République tchèque : Andrej Babiš forme une majorité pour gouverner — et se protéger d’un procès
Après sa victoire électorale, le leader populiste tchèque Andrej Babiš cherche à former une majorité parlementaire non seulement pour gouverner, mais aussi pour se protéger des poursuites judiciaires en cours pour fraude présumée aux subventions européennes.
PRAGUE — Le parti ANO (Oui !) de Andrej Babiš a remporté 34,5 % des voix lors des dernières élections, et il négocie actuellement une coalition avec le parti Liberté et démocratie directe (SPD) d’extrême droite de Tomio Okamura et le parti populiste des Motoristes.
Ensemble, ces trois forces contrôlent 108 des 200 sièges de la chambre basse, ce qui est suffisant pour obtenir une majorité pour faire adopter des lois et, surtout, pour bloquer toute tentative de lever l’immunité parlementaire.
Quelques jours seulement après le scrutin, le tribunal municipal de Prague a officiellement demandé au parlement nouvellement élu de lever l’immunité d’Andrej Babiš afin que les procureurs puissent poursuivre l’affaire Čapí hnízdo (Nid de cigogne), qui dure depuis longtemps.
Cette affaire de subventions européennes d’un montant de 2 millions d’euros repose sur des allégations selon lesquelles un centre de conférence aurait été temporairement détaché de la holding Agrofert de Andrej Babiš afin d’être désignée comme une petite entreprise éligible aux fonds européens.
La pression juridique s’intensifie
Andrej Babiš a été acquitté à deux reprises en première instance, mais sa position juridique s’est affaiblie en juin lorsque la Haute Cour a annulé les verdicts antérieurs et ordonné au tribunal inférieur de prononcer une condamnation pour fraude aux subventions européennes et atteinte aux intérêts financiers de l’Union.
Il continue de nier toute malversation, qualifiant l’affaire de « processus politique » et insistant sur le fait qu’« il n’y a aucune preuve de ma culpabilité ».
Andrej Babiš n’est pas le seul à faire face à des problèmes juridiques ; ses alliés au Parlement sont également concernés.
Tomio Okamura, qui a retrouvé son immunité parlementaire après une autre affaire de discours haineux, a déjà promis sa loyauté à son futur partenaire de coalition.
« Nous ne voterons certainement pas en faveur de la levée de son immunité », a-t-il déclaré avant les élections, alors qu’il était pressenti pour devenir le prochain président du parlement.
Par ailleurs, le parti des automobilistes a également fait l’objet d’une controverse, la police enquêtant sur des allégations de discours haineux liés à Filip Turek, figure de proue du parti qui a été pressenti comme ministre des Affaires étrangères.
Pacte d’immunité
Les voix de l’opposition avertissent que la nouvelle coalition risque de privilégier sa propre survie juridique plutôt que la gouvernance.
« La priorité dans la formation du nouveau gouvernement est que Andrej Babiš et Tomio Okamura conservent leur immunité parlementaire et échappent à un procès équitable », a affirmé le député chrétien-démocrate Jan Bartošek.
« Au lieu de la prospérité et de la sécurité de notre pays, la priorité sera de s’assurer que le Premier ministre, le président du Parlement et le ministre des Affaires étrangères n’aillent pas en prison. »
L’opinion publique reste divisée. Un sondage réalisé pour la télévision tchèque a révélé que 56 % des personnes interrogées étaient favorables à la levée de l’immunité de Babiš, tandis que 41 % le soutenaient.
Alors que les négociations de coalition se poursuivent, la question qui se pose à Prague — et à Bruxelles — est de savoir si le pouvoir politique sera utilisé pour gouverner ou pour protéger ceux qui le détiennent.