UE-Mercosur : pour l’ambassadeur du Brésil auprès de l’UE, l’accord commercial est devenu un « bouc émissaire » politique

L’ambassadeur du Brésil auprès de l’UE, Pedro Miguel da Costa e Silva, estime que l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur fait l’objet d’une politisation excessive en Europe. Il dénonce également une remise en cause injustifiée de la qualité des exportations agroalimentaires sud-américaines.

EURACTIV.com
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Pedro Miguel da Silva e Costa, ambassadeur brésilien auprès de l'Union européenne. [Leonardo Hladczuk/Ministerio de Relaciones Exteriores de Brasil]

Signé le mois dernier au Paraguay après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’accord UE-Mercosur ouvre la voie à la création d’une vaste zone de libre-échange couvrant près de 700 millions de consommateurs.

Malgré son importance économique et stratégique, le texte continue de susciter une forte opposition, notamment parmi les agriculteurs et plusieurs responsables politiques européens, qui redoutent un impact négatif sur la production agricole du continent.

Ratification

Les députés européens ont choisi de renvoyer l’accord devant la Cour de justice de l’UE (CJUE), une mesure qui retardera la ratification du texte jusqu’à ce que la Cour rende son arrêt.

Pedro Miguel da Costa e Silva affirme que les pays du Mercosur ne sont pas satisfaits de la décision du Parlement européen, mais qu’ils la respecte. « Les députés européens ont le droit de procéder à cette consultation, mais nous sommes déçus car leurs questions ont des réponses claires », explique-t-il.

De son côté, le Brésil accélère son processus d’approbation interne.

La ratification par un seul pays du bloc du Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay — permettrait la mise en œuvre provisoire de l’accord, supprimant les droits de douane sur des produits tels que les voitures et les spiritueux européens.

« Nous accélérons au maximum […] le président nous a donné pour mandat d’aller vite et il y a des signaux clairs, tant de la part de notre chambre des députés que du sénat, indiquant qu’ils agiront rapidement pour évaluer l’accord », confie l’ambassadeur brésilien.

Il indique que l’accord devrait être approuvé dans les mois à venir. La chambre basse du Brésil envisage un vote avant les vacances du carnaval à la mi-février, avant que l’accord ne reçoive le feu vert définitif du sénat.

Un « bouc émissaire » politique

Mais même si l’accord est mis en œuvre à titre provisoire, le Parlement européen aura toujours le dernier mot sur la ratification une fois que la Cour aura rendu sa décision. Et, pour l’ambassadeur brésilien auprès de Bruxelles, le débat politique sur l’accord UE-Mercosur s’est éloigné des faits.

« L’accord est malheureusement devenu une question de politique interne et un bouc émissaire pour beaucoup », insiste-t-il. Et d’ajouter qu’il était utilisé comme excuse pour poursuivre d’autres agendas politiques.

Pedro Miguel da Costa e Silva a défendu l’agriculture brésilienne, soulignant que l’accord ne libéralise pas totalement les exportations de bœuf et de volaille du Mercosur, mais autorise seulement des quotas supplémentaires limités, ce qui limite l’impact sur les agriculteurs européens.

Il insiste sur le fait qu’une grande partie des exportations du Mercosur vers l’UE sont des produits dont le bloc dépend, tels que le soja et le café.

« J’espère que les secteurs qui bénéficient de cet accord en Europe, comme l’industrie et les services, se prononceront davantage en faveur de l’accord […] et que les secteurs agroalimentaires de l’UE qui en bénéficieront le défendront plus activement », déclare-t-il.

Pedro Miguel da Costa e Silva ajoute que le Mercosur a fait des concessions dans des domaines sensibles. Par exemple, le bloc sud-américain a ouvert son marché au vin européen sans droits de douane.

Inquiétudes sanitaires

L’un des principaux arguments avancés par les opposants au traité concerne le respect des normes sanitaires européennes. En réponse, la Commission européenne a annoncé un renforcement des contrôles aux frontières à partir de cette année.

L’ambassadeur brésilien affirme toutefois que les exportations agroalimentaires du Mercosur respectent déjà les exigences européennes. Il rappelle que le Brésil figure parmi les principaux fournisseurs agricoles de l’Union, juste derrière le Royaume-Uni, et que ses produits sont déjà soumis à des contrôles stricts, notamment pour la viande bovine et la volaille.

« Nous sommes déjà en conformité, nous devons nous soumettre à tous les contrôles que l’Union européenne impose à tous nos produits, dont certains sont déjà renforcés, comme pour le bœuf et le poulet », martèle-t-il.

Ces contrôles de l’UE seraient selon lui parmi les plus stricts au monde et seraient comparables aux systèmes en place au Japon et au Chili.

Il souligne enfin que tout manquement entraînerait immédiatement la fermeture du marché européen aux produits concernés.