs reproches.

C’est sans grande surprise que Christiane Taubira en a été sacrée vainqueure par les 392 000 votants. Il lui incombera de poursuivre l’ambitieux objectif affiché : l’union des forces de gauche pour remporter l’élection présidentielle de 2022 et mettre en place un programme de rupture élaboré par les organisateurs eux-mêmes, baptisé « Socle commun ».

Si cette élection primaire était un exercice riche en nouveautés, des difficultés dans sa mise en œuvre laissent une sensation d’un travail ambitieux mais inachevé, du mode de scrutin au traitement des candidats.

Un mode de scrutin inédit

Outre le fait que la Primaire populaire est une initiative « citoyenne », née en dehors des structures partisanes, l’innovation principale réside dans le mode de scrutin.

Le choix des organisateurs s’est porté non pas sur le scrutin majoritaire classique qui caractérise les élections françaises, mais un scrutin par « jugement majoritaire ». Il consiste en l’attribution d’une notation à chacun des candidats, allant de « très bien » à « insuffisant ». Celui ou celle qui réunit le meilleur jugement majoritaire remporte l’élection.

Plusieurs études montrent que cette modalité de vote influe sur le résultat final, en ce sens qu’il exclut de fait les candidats les plus clivants et favorise les plus consensuels.

Une analyse menée lors de l’élection présidentielle de 2012 avait conclu que si le scrutin par jugement majoritaire avait été retenu, François Hollande et François Bayrou auraient été placés en tête, tandis que Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy auraient été relégués à des positions plus basses que celles conquises grâce au scrutin majoritaire à deux tours.

Transposé à la Primaire populaire, on peut imaginer que le scrutin à jugement majoritaire a peut-être favorisé Mme Taubira et M. Jadot (respectivement classés première et deuxième), dont l’image est meilleure parmi les électeurs de gauche que celle de M. Mélenchon, sa personnalité étant jugée plus clivante.

Dans l’optique d’un rassemblement, le choix du candidat qui divise le moins peut être une solution intéressante, sans que ce soit un gage de réussite pour autant. Dans le système électoral de la Cinquième République où la personnalité compte, les voix les plus fortes écrasent parfois les autres.

Candidates inconnues, candidats contre leur gré et candidats exclus

Autre élément, et pas des moindres, c’est la présence dans le scrutin de plusieurs personnalités qui ont été notées par les votants contre leur propre gré, à l’instar de Mme Hidalgo, M. Jadot et M. Mélenchon. Tous trois avaient fait savoir leur mécontentement d’être inclus dans ce processus ; les organisateurs n’ont pas souhaité en tenir compte.

Qui plus est, le manque de notoriété de deux personnalités inconnues du grand public à qui il a été fait peu de place dans l’espace médiatique, Mme Marchandise et Mme Agueb-Porterie, ce qui s’est traduit dans les résultats, puisqu’elles ont été classées dernières, derrière les autres candidats.

Mais c’est l’exclusion de certaines personnalités, pourtant bien de gauche, qui interroge le plus : ni le communiste Fabien Roussel, ni les plus radicaux Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) n’ont été conviés à l’élection.

Les organisateurs de la Primaire populaire n’ont pas souhaité répondre aux sollicitations d’EURACTIV France.

Qui plus est, parmi les six battus, seuls l’eurodéputé Pierre Larrouturou (Nouvelle donne-Place publique) et la militante Charlotte Marchandise déclarent s’impliquer dans la campagne à venir de Christiane Taubira. Aussi bien M. Jadot que M. Mélenchon et Mme Hidalgo poursuivront la leur.

Arrivée dernière du scrutin, Anna Agueb-Porterie a quitté dès dimanche soir (30 janvier) le navire de la Primaire populaire car elle regrette que « le résultat divise car il rajoute une candidature de plus ». Elle fait donc le choix de soutenir Jean-Luc Mélenchon, car il serait le seul à porter « un programme de rupture capable de gagner ».

En tout état de cause, le rassemblement est impossible sans désistement. L’objectif de la primaire était bien l’union, mais il est difficile d’imaginer qu’un regroupement des forces de gauche se produise, entre candidats exclus et « candidats non consentants ». Malgré la bonne volonté de Mme Taubira, qui « appellera les autres candidats […] car chacun est légitime à sa place […] mais notre sort appelle aujourd’hui l’union et le rassemblement ».

Reste donc à voir si un ralliement au profit de la candidate nouvellement investie se produira dans les jours et semaines qui viennent et si le résultat de cette primaire permettra d’enclencher une dynamique en faveur de Christiane Taubira, qui stagne pour le moment autour de 4,5 % dans les intentions de vote, tout de même au-dessus de sa rivale socialiste Mme Hidalgo.

À ce stade, en l’absence d’accords partisans, le plus probable reste que le rassemblement se fasse « par le bas », avec un vote utile des électeurs de gauche au profit du candidat qui résultera le mieux placé dans les quelques semaines qui précèdent le scrutin. Malgré les nombreuses candidatures, M. Mélenchon avait bénéficié de cet effet lors de l’élection de 2017 en réunissant presque 20 % des voix, ce qui n’avait pourtant pas été suffisant pour se qualifier au second tour.