Sécurité des JO et de l'Euro : les polices françaises et allemandes se coordonnent sur le terrain
Les échanges d’informations policières au sein de l’UE étant disparates, assurer la sécurité des tournois sportifs internationaux de cet été s’annonce complexe, ce qui oblige la France et l’Allemagne à s’appuyer sur la coopération bilatérale pour combler les lacunes.
Les échanges d’informations policières au sein de l’Union européenne (UE) étant limitées, assurer la sécurité des grands tournois sportifs internationaux est toujours complexe. La France et l’Allemagne – qui accueillent respectivement les Jeux olympiques et l’Euro 2024 – ont décidé de coopérer pour être plus efficaces.
En Allemagne et en France, la situation sécuritaire est délicate, à l’approche du Championnat d’Europe de football et des Jeux olympiques de Paris. Les menaces sont diverses : hooliganisme, terrorisme islamiste, ou encore les risques posés par la guerre hybride menée par la Russie.
Lors de la première semaine de l’Euro, plusieurs incidents ont été signalés en Allemagne, notamment une tentative d’attaque au marteau à Hambourg et des rixes à Gelsenkirchen, avant le match entre la Serbie et l’Angleterre.
Pour faire face à cette situation, les forces de police des deux pays ont convenu de coopérer sur le terrain.
Cette collaboration vise à combler d’importantes lacunes en matière de sécurité, les forces de police des différents pays de l’Union européenne n’ayant toujours pas accès aux évaluations et aux informations de leurs voisins de l’UE et hors de l’UE.
« Les évaluations générales de la police ainsi que les casiers judiciaires sont difficiles à partager en Europe en raison de l’incertitude juridique – il n’y a pas de règles standardisées ni de données indicatives sur les raisons pour lesquelles une personne est considérée comme dangereuse », explique à Euractiv Raphael Bossong, expert en affaires intérieures de l’UE au sein du groupe de réflexion SWP.
Les informations recueillies par un pays donné – par exemple qui est considéré comme une menace potentielle pour la sécurité publique – ne sont pas forcément les mêmes que dans un autre, ce qui empêche de centraliser les données policières au niveau européen, précise-t-il.
Cependant, lors des tournois sportifs internationaux, qui impliquent d’importants déplacements transfrontaliers, et donc des menaces supplémentaires pour la sécurité publique, l’accès rapide à l’information est crucial.
Si des hooligans étrangers se livrent à des émeutes dans une ville et que leur équipe joue ensuite dans une autre, « il est très important de savoir précisément qui se trouve où », souligne Herbert Reul (CDU, Parti populaire européen/PPE), ministre de l’Intérieur du Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, où sont situés quatre stades de l’Euro.
« Si j’avais un souhait à formuler, ce serait celui d’améliorer les échanges d’informations entre les forces de police européennes. Cela demeure très fastidieux », continue Herbert Reul.
« Une affaire fastidieuse »
Actuellement, certaines informations sont disponibles dans des bases de données centrales comme le système d’information Schengen (SIS). L’échange d’informations sur les menaces terroristes fonctionne également sans problème, selon Raphael Bossong.
Obtenir d’autres informations est cependant plus compliqué et prend trop de temps, malgré certaines tentatives, dans les années 2000, d’accélérer les processus grâce au traité de Prüm, d’après la ville allemande où il a été signé en 2005.
« Si les officiers français ne veulent pas partager leurs informations ou n’ont pas le temps de le faire, les fonctionnaires allemands ne peuvent pas y accéder et vice versa », explique Raphael Bossong.
Afin de minimiser ces obstacles, la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser (SPD, S&D), et son homologue français, Gerald Darmanin (Renaissance, Renew), ont convenu en mars de détacher des agents et de les intégrer aux opérations de police des deux pays au cours de l’été.
Les unités mixtes existantes, qui servent déjà de « points d’accès humains » réguliers à l’information, seront également déployées pour surveiller le trafic transfrontalier franco-allemand, car l’Allemagne a réintroduit les contrôles à l’occasion de l’Euro.
« Astuces » et solutions de fortune
L’Allemagne a également mis en place un Centre de coopération policière internationale (IPCC), où des officiers de plusieurs pays européens échangent des renseignements, sur la base de contrats bilatéraux, a indiqué le ministère de l’Intérieur allemand à Euractiv.
« Cela n’a jamais été fait auparavant et […] cela a coûté une fortune », a précisé Herbert Reul.
Il a toutefois ajouté que s’il existait « déjà des postes de police communs » et qu’« il serait formidable que les Français puissent examiner le système allemand et que les Allemands puissent examiner le système français au lieu de recourir à des astuces ».
Les progrès législatifs au niveau de l’UE ont été lents. À la fin de la dernière législature, les institutions européennes ont adopté une mise à jour du traité de Prüm, qui étend le partage des données et introduit un système informatique central pour simplifier les demandes d’informations.
Cependant, cette mise à jour reprend un projet pilote lancé en 2020 et n’entrera en vigueur qu’en 2027.
L’harmonisation des normes reste nécessaire, a conclu Raphael Bossong.
[Édité par Laurent Geslin]