L'Albanie pourrait devenir « exportateur net » d'énergie bas carbone dans les Balkans, selon la BEI
Les gouvernements des Balkans occidentaux, et en particulier l’Albanie, doivent accélérer les réformes structurelles et assurer une transition écologique juste. L'Albanie aurait alors un potentiel hors-norme de production d'énergie bas carbone.
Les gouvernements des Balkans occidentaux, et en particulier l’Albanie, doivent accélérer les réformes structurelles et assurer une transition écologique juste. L’Albanie aurait alors un potentiel hors-norme de production d’énergie bas carbone.
C’est en substance ce qu’a déclaré Lilyana Pavlova, vice-présidente de la Banque européenne d’investissement (BEI), lors d’un entretien avec EURACTIV.
Plus tôt en 2022, la BEI a lancé une nouvelle branche, BEI Monde (EIB Global), qui se concentre sur les activités en dehors de l’Union européenne, y compris dans les Balkans occidentaux.
En tant que partie prenante de la Communauté de l’énergie — une communauté qui regroupe l’UE et plusieurs pays limitrophes de celle-ci afin de créer un marché intégré de l’énergie — l’Albanie, qui a ouvert les négociations d’adhésion à l’Union européenne en juillet, bénéficie d’un soutien pour aligner sa législation nationale sur celle de l’UE.
C’est particulièrement vrai pour la mise en œuvre des directives sur la performance énergétique des bâtiments et sur l’efficacité énergétique.
« En tant que « banque du climat européenne », la BEI travaille déjà dans toute la région au déploiement d’énergies propres, en particulier l’éolien et le solaire. Afin de pouvoir utiliser davantage d’énergie issue de sources renouvelables, nous continuerons également à investir dans les réseaux électriques et à moderniser et développer les infrastructures de stockage qui contribueront à renforcer la sécurité énergétique », a expliqué Mme Pavlova.
« Les gouvernements devraient accélérer les réformes nécessaires pour améliorer la capacité à tirer le maximum de bénéfices de ces investissements pour les citoyens et les entreprises ».
Selon la vice-présidente, il est crucial de continuer à travailler à l’augmentation de la compétitivité des économies régionales par le biais de la transition écologique et de l’adhésion aux normes de l’UE.
Faire de l’Albanie un pays où il fait bon vivre
Elle a également souligné que ces efforts sont « essentiels à la création d’un meilleur environnement commercial et d’un meilleur niveau de vie pour les habitants de la région, ainsi qu’à l’amélioration des perspectives d’emploi pour les jeunes et les personnes hautement qualifiées, qui représentent environ 40 % de l’émigration albanaise ».
Quelque 700 000 Albanais ont quitté le pays au cours des dix dernières années, pour atteindre 1,4 million depuis la chute du communisme en 1991. Cet été, près de 14 000 Albanais ont fui vers le Royaume-Uni en empruntant des itinéraires irréguliers, et nombre d’entre eux ont demandé l’asile, au grand dam des autorités britanniques.
La vice-présidente de la BEI a expliqué que les moteurs de l’émigration en provenance d’Albanie et, dans une certaine mesure, du Kosovo, sont le niveau de vie particulièrement bas, le taux de chômage élevé chez les jeunes et l’inadéquation entre les demandes du marché du travail et les compétences des chercheurs d’emplois.
Selon une annonce récente faite lors du sommet UE-Balkans occidentaux qui s’est tenu à Tirana le 6 décembre, les universités régionales pourront rejoindre le réseau des universités européennes, ce qui permettra aux étudiants de suivre des cours dans l’UE, en personne ou en ligne, a-t-elle déclaré.
L’Albanie, un cas particulier
Revenant sur le thème de la durabilité, Mme Pavlova a reconnu l’immense potentiel des énergies vertes dans la région. Dans le cas de l’Albanie, elle a noté qu’en raison de son utilisation de l’énergie hydraulique et de l’absence de gaz et de charbon, ses défis sont très différents de ceux du reste de la région.
