Véhicules électriques chinois : Berlin a adopté une approche « égoïste » lors du vote sur les droits de douane de l’UE
La semaine dernière, l’Allemagne a voté contre la surtaxe sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Une décision intéressée ayant pour but de décourager Pékin d’introduire des droits de douane en représailles sur les véhicules à combustion allemands, selon les analystes.
La semaine dernière, l’Allemagne a voté contre les droits de douane supplémentaires proposés par la Commission européenne sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Une décision intéressée ayant pour but de décourager Pékin d’introduire des droits de douane en représailles sur les véhicules à moteur à combustion allemands, estiment les analystes.
Lors du vote décisif vendredi 4 octobre, l’Allemagne et quatre autres États membres de l’Union européenne (UE) se sont opposés aux droits de douane proposés par l’exécutif européen. Ceux-ci atteindront jusqu’à 35,3 % pour les constructeurs automobiles chinois, tels que BYD, Geely et SAIC. Auparavant, l’Allemagne s’était abstenue sur la question de l’imposition de ces droits, notamment lors d’un vote consultatif non contraignant en juillet.
Pour bloquer effectivement la surtaxe, qui s’ajoute à la taxe de 10 % déjà en place et sera d’application durant cinq ans, au moins 15 États membres représentant 65 % de la population de l’UE devaient voter contre la proposition de la Commission.
Jacob Kirkegaard, chercheur principal au sein du think tank sur les politiques européennes Bruegel, a critiqué la décision « incroyablement égoïste » du chancelier Olaf Scholz, qui visait à faire en sorte que l’Espagne ou la France, plutôt que l’Allemagne, subisse le poids des représailles chinoises — qui, selon de nombreux experts, pourraient survenir dans les prochaines semaines, voire les prochains jours.
« Pour moi [la décision de l’Allemagne] semble être une tentative de canaliser les représailles chinoises possibles sur quelqu’un d’autre », confie Jacob Kirkegaard à Euractiv. « Peut-être que le signal politique de l’Allemagne signifie qu’elle préférerait [que la Chine] s’en prenne au porc espagnol et au cognac français, et non aux voitures allemandes. »
Le chercheur suggère également que le refus des autres États membres de suivre l’exemple de l’Allemagne souligne le déclin de son influence au sein de l’UE.
« L’Allemagne voulait aller quelque part, et tout le monde a fini par dire : “Non, nous n’irons pas là parce que nous avons des intérêts plus importants en jeu” », note-t-il.
Depuis que la Commission a officiellement lancé son enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois en octobre 2023, Pékin a annoncé des mesures de représailles antidumping sur les importations de brandy et de porc de l’UE, ainsi qu’une enquête antisubventions sur les produits laitiers européens.
La Chine a également laissé entendre qu’elle pourrait introduire des droits de douane sur les véhicules à moteur à combustion de l’UE, ce qui affecterait considérablement les constructeurs automobiles allemands orientés vers l’exportation, très dépendants du marché chinois.
Le meilleur des deux mondes ?
Sander Tordoir, économiste en chef au Centre for European Reform, explique à Euractiv que l’Allemagne pourrait potentiellement profiter du « meilleur des deux mondes » en bénéficiant des avantages qu’apporteront les droits de douane de l’UE tout en évitant les effets négatifs des représailles chinoises.
Cependant, il a également averti que, indépendamment du fait que la Chine prenne des mesures de rétorsion contre les véhicules à moteur à combustion allemands, les constructeurs automobiles allemands sont confrontés à de profonds problèmes structurels.
« Ce secteur d’activité est de toute façon en recul : le seul dommage [des droits de douane chinois sur les voitures allemandes] serait l’accélération d’un modèle commercial en déclin consistant à vendre des véhicules de luxe à moteur à combustion interne construits en Allemagne et expédiés en Chine — parce que la Chine passe à l’électrique, quoi qu’il arrive », affirme-t-il.
Des craintes similaires concernant la résistance à long terme de l’économie allemande ont été exprimées dans un discours prononcé la semaine dernière par Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).
Isabel Schnabel, elle-même de nationalité allemande, a estimé que le modèle économique de son pays pourrait « nécessiter des ajustements » compte tenu de divers « défis profonds », notamment les prix élevés de l’énergie, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales et la concurrence croissante des fabricants chinois.
« La montée en puissance de la Chine dans la chaîne de valeur ne freine pas seulement directement la demande de produits de la zone euro, elle fait également de la Chine un concurrent féroce sur les marchés tiers », déclare la membre de la BCE.
Jacob Kirkegaard de Bruegel estime toutefois que les difficultés économiques et politiques actuelles de l’Allemagne ne justifiaient guère sa position de vote de la semaine dernière.
« Je sais [qu’Olaf Scholz] subit des pressions politiques et que la situation économique de l’Allemagne est faible. Mais l’Allemagne reste la plus grande économie de l’UE ; elle a des atouts fondamentaux », soutient-il.
« [Le vote] montre qu’il s’agit d’un chancelier allemand et d’une coalition allemande — mais surtout d’un chancelier — qui se concentre sur ses défis nationaux et ne peut pas penser de manière constructive au niveau de l’UE », conclut le chercheur.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]