2017, année de tous les dangers pour l’Union européenne?

Les rendez-vous électoraux nationaux importants qui se profilent en Allemagne, en France et au Royaume-Uni en 2017 laissent trois ans à l’UE  pour restaurer la confiance de ses citoyens et enrayer la montée de l'extrême droite, selon les participants de la conférence « State of Europe ».

EURACTIV.com
Egmont, l’Institut Royal des Relations Internationales
Egmont, l'Institut Royal des Relations Internationales

Les rendez-vous électoraux nationaux importants qui se profilent en Allemagne, en France et au Royaume-Uni en 2017 laissent trois ans à l’UE  pour restaurer la confiance de ses citoyens et enrayer la montée de l’extrême droite, selon les participants de la conférence « State of Europe ».

La montée des partis d’extrême droite lors des dernières élections européennes annonce des rendez-vous électoraux nationaux sous haute tension en 2017 en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, où doit se tenir un référendum sur son maintien ou non au sein de l’UE. 

Le 9 octobre, lors de la conférence « State of Europe » organisée par le groupe de réflexion les Amis de l’Europe, les participants ont pointé du doigt le débat stérile que constituait la question « faut-il plus ou moins d’Europe ?», génératrice de divisions au sein de l’Union.

Cette montée de l’extrême droite s’est structurée autour de l’anxiété sociale, observent-ils. À l’instar du Front national en France, ces partis ont su séduire les citoyens frappés de plein fouet par le chômage, les conditions de vie précaires, et un manque de confiance dans le futur, selon eux.

Abandonner les « États-Unis d’Europe »

Alors que la France éprouve la plus grande difficulté pour apporter une réponse à ses problèmes, elle n’a pas su non plus maintenir l’axe franco-allemand, analysent-ils.

« Le couple franco-allemand fonctionne de moins en moins bien, et l’Allemagne perd patience face à la France […] » explique Ulrike Guérot, directrice de l’école européenne de la gouvernance (European School of Governance – EUSG).

Selon elle, la crise atteindra son paroxysme en 2017, quand les deux pays tiendront leurs élections législatives et présidentielles pour la France et que le Royaume-Uni organisera un référendum sur son maintien ou non au sein de l’UE.

Les campagnes électorales seront certainement délétères, avec un antagonisme redoublé entre les trois pays. Pour éviter un tel scénario, la classe politique doit cesser de parler « de moins en moins d’Europe, mais plutôt d’une meilleure Europe » selon certains orateurs.

Ainsi, Ulrika Guérot appelle à une « Res Publica Europea », en référence au discours éloquent du président allemand Joachim Gauck tenu l’année dernière. « La République européenne est en cours de construction », a-t-elle déclamé reprenant le slogan d’une carte postale qu’elle brandit.

« Si nous ouvrons l’espace à divers discours, cela permettrait de sortir de l’impasse que constituent les débats sur les États-Unis d’Europe pour nous rapprocher des citoyens européens. Il faut prendre du recul vis-à-vis des discussions sur l’intégration européenne pour nous rapprocher de la démocratie européenne », a-t-elle enchaîné, appelant à une Europe post-nationale.

Une Europe digne de confiance

L’Europe se trouve dans un nouveau cycle institutionnel – un nouveau Parlement européen et une nouvelle Commission – et c’est pour cette raison qu’il faut s’attaquer au problème maintenant, selon les intervenants.

« Nous devons restaurer la confiance grâce à une action d’envergure », affirme dans une déclaration écrite Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Selon elle, les citoyens attendent de l’UE qu’elle apporte une réponse à leurs craintes et avant tout au chômage des jeunes.

La création d’un salaire minimum européen va dans la bonne direction pour mettre un terme au dumping social, écrit-elle. Aujourd’hui, 21 des 28 États membres ont mis en œuvre un salaire minimum avec de grande disparité cependant. Fixer le salaire minimum à 60 % du salaire médian dans chaque pays pourrait faire consensus, avance-t-elle.

Un consensus qui reste difficile à trouver, selon Stefano Micossi, ancien directeur général à l’Industrie à la Commission européenne, et actuellement directeur général d’Assonime, l’association des sociétés anonymes italiennes. Selon ce dernier, « il n’existe pas une direction commune européenne ». « Si vous n’avez pas le même point de vue, comment voulez-vous que les gens aient confiance en leurs dirigeants ? »

Arrêter la politique hors sol

Aux yeux d’Ulrike Guérot, il est indéniable que le discours européen versus national empêche l’UE d’aller de l’avant. Une meilleure Europe exigerait un glissement du débat, actuellement construit sur les frontières nationales, vers une thématique structurée sur une opposition centre versus périphérie, selon elle. L’Allemande rappelle dans ce cadre que les zones rurales en Europe sont délaissées.

Sortir du statu quo nécessitera du « courage », ajoute pour sa part Conny Reuter de Solidar, qui regrette que Bruxelles soit encore trop souvent prise pour cible pour les manquements des États membres.

Les intervenants ont soumis deux idées afin de se détacher de ces discours qui sèment la discorde, et restaurer la confiance parmi les citoyens : premièrement, il faut faire en sorte que les citoyens « vivent » l’Europe à leur niveau, celui de la politique intérieure, selon Anna Terron, représentante spéciale au secrétariat de l’Union pour la Méditerranée ; et deuxièmement, il faut améliorer la coopération entre le Parlement européen et les parlements nationaux et régionaux, a insisté pour sa part Ulrike Guérot.