Russie, Israël, droits de douane… Ce qu’il faut retenir du dernier sommet européen
Face aux tensions commerciales croissantes avec les États-Unis, aux divisions internes sur la Russie, ou encore Israël, le Conseil européen de jeudi 26 juin a été le théâtre de débats intenses.
Face aux tensions commerciales croissantes avec les États-Unis, aux divisions internes sur la Russie, ou encore Israël, le Conseil européen de jeudi 26 juin a été le théâtre de débats intenses.
Alors que de lourds droits de douane américains — jusqu’à 50 % — pourraient entrer en vigueur dès le 9 juillet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a informé les dirigeants européens de la dernière proposition transmise par la Maison-Blanche.
La Commission privilégie une approche souple dans les discussions avec Washington, en envisageant un accord qui inclurait des droits de douane « universels » de 10 %, ce qui permettrait d’éviter des droits sectoriels.
Les Vingt-Sept affichent quant à eux des positions divergentes sur la question. Le Premier ministre Viktor Orbán et son homologue italienne Giorgia Meloni, proches de Donald Trump, se montrent plus conciliants, tandis que les pays du Nord veulent éviter à tout prix une escalade commerciale.
Le président Emmanuel Macron, qui s’est entretenu avec Donald Trump au téléphone pendant le sommet à propos du Moyen-Orient, a réaffirmé son souhait de conclure un accord rapide, équilibré et pragmatique avec les États-Unis.
« Les meilleurs tarifs entre l’UE et l’Europe, seraient zéro [pour cent] pour zéro […]. Mais si ça doit être 10 pour 10 […], ça sera le cas », a-t-il déclaré après le sommet. « Notre bonne volonté ne doit pas être confondue avec de la faiblesse. »
Dans le même temps, le chancelier allemand Friedrich Merz — qui participait à son premier sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE — a pressé l’exécutif européen à conclure un accord similaire à celui signé par le Royaume-Uni avec Washington début mai, qui devrait prévoir une exemption spécifique pour les voitures européennes, selon le Financial Times. L’Allemagne, très dépendante de ce secteur, subit déjà une taxe américaine de 25 %.
Friedrich Merz a donc réitéré son appel en faveur d’un accord « rapide et simple » plutôt qu’un accord commercial complet avec les États-Unis. Lundi 23 juin, le chancelier avait fustigé la stratégie de négociation de la Commission, qui serait « beaucoup trop compliquée » selon lui. Il souhaite qu’elle se concentre plutôt sur quatre ou cinq secteurs clés.
« On ne se laisse pas provoquer, on reste calme », a assuré le Premier ministre belge, Bart De Wever, appelant à éviter une guerre commerciale avec les États-Unis. « On négocie et on espère arriver à un accord », mais « si ce n’est pas le cas, on va évidemment adopter des contre-mesures », a-t-il averti.
En mai, l’UE avait menacé de taxer pour 95 milliards d’euros d’importations américaines en cas d’échec des négociations, dont des voitures et des avions. Cette menace a depuis été mise en veille.
De leur côté, les États-Unis profitent aussi de la négociation pour tenter d’obtenir des concessions sur les règlementations européennes, notamment en matière de concurrence dans le domaine numérique.
Sanctions
La Hongrie et la Slovaquie ont maintenu leur blocage sur le 18e paquet de sanctions contre la Russie. Budapest s’oppose aussi à tout progrès sur la candidature de l’Ukraine à l’UE, et a refusé d’approuver les conclusions des 26 autres États membres sur l’Ukraine.
Dans une interview accordée en marge du sommet, Viktor Orbán a accusé Ursula von der Leyen et Manfred Weber, chef du PPE, de « travailler à la mise en place d’un gouvernement pro-ukrainien et subordonné à Bruxelles en Hongrie ».
Côté slovaque, le Premier ministre Robert Fico a indiqué que son ambassadeur auprès de l’UE demanderait un report de la décision sur le 18e paquet de sanctions en attendant des concessions supplémentaires sur le plan de l’UE visant à abandonner progressivement le gaz russe.
Si les dirigeants ne sont pas parvenus à conclure un accord sur le nouveau paquet de sanctions contre Moscou, ils ont toutefois convenu de prolonger de six mois les mesures actuelles visant l’économie russe.
« Nous l’avons fait sans discussion, sans problème », a déclaré Bart De Wever. « Les gens quittaient déjà la salle, et [le président du Conseil] António Costa a dit : “Oh, j’ai oublié une petite chose, la reconduction des sanctions [existantes]. Je suppose que tout le monde est d’accord ?” »
L’UE doit renouveler ses sanctions contre la Russie tous les six mois, à l’unanimité de ses États membres. Budapest avait menacé à plusieurs reprises de bloquer les précédentes prolongations des sanctions, mais n’a jamais mis ses menaces à exécution.
