Un nouveau train de nuit Paris-Berlin pour booster le transport ferroviaire européen

Les opérateurs font état d'un vif intérêt de la part du public et espèrent bénéficier du soutien de Bruxelles

EURACTIV.com
[Photo : Stefano Porciello]

La compagnie européenne de trains de nuit European Sleeper reste convaincue que certains Européens préfèrent non seulement les voyages en train à faible empreinte carbone aux vols low cost, mais sont même prêts à passer une nuit entière dans un wagon traversant le continent.

Environ trois ans après avoir inauguré sa première ligne de train de nuit reliant Bruxelles, Amsterdam, Berlin et Prague, cette start-up européenne a lancé jeudi après-midi une nouvelle liaison Paris-Berlin.

Les voyageurs se rendant jusqu’à la capitale allemande arriveront vendredi à 9 h 02, ce qui signifie qu’ils passeront environ 15 heures à bord.

C’est environ six heures de plus que les trains de jour proposés par les compagnies ferroviaires nationales, et 8,5 fois plus long que le vol direct de 1 h 45, bien plus polluant (sans compter le temps passé à l’aéroport).

Selon la compagnie, cependant, la durée du trajet n’a pas découragé plus de 25 000 passagers de réserver leur billet avant même que le train inaugural ne quitte le quai jeudi après-midi à la Gare du Nord, très fréquentée, dans la capitale française.

Des motivations variées

Un jeune voyageur qui prévoyait de descendre du train à mi-parcours à Bruxelles a expliqué qu’il ne savait pas que le train allait jusqu’en Allemagne lorsqu’il a réservé son billet sur une plateforme en ligne populaire.

D’autres, bien sûr, le savaient. Deux Berlinois ont déclaré à Euractiv qu’ils avaient décidé de tenter leur première expérience en train de nuit sur le chemin du retour après une visite à Paris.

Une autre jeune femme a confié avoir réservé une nuit sur les rails pour l’expérience. Habituée des trains-couchettes en France, elle s’est dite fervente adepte de ce mode de transport lent et respectueux de l’environnement.

Un petit groupe de militants s’était rassemblé près du quai, brandissant une banderole proclamant « Oui au train de nuit », et distribuait des tracts exhortant les responsables ferroviaires à relier Paris non seulement à Berlin, mais aussi à Vienne.

Réalité commerciale

Malgré cet enthousiasme manifeste, il y a toutefois un problème. Sur le plan commercial, European Sleeper est toujours déficitaire. Son cofondateur, Chris Engelsman, s’est néanmoins montré optimiste.

Il a assuré à Euractiv que la ligne Bruxelles-Prague de la société était sur le point d’atteindre le seuil de rentabilité et qu’ils s’attendaient à ce que les ventes du train Paris-Berlin augmentent plus rapidement.

« Dans le secteur ferroviaire, cela prend un peu de temps », a-t-il souligné. « Nous avons besoin d’un réseau plus étendu pour répartir les frais généraux sur davantage de lignes. »

Cauchemar bureaucratique

Chris Engelsman a qualifié de « cauchemar » les formalités administratives à remplir pays par pays pour permettre aux trains de circuler au-delà des frontières.

« Il y a tellement de règles et de réglementations différentes dans chaque pays – c’est très complexe », a-t-il précisé.

« Nous devrions en fait pouvoir déposer une demande auprès d’un seul gestionnaire d’infrastructure pour obtenir un sillon international. Et celui-ci devrait nous faire parvenir une offre. »

Engelsman a toutefois souligné que la société ne recherchait pas de subventions – même si elle pourrait bénéficier de garanties lui donnant accès à des prêts difficiles à obtenir.

L’UE – qui a fait part de son intention de soutenir les trains de nuit et, plus généralement, le passage de l’avion au train afin de renforcer la lutte contre le changement climatique – pourrait également apporter son aide en obligeant les principales plateformes de billetterie à vendre les billets de tous les opérateurs, a-t-il mentionné.

Actuellement, la société nationale des chemins de fer belges vend les billets d’European Sleeper, mais ce n’est pas le cas en France ni en Allemagne, a-t-il rappelé.

Une proposition controversée visant à obliger toutes les compagnies ferroviaires à vendre des billets pour n’importe quel trajet à travers l’Europe figure déjà dans les projets de Bruxelles – et se heurte à une opposition farouche de la part du lobby des chemins de fer.

La Commission européenne prévoit de publier le 13 mai des propositions de règlement sur la « réservation et la billetterie numériques uniques » ainsi qu’une réforme des droits et obligations des voyageurs ferroviaires.

(rh)