Renforcement des relations UE-Kazakhstan

Les relations de l'UE avec le Kazakhstan devraient s'intensifier dans un futur proche malgré des élections conversées dimanche dernier (3 avril). Le président Nursultan Nazarbayev s'est en effet vu accorder un nouveau mandat de cinq ans alors qu'il est déjà au pouvoir depuis deux décennies. Un reportage d'EURACTIV réalisé à Astana.

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Les relations de l'UE avec le Kazakhstan devraient s'intensifier dans un futur proche malgré des élections conversées dimanche dernier (3 avril). Le président Nursultan Nazarbayev s'est en effet vu accorder un nouveau mandat de cinq ans alors qu'il est déjà au pouvoir depuis deux décennies. Un reportage d'EURACTIV réalisé à Astana.

M. Nazarbayev a remporté les élections haut la main en obtenant 95,5% des votes, selon le comité électoral national. Lors des dernières élections en 2005, il s’était imposé avec environ 91 % des voix.

Ces résultats ont déjà fait l'objet de nombreuses critiques au niveau international. Dans une déclaration préliminaire, les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont signalé de « sérieuses irrégularités » lors du scrutin et ont souligné un certain nombre de lacunes lors d'une conférence de presse hier (4 avril) à Astana, la capitale du Kazakhstan.

Parmi ses 56 membres, l'OSCE compte la Russie, la Turquie et tous les pays de l'UE.

« Les attentes étaient grandes pour ces élections, et elles n'ont pas été satisfaites », a déclaré à EURACTIV Daan Everts, le chef de la mission d'observation à long terme de l'OSCE.

Les élections se sont passées dans une ambiance « généralement calme » et un certain nombre de normes démocratiques ont été « techniquement » respectées, mais l'évaluation globale montre des procédés qui auraient favorisé M. Nazarbayev, a déclaré M. Everts.

Le président, qui a supervisé l'indépendance du pays de l'ex-Union soviétique, dirige le pays depuis 1991. Il bénéficie d'un large soutien de la population, en partie à cause d'une relance de l'économie due aux exportations de pétrole et aux investissements étrangers.

Faible opposition

Dans le même temps, l'opposition reste faible. M. Nazarbayev est un dirigeant autoritaire qui laisse peu de place à la critique. La probabilité d'une révolte est assez mince étant donnés le développement économique et une politique réussie d'absorption des opposants modérés.

« En Géorgie, l'opposition manifeste et prend le pouvoir. Ici, elle demande des faveurs », a expliqué à EURACTIV le conseiller politique de M. Nazarbayev, Yermukhamet Yertysbayev, faisant référence à la « Révolution des Roses » en Géorgie qui avait renversé Edouard Shevardnadze en 2003.

En effet, les trois candidats qui se sont présentés contre M. Nazarbayev peuvent à peine être considérés comme des leaders de l'opposition. L'un d'entre eux a même voté pour M. Nazarbayev, alors que les deux autres avaient précédemment soutenu un projet de référendum qui aurait prolongé le mandat du président jusqu'en 2020 (voir « Background »).

Sur les 22 candidats initiaux, seuls quatre ont reçu l'autorisation de se présenter aux élections. Certains partis de l'opposition, dont le Parti communiste, ont refusé de participer au scrutin et ont appelé au boycott.

Le taux de participation resterait la dernière incertitude, mais nombreux sont ceux qui affirment que 70 % serait considéré comme un chiffre satisfaisant pour cette campagne de boycott.

Toutefois, le taux de participation officiel annoncé par les autorités s'élève à 90 %, un chiffre beaucoup plus élevé que les 80 % enregistrés lors des précédentes élections présidentielles.

« C'est un taux de participation record », a reconnu M. Everts de l'OSCE.

Le rapport préliminaire de l'OSCE note de « sérieuses irrégularités, dont de nombreux exemples de signatures apparemment identiques sur les listes d'électeurs et plusieurs cas de bourrage d'urnes ».

Progrès et prochaines élections législatives 

Malgré les nombreuses lacunes, certains progrès ont également été notés. Une délégation de cinq membres du l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a souligné que le résultat de ce vote reflétait réellement le souhait de l'électorat kazakh.

Le Kazakhstan ne fait pas partie du Conseil de l'Europe, mais « une possible extension des liens avec cette organisation est actuellement examinée », peut-on lire dans une déclaration publiée par l'APCE.

Dans tous les cas, l'attention se tourne déjà vers les élections législatives qui devraient avoir lieu mi-2012.

M. Nazarbayev a accepté une réforme qui permettra à un autre parti d'entrer au parlement, aujourd'hui composé exclusivement de membres du parti du président, Nur Otan.

Ces derniers développements suscitent des attentes dans le pays où de nombreux partis et activistes considéraient les élections présidentielles comme une répétition pour le réel test que seront les élections législatives.

Relations UE-Kazakhstan

Il y a peu de chances que le résultat prévisible des élections présidentielles ait un impact sur les relations du Kazakhstan avec l’UE.

Ce pays d’Asie centrale est un partenaire de plus en plus important de l’Union européenne. Le pétrole kazakh coule déjà à flots en Europe et le volume des importations pourrait bien s’accroître si l’approvisionnement en provenance de Libye demeure incertain.

D’importantes entreprises européennes sont actives au sein du secteur pétrolier kazakh en pleine expansion, notamment sur le gisement de pétrole très prometteur de Kashagan, dans la région caspienne. D'autre part, la production de gaz devrait bientôt être lancée.

Le Kazakhstan est aussi considéré comme un modèle dans la région en terme de dialogue interethnique et interreligieux, avec seulement quelques incidents mineurs jusqu’à maintenant malgré une grande variété de groupes ethniques. L’Islam est la religion dominante mais les musulmans radicaux sont rares, malgré la proximité du pays avec des régions beaucoup plus séculaires, telles que l’Afghanistan et le Pakistan.

Un nouvel accord de partenariat sera bientôt renégocié entre Bruxelles et le Kasakhstan. Les négociations devraient d’ailleurs débuter dans les prochaines semaines.

« Nous devrions avoir un accord de partenariat, qui marque une réelle avancée dans nos relations », a déclaré le ministre des affaires étrangères adjoint en charge des affaires européennes, Konstantin Zhigalov, à EURACTIV.

L’ambassadeur de l’UE à Astana, Norbert Jousten, a confirmé les aspirations mutuelles pour un nouvel accord remplaçant le cadre législatif actuel et renforçant les relations bilatérales.

« Nous souhaitons que cet accord reflète mieux la profondeur de notre relation, et qu'il apporte de nouvelles opportunités pour approfondir notre relation », a déclaré le diplomate, citant une éventuelle coopération renforcée dans certains domaines, dont « la politique, l’investissement commercial, le dialogue en faveur du progrès démocratique et le plein respect des droits de l’Homme ».