Sécurité alimentaire : l’UE et l'Afrique veulent unir leurs forces
Les acteurs politiques et économiques de l’agroalimentaire européens et africains se sont réunis jeudi (23 juin) pour trouver des solutions face à la crise alimentaire que traversent les deux continents.
A l’occasion de l’EU-Africa business summit qui s’est déroulé jeudi (23 juin) à Bruxelles, les acteurs politiques et économiques de l’agroalimentaire européens et africains se sont réunis pour trouver des solutions face à la crise alimentaire que traversent les deux continents.
La crise de la Covid-19, et plus encore la guerre en Ukraine, ont privé de nombreux pays africains de matières premières, en particulier d’engrais et de blé russo-ukrainiens.
A la tête de l’Union Africaine, Micky Sall avait tenté début juin de débloquer la situation en allant à Moscou convaincre Vladimir Poutine de lever le blocus, tout en exhortant les 27 de tout faire « pour libérer les stocks disponibles ».
« Il existe une coopération de longue date entre l’Union Africaine et l’UE et nous attendons avec impatience des actions plus concrètes » déclare Godfrey Bahiigwa, le directeur du département de l’Agriculture et du développement rural à l’Union Africaine lors d’une table ronde sur la sécurité alimentaire.
Mesures d’urgence
« L’agriculture africaine peut compter sur notre soutien » a, de son côté, assuré le commissaire européen à l’agriculture Janusz Wojciechowski en préambule des échanges.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’aider immédiatement l’Afrique à réduire sa dépendance envers l’Ukraine et la Russie, en trouvant des marchés alternatifs de matières premières.
Le 17 juin, les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’étaient mis d’accord sur la nécessité d’ouvrir le marché alimentaire, pour aider les pays dans le besoin à s’approvisionner. Il s’agit surtout d’éviter la rétention de matières premières comme le font l’Inde ou l’Indonésie.
Aussi, devant la flambée des prix du blé et des engrais, diverses aides financières ont été débloquées.
La Commission européenne a adopté récemment (21 juin) une proposition visant à mobiliser 600 millions d’euros des réserves du Fonds européen de développement pour les pays d’Afrique, entre autres. De son côté la Banque mondiale a déclaré mercredi (22 juin) avoir approuvé un programme de 2,3 milliards de dollars. Ces fonds visent principalement à encourager la production durable et la résilience des systèmes alimentaires.
Partenariats
Cette résilience des systèmes africains et européens, doit passer, selon les intervenants du sommet, par des partenariats entre les deux continents, des échanges de savoirs faire et des transferts de technologies.
Un exemple emblématique est celui des accords de partenariat de l’UE dans le domaine de la pêche durable, qui visent à favoriser la croissance économique du secteur en Afrqiue, tout en ouvrant des zones de pêche durables à des centaines de navires européens. C’est ce qui a permis l’année dernière à la Mauritanie de toucher 60 millions d’euros par an d’aides de l’UE pendant six ans contre l’accès à plus de 290 000 tonnes annuelles de poissons.
Selon Iliass Elfali, directeur des opérations du géant marocain des phosphates OCP, les acteurs privés doivent être en première ligne dans ces partenariats. Surtout face à la crise russo ukrainienne. La pénurie d’engrais pourrait en effet provoquer un effondrement de 20 à 50 % des rendements céréaliers en Afrique cette année. Iliass Elfali s’est ainsi ailleurs engagé à dédier 20 % de sa production vers le marché africain.
Des rapprochements économiques et politiques peuvent non seulement aider l’Afrique à subvenir aux besoins urgents en matières premières, mais aussi à diversifier ses importations, à développer de nouvelles filières locales. C’est le cas du Gabon, ou de la RDC qui relancent une production à grande échelle de manioc pour produire du pain et se passer du blé importé.
Pour le commissaire Janusz Wojciechowski, « l’Afrique est bien placée pour promouvoir la valeur ajoutée des produits locaux. Le secteur agroalimentaire est essentiel pour la reprise, l’éradication de la pauvreté et l’atténuation de l’impact climatique ».
L’Europe attend aussi beaucoup des innovations et des technologies africaines.
« On a des choses à apprendre, des pratiques dont on peut s’inspirer, en prévision du changement climatique. Certains pays cultivent des céréales dans des conditions de sécheresse et de fortes chaleurs que nous connaîtrons probablement dans le futur » explique à EURACTIV le député européen Jérémy Decerle à l’issue de la table ronde.
Sécurité alimentaire et transition agroécologique : tels sont les deux enjeux auxquels les continents devront répondre à long terme, mais aussi rapidement alors que la sécheresse frappe comme jamais la corne de l’Afrique, faisant craindre une famine ravageuse.
Selon la Banque Mondiale, on estime que 66,4 millions de personnes pourraient subir un stress ou une crise alimentaire voire une famine dans les prochaines semaines en Afrique.