Selon le rapport Niinistö, l’Europe doit rapidement augmenter ses financements de défense
L’Europe devrait augmenter ses financements en matière de défense « à un rythme beaucoup plus rapide » afin de pouvoir passer des besoins civils aux besoins militaires en cas de crise, selon le rapport de l’ancien président finlandais Sauli Niinistö présenté ce mercredi 30 octobre.
L’Europe devrait augmenter ses financements en matière de défense « à un rythme beaucoup plus rapide » afin de pouvoir passer des besoins civils aux besoins militaires en cas de crise, selon le rapport de l’ancien président finlandais Sauli Niinistö présenté ce mercredi 30 octobre.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a officiellement demandé à l’ancien Premier ministre finlandais de rédiger un rapport sur la manière d’améliorer la préparation de l’UE en matière civile et de défense le 20 mars dernier.
L’Union européenne (UE) devrait poursuivre une stratégie globale pour s’assurer que son économie est équipée pour différents objectifs, tant civils que militaires, indique Sauli Niinistö dans son rapport.
L’augmentation du financement, la mise en commun de la demande et l’incitation à la mise en place de marchés publics communs au niveau de l’UE seraient « vitales pour surmonter la fragmentation endémique et des décennies de sous-investissement », ajoute le rapport.
La défense devrait donc « faire partie d’un écosystème industriel stratégique plus large qui repose sur des matières premières, des technologies, des compétences, des machines et d’autres infrastructures industrielles similaires ou interchangeables ».
Au début de l’année, la Commission européenne a proposé un programme pour l’industrie de la défense européenne (EDIP) afin de réorganiser le complexe militaro-industriel de l’UE.
Toutefois, la proposition de réorganisation s’accompagne pour le moment d’un financement modeste, suggérant que des fonds supplémentaires seront nécessaires pour permettre à l’industrie de répondre aux besoins en temps de guerre.
Avant l’été, Ursula von der Leyen avait estimé à 500 milliards d’euros les besoins de l’UE en matière d’investissements dans la défense au cours de la prochaine décennie afin d’être prête à la guerre si nécessaire. Toutefois, il n’est toujours pas clair d’où viendrait cet argent.
Le rapport de Sauli Niinistö souligne la nécessité d’un cadre européen capable de « renforcer les défenses [de l’Union] à un rythme beaucoup plus rapide et de manière coordonnée ».
Il préconise également d’identifier « de toute urgence un ensemble de grands projets de défense d’intérêt commun, étayés par les dispositions budgétaires ad hoc et à long terme nécessaires ».
Selon une liste établie par la Commission et consultée par Euractiv, huit projets de défense phares pourraient devenir tels.
Dans cette liste, on retrouve le bouclier européen de défense aérienne, le bouclier européen de cybersécurité, le bouclier frontalier nord-est, la connaissance du domaine maritime, la surveillance du domaine spatial, le stockage de munitions et de missiles, la mobilité militaire et la lutte contre les agents chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.
La mobilité militaire, c’est-à-dire les plans de déplacement rapide et sans heurt des troupes et des équipements militaires dans l’Union européenne, a souffert d’un manque de financement ces dernières années, malgré plusieurs tentatives pour redresser la barre.
Dans de nombreux cas, l’infrastructure actuelle de l’Europe n’est pas préparée à un passage ad hoc à une utilisation militaire, et une telle option n’a souvent pas été prise en compte dans la planification des futurs projets d’infrastructure.
Pour de tels projets, l’UE devrait s’efforcer de « mettre à disposition le financement nécessaire au niveau de l’UE » et, parallèlement, s’efforcer de supprimer « les diverses pratiques enracinées, les obstacles réglementaires et les divergences politiques qui entravent actuellement la mise en place d’un marché unique pour les produits et les services de défense », ajoute le rapport.
Il recommande également l’adoption d’une stratégie de double usage dans « tous les domaines pertinents de l’UE », en se concentrant dans un premier temps sur la rationalisation des définitions du double usage « dans les divers instruments de financement et dans les politiques pertinentes de l’UE ».
Dans un signal fort qui fait écho aux récents changements apportés aux critères traditionnels de prêt à double usage de la Banque européenne d’investissement (BEI) — qui permettront désormais d’investir davantage dans des projets d’application militaire — le rapport indique que « dans chaque domaine, les marges juridiques et réglementaires [sur le double usage] devraient être pleinement explorées ».
Ce rapport s’inscrit dans le cadre d’un changement politique plus large visant à mettre davantage l’accent sur les priorités en matière de défense — souligné, par exemple, par le consensus croissant à Bruxelles en faveur d’une réorientation du budget pluriannuel de l’UE vers des objectifs plus souples et de nouvelles priorités, où la sécurité occupe une place prépondérante.
« Les considérations liées à la défense et au double usage devraient être pleinement intégrées […] dans les travaux de l’UE sur les technologies fondamentales essentielles, telles que l’Intelligence artificielle et la quantique, afin de réduire les dépendances et de se protéger contre les fuites technologiques. »
[Édité par Anna Martino]