L’accord a été conclu bien avant la date limite du 31 juillet pour la prolongation des mesures punitives.

Salle de presse du Conseil [Laurent Geslin]
Moyen-Orient
Lors d’un déjeuner, les dirigeants de l’UE ont abordé la question délicate du conflit à Gaza, dans le sillage d’une évaluation de la Commission suggérant qu’Israël pourrait avoir enfreint les clauses des droits humains de l’accord d’association UE-Israël.
Peu de décisions étaient attendues lors du sommet, les États membres restant profondément divisés sur les suites à donner à l’examen de l’accord d’association.
Les dirigeants européens ont renvoyé la question à leurs ministres des Affaires étrangères, qui en discuteront lors du Conseil « Affaires étrangères » du 15 juillet. La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, devrait leur présenter les différentes options possibles.
Au même moment, l’ambassade d’Israël en Espagne dénonçait l’appel lancé par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en faveur de la suspension de l’accord et de l’arrêt des ventes d’armes à Israël. Elle a accusé Madrid d’être « du mauvais côté de l’histoire ».
En réponse, le ministère espagnol des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires israélien, Dan Poraz, pour cette « déclaration inacceptable », selon des sources du ministère.
Pedro Sánchez avait dénoncé plus tôt le « deux poids, deux mesures » de l’Europe face à la guerre à Gaza, réaffirmant son soutien à la création d’un État palestinien.
Dépenses de défense
Le sommet européen s’est tenu au lendemain d’un sommet de l’OTAN à La Haye, où la majorité des États membres se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB — dont 3,5 % pour le militaire et 1,5 % pour la sécurité au sens large, incluant les infrastructures.
Ursula von der Leyen et Kaja Kallas ont été chargées de présenter, d’ici octobre, une feuille de route sur le financement de cet effort.
Migrations
Les discussions sur la migration ont eu lieu en marge du sommet, lors d’un petit-déjeuner réunissant les partisans d’une ligne dure. L’Allemagne y participait pour la première fois, représentée par Friedrich Merz, qui a renforcé la politique migratoire allemande depuis son arrivée au pouvoir.
Ce groupe rassemble une quinzaine de pays (Italie, Danemark, Hongrie, Pologne…) et se réunit régulièrement autour de Giorgia Meloni pour faire pression sur Bruxelles afin de durcir sa politique migratoire.
« C’est un groupe de pression qui veut mettre sur la table des propositions pour rendre beaucoup plus stricte la politique migratoire de l’Union européenne », a expliqué Bart De Wever à son arrivée au sommet.
Le chancelier autrichien Christian Stocker a évoqué des discussions « intenses » sur la protection des frontières extérieures et la Convention européenne des droits de l’Homme, dont l’interprétation par la Cour européenne des droits de l’Homme est jugée par certains comme trop favorable aux migrants.
Au sommet, peu de progrès concrets ont été réalisés sur les questions migratoires au-delà d’un simple bilan des développements antérieurs.
Climat
Bien que le climat ne figurait pas officiellement à l’ordre du jour, il a été brièvement abordé.
La Commission présentera mercredi prochain (2 juillet) sa proposition de réduction des émissions de CO2 à l’horizon 2040. Elle pourrait maintenir un objectif de -90 % par rapport aux niveaux de 1990, mais avec des flexibilités — comme l’achat de crédits carbone internationaux ou le financement de projets hors d’Europe.
Certains pays, comme la Hongrie, l’Italie ou la République tchèque, contestent cet objectif.
La France, elle, critique la méthode de la Commission, qu’elle accuse de fixer des objectifs trop ambitieux sans préciser comment y parvenir. Paris réclame des garanties sur la décarbonation de l’industrie et voudrait que Bruxelles soutienne davantage l’énergie nucléaire.
Emmanuel Macron a réaffirmé son soutien à un objectif ambitieux, tout en avertissant que l’UE ne pourra y parvenir sans « investissements, neutralité technologique et cohérence commerciale ».
Commerce international
Ursula von der Leyen a suggéré que l’Accord de partenariat transpacifique global et progressif (PTPGP) pourrait représenter une alternative crédible à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le système de règlement des différends reste bloqué en raison de l’opposition des États-Unis.
Elle aurait proposé aux États membres de l’UE de nouer une alliance avec les pays membres du PTPGP.
Initialement conçu comme un accord de libre-échange signé en 2016 entre les États-Unis et plusieurs pays de la région indo-pacifique, le PTPGP a vu Washington s’en retirer sous la présidence de Donald Trump. Il regroupe aujourd’hui douze membres : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Chili, Malaisie, Brunei, Mexique, Pérou, Japon, Singapour, Vietnam, ainsi que le Royaume-Uni, qui a rejoint l’accord après sa sortie de l’Union européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]