« Le pays pourrait devenir autosuffisant en matière d’énergie propre et même devenir un exportateur net. L’Albanie fait partie des pays européens qui ont le plus grand nombre d’heures d’ensoleillement par an et possède le plus grand potentiel d’énergie solaire de la région des Balkans occidentaux », a-t-elle déclaré.
Combiné à son importante capacité hydroélectrique, le pays pourrait devenir une « batterie verte pour la région au sens large ».
Mais pour que l’Albanie puisse vraiment récolter les fruits de l’énergie solaire et éolienne, l’accès au financement, le renforcement des réseaux électriques et la sensibilisation du public aux avantages des énergies renouvelables doivent encore être améliorés, a insisté Mme Pavlova.
« Le pays dispose d’une excellente base pour la décarbonation, reflétant les progrès significatifs réalisés ces dernières années dans différents domaines », a-t-elle déclaré, notant que l’Albanie a été « l’une des premières de la région à adopter son plan national pour l’énergie et le climat » et également l’une des premières à introduire des ventes aux enchères d’énergies renouvelables pour l’énergie solaire et éolienne.
La vice-présidente a aussi mis en garde contre une trop grande dépendance à l’égard de l’hydroélectricité et a appelé à un meilleur équilibre entre l’hydroélectricité, le solaire et l’éolien.
« Afin d’équilibrer les grandes fluctuations de l’électricité fournie par les énergies solaire et éolienne, il convient d’élaborer une stratégie permettant de fournir de l’énergie hydroélectrique pouvant être répartie pendant les périodes où le vent est faible ou l’ensoleillement réduit, et de maintenir une bonne interconnexion avec les économies voisines pour plus de flexibilité », a-t-elle indiqué.
Les petites centrales hydroélectriques, qui sont très contestées car des études montrent qu’elles ne sont ni durables ni pratiques, devraient quant à elles « faire l’objet d’évaluations d’impact environnemental et social avant leur construction ».
En juin 2022, le gouvernement albanais a déclaré qu’aucune centrale hydroélectrique ne serait construite sur la dernière rivière sauvage d’Europe, la Vjosa, après des années de campagnes internationales menées par les écologistes contre un tel projet. Cependant, un grand barrage devrait être construit dans le nord du pays, le Skavica, qui, une fois terminé, entraînera le déplacement de près de 12 000 résidents locaux.
Une meilleure efficacité énergétique
En Albanie, il ne s’agit pas seulement de s’assurer que l’énergie est propre et durable ; il faut également s’assurer que lorsqu’elle est utilisée, elle n’est pas gaspillée, notamment dans les secteurs où la consommation est élevée comme les bâtiments résidentiels et publics.
« En 2019, le secteur résidentiel représentait 24 % de l’énergie finale et 53 % de la consommation d’électricité. À l’heure actuelle, l’énergie solaire et éolienne représente 2 % de la consommation d’énergie résidentielle. La rénovation des bâtiments existants est essentielle pour réduire la consommation d’énergie des bâtiments », a-t-elle déclaré.
Quant aux programmes et subventions destinés à soutenir les consommateurs, ils ont tendance à être modestes et à avoir de multiples bénéficiaires, a-t-elle ajouté. Pour maximiser leur impact, ils devraient être regroupés dans des dispositifs plus importants afin de bénéficier d’un financement plus important de la part des institutions financières internationales.
« Le Groupe BEI travaille en étroite collaboration avec la Commission européenne et les États membres de l’UE pour assurer le succès du déploiement de l’initiative “Renovation Wave”, qui vise à doubler les taux annuels de rénovation énergétique au cours des dix prochaines années. Nous souhaitons faire profiter les pays des Balkans occidentaux de cette initiative », a-t-elle ajouté.
La réunion annuelle consacrée à cette initiative, qui s’est tenue en novembre dernier, a souligné l’urgence de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles dans les Balkans occidentaux. Cette initiative vise à aider les régions les plus dépendantes du charbon à passer à une économie neutre en carbone tout en veillant à ce que cette transition soit juste.