Quotas de pêche : les négociations montent d’un thon

L’UE arrive sans position commune sur les quotas de pêche au thon rouge à la convention internationale qui démarre mercredi 17 novembre. Des ONG demandent l’arrêt total de la pêche industrielle.

EURACTIV.fr
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L’UE arrive sans position commune sur les quotas de pêche au thon rouge à la convention internationale qui démarre mercredi 17 novembre. Des ONG demandent l’arrêt total de la pêche industrielle.

L’UE n’a pas encore adopté de mandat pour la prochaine réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT en anglais) qui a lieu du 17 au 27 novembre 2010.

L’organisation, créée en 1966, doit veiller à la conservation des thonidés et espèces apparentées. Elle regroupe 48 pays et se réunit chaque année afin de définir des mesures d’encadrement et des quotas de pêche pour une trentaine d’espèces de poissons dont le thon rouge.

En 2010, l’ICCAT avait fixé un quota de pêche de 13 500 tonnes pour l’UE. De nombreux pays souhaiteraient conserver ces mêmes mesures pour 2011. 

Une représentation européenne fragile

Mais cette année, l’UE se trouve dans une position difficile. La proposition sur la pêche au thon rouge, présentée le 10 novembre par la commissaire aux Affaires maritimes et à la Pêche, Maria Damanaki, n’a toujours pas été adoptée par les États membres. Le texte prévoit une réduction des quotas mais sans aucun objectifs chiffrés. Mais certains pays, tels que la France, s’opposent à une réduction des quotas. 

Le texte de la Commission doit être examiné de nouveau mercredi 17 novembre, afin de donner à la commissaire un mandat avant le début des négociations.

Les ONG durcissent leur position

Les réticences de certains États à réduire le quota de pêche du thon rouge provoque cependant une levée de bouclier chez les ONG. Il est urgent de réduire, voir d’interdire, la pêche industrielle du thon, ont déclaré le 16 novembre les représentants de Greenpeace, WWF, Pew environment group et Oceana lors d’une conférence de presse à Paris.

Selon un rapport de l’ICCAT, le maintien du quota à 13 500 tonnes offre 60% de chance de reconstituer des stock durables de thon rouge. Un chiffre trop peu fiable pour les ONG. « Qui accepterait de prendre un avion qui n’a que 60% de chance d’arriver à destination? », a interrogé Sergi Tudela de WWF.

Ces organisations demandent une réduction des quotas à 6000 tonnes, l’interdiction de la pêche dans les zones de frai (zones de reproduction, ndlr) et le renforcement de la pêche artisanale, plus durable selon eux.

Elles souhaitent aussi que l’ICCAT et l’UE veillent à l’application des sanctions contre les pays en surpêche. Ces derniers devront en 2011, déduire de leur quota le surplus pêché en 2010.  

La France dans le rouge

Les thoniers français sont directement touchés par ce système de sanctions. La réduction des quotas à 6000 tonnes impliquerait pour la France de passer à 1000 tonnes de thons pêchés. Or, le gouvernement français a déclaré une surpêche de 1500 tonnes en 2010. Le pays se retrouverait donc en déficit de quotas pour 2011. Ce qui l’obligerait à stopper la pêche industrielle pour une année au moins.

POSITIONS :

Interrogé sur RFI mercredi 17 novembre, ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire a expliqué que le maintien d’un quota de 13.500 tonnes pour 2011 était « un bon équilibre entre l’assurance que la ressource en thons rouges va être préservée (…) et qu’on ne fera pas disparaître des milliers de pêcheurs qui vivent de cette activité-là (…) depuis des années et des années ». 

De son côté, le groupe des eurodéputés Verts-ALE a d’ores et déjà apporté son soutien à la proposition de la commissaire. « Nous soutenons pleinement la position (…) appelant au respect du principe de précaution et à la réduction des quotas pour préserver cette ressource », a affirmé le député Jean-Paul Besset dans un communiqué de presse.

Le représentant du syndicat des thoniers méditerranéens Mourad Kahoul estime quant à lui que les alertes des ONG ne sont pas fondées. « Le rapport de l’ICCAT a montré qu’un quota de 13 500 tonnes permettait de préserver un stock de thon renouvelable, a déclaré M. Kahoul. Ce qui est menacé aujourd’hui ce sont les pêcheurs, pas les thons », a-t-il ajouté.

Le président du syndicat a d’ailleurs annoncé qu’il porterait plainte contre X à la cours de justice européenne, afin de savoir, a-t-il dit, « qui se cache derrière les rapports de désinformation propagés par les ONG ».