Substances chimiques et Green Deal, les sujets clés de l’audition de la commissaire désignée à l’Environnement

Jessika Roswall, commissaire désignée à l’Environnement, devrait notamment être interrogée sur la simplification annoncée du règlement de l'UE sur les produits chimiques lors de son audition au Parlement européen ce mardi 5 novembre. Les eurodéputés devraient cependant approuver sa nomination.

EURACTIV.com
First College Meeting of designated EU Commissioners in Brussels
La commissaire désignée chargée de l'Environnement, de la Résilience en matière d’eau et de l'Économie circulaire compétitive, Jessika Roswall, arrive à une réunion du Conseil des commissaires à Bruxelles, Belgique, le 18 septembre 2024. [EPA-EFE/JOHN THYS]

La Suédoise Jessika Roswall, commissaire désignée à l’Environnement, à la Résilience
en matière d’eau et à l’Économie circulaire compétitive, devrait notamment être interrogée sur la simplification annoncée du règlement de l’Union européenne (UE) sur les produits chimiques lors de son audition
au Parlement européen ce mardi 5 novembre. Les eurodéputés devraient cependant approuver sa nomination.

Jessika Roswall sera auditionnée pour un poste qui a fait couler beaucoup d’encre ces cinq dernières années, les règlementations environnementales introduites par la précédente Commission ayant été fortement contestées par le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, auquel appartient justement l’aspirante commissaire.

Une contradiction qui pourrait questionner certains eurodéputés du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) au sein de la commission de l’Environnement du Parlement européen (ENVI).

« La commissaire désignée à l’Environnement, Jessika Roswall, vient du parti conservateur qui voulait supprimer le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) lors de la dernière législature », rappelle ainsi la socialiste allemande Delara Burkhardt pour Euractiv.

L’eurodéputé souligne aussi que les orientations politiques de la Suédoise sont plutôt vagues et que, si Jessika Roswall possède une certaine expérience au sein du gouvernement de son pays, elle est plus au fait des affaires européennes que des politiques environnementales.

Lors de l’audition, les membres du Parlement européen chercheront donc à obtenir des éclaircissements sur ses positions sur les questions relatives à la protection de la nature, à l’économie circulaire et sur la manière dont la commissaire désignée garantira l’approvisionnement des Européens en eau.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a notamment chargé Jessika Roswall de simplifier le règlement de l’UE sur l’Enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et la restriction des substances chimiques (dit règlement REACH), et d’apporter des éclaircissements sur les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), plus connues sous le nom de « polluants éternels ».

Ces missions ont été largement interprétées comme une volonté de la Commission de réduire les formalités administratives auxquelles doivent répondre les industriels, suscitant quelques inquiétudes à la gauche du Parlement européen.

Pour consolider sa position, la Suédoise devra pourtant obtenir le soutien de l’ensemble des partis de la coalition qui a soutenu Ursula von der Leyen, ou compter sur une majorité penchant vers l’extrême droite — une situation similaire à celle qui prévaut en Suède.

Pour Delara Burkhardt, la commissaire désignée doit « s’engager clairement à mettre en œuvre intégralement et sans délai tous les règlements relatifs à l’environnement, au climat et à la protection de la nature ».

Il s’agit d’un « critère décisif », car, derrière « la simplification, la réduction de la bureaucratie, quel que soit le mot à la mode, il n’y a pas de dérèglementation », explique René Repasi, président de la délégation allemande du groupe S&D.

Compte tenu de son manque d’expertise en matière d’environnement, un eurodéputé du groupe des Verts a qualifié Jessika Roswall de « maillon faible » des commissaires nommés pour poursuivre la politique du Green Deal.

Le groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) a de son côté d’autres attentes.

« Je considère la simplification de la législation européenne comme une obligation essentielle de la future Commission », explique l’eurodéputé tchèque Alexandr Vondra pour Euractiv. Ce dernier représente les CRE sur les questions environnementales.

« La réduction de la bureaucratie est définitivement quelque chose que le groupe CRE soutiendra », affirme-t-il, ajoutant que « de nouvelles restrictions sur l’utilisation des PFAS pourraient entraver les technologies propres, telles que les batteries et les électrolyseurs, nécessaires pour une transition énergétique réussie ».

Le PPE reste pour sa part convaincu que Jessika Roswall ne sera pas confrontée à une audition trop compliquée.

« Je ne m’attends pas à de gros problèmes, car aucun collègue de Renew, des S&D et même des CRE n’a soulevé de problèmes fondamentaux », expliquait l’eurodéputé allemand Peter Liese (PPE) devant des journalistes à Bruxelles la semaine dernière. Peter Liese négocie pour son parti au sein de la commission ENVI.

« La Suède a toujours eu une politique environnementale progressiste et Jessika Roswall est une femme politique expérimentée », avait-il souligné, ajoutant qu’il « n’y avait pas de volonté du Parlement de se débarrasser de Jessika Roswall ».

L’aspirante commissaire avait joué un rôle clé lors de la présidence suédoise du Conseil de l’UE de 2022 et ne peut être attaquée pour son manque d’engagement européen. Au début de l’année, elle avait filmé 100 vidéos pour convaincre ses concitoyens de voter aux élections européennes.

Même les eurodéputés des Verts semblent d’ailleurs reconnaitre que Jessika Roswall  devrait être approuvée sans difficulté par la commission ENVI, la Suédoise ayant un « rôle clé pour le PPE », comme le note pour Euractiv l’un d’entre eux. Selon ce dernier, le PPE « est prêt à se battre pour elle », et aucun groupe n’est prêt à risquer une confrontation à son sujet.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]