À l’approche des élections, les eurodéputés débattent de l’avenir incertain du Green Deal
Lors d’un débat au Parlement européen plus tôt cette semaine, les eurodéputés se sont confrontés sur l’avenir du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), sur fond de craintes d’un retour en arrière après les élections de juin.
Lors d’un débat au Parlement européen mercredi (24 avril), les eurodéputés se sont confrontés sur l’avenir du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), sur fond de craintes d’un retour en arrière sur la législation environnementale phare de l’actuelle Commission européenne après les élections de juin.
Au cours de la dernière session plénière du Parlement européen avant les élections de juin, les eurodéputés ont échangé sur la situation actuelle et l’avenir incertain du Green Deal sous la prochaine législature (2024-2029).
Cette politique phare de la Commission von der Leyen, qui intègre des mesures environnementales et climatiques, a été la cible de multiples attaques de la part des partis de centre droit au cours des derniers mois.
Plusieurs initiatives clés, comme la loi sur la restauration de la nature, ont été bloquées ou retirées, et les législateurs qui seront en poste pour les cinq prochaines années pourraient bien délaisser les enjeux environnementaux au profit des préoccupations économiques et de la compétitivité.
« Faisons de ces élections les élections du Green Deal », a martelé le Néerlandais Bas Eickhout, co-directeur de campagne pour les Verts, qui avait inscrit le débat à l’ordre du jour de mercredi.
En 2019, le Parlement « a dit soutenir le Green Deal », a affirmé l’eurodéputé, attaquant l’aile droite de l’hémicycle pour avoir « affaibli, fait pression et édulcoré la législation » sur la loi sur la restauration de la nature, les règles en matière de déforestation, de pesticides, de déchets d’emballage et concernant les véhicules électriques.
Riposte du centre droit
Le Parti populaire européen (PPE), le plus grand groupe du Parlement, a fermement défendu sa position sur le Green Deal.
« Le PPE soutient le Green Deal », a insisté le législateur allemand Peter Liese.
M. Liese, qui a mené les négociations sur le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) — un dossier clé — et a plaidé pour son extension aux secteurs du transport routier et des bâtiments, a souligné que les partis de gauche avaient « rejeté » la loi dès le départ.
Lidia Pereira, eurodéputée portugaise du PPE, a ajouté que « l’extrême gauche, à la onzième heure de ce mandat, essaie de corriger ses excès », tandis que les autres partis « mettent tout dans le même sac, estimant que si vous n’êtes pas d’accord avec eux, vous êtes rétrograde et vous détruisez l’environnement ».
https://euractiv.com/fr/section/energie-climat/news/le-parlement-europeen-soutient-le-reglement-sur-la-restauration-de-la-nature-malgre-lopposition-de-la-droite/?_ga=2.18320185.1647156045.1714054955-1851523427.1714054955
L’engagement socialiste
Le deuxième plus grand parti de l’hémicycle européen, le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) de centre gauche, a cité les catastrophes naturelles récentes, en Belgique notamment, et les feux de forêt dans le Limbourg pour justifier l’importance du Green Deal.
« La droite peut essayer de faire ce qu’elle veut : elle cherche à se débarrasser des initiatives climatiques, mais elle n’aide personne », a déclaré Mohammed Chahim, législateur S&D des Pays-Bas.
Le socialiste Tiemo Wölken a quant à lui rappelé que l’objectif de son groupe restait de « concilier l’accessibilité sociale et le changement climatique ». Il a également déploré le manque d’attention accordée au Fonds social pour le climat, doté de 87 milliards d’euros et conçu pour atténuer le choc du prix du carbone de l’UE.
Les libéraux « pragmatiques »
Pascal Canfin, membre du parti centriste Renew et président de la commission de l’Environnement (ENVI) du Parlement européen, a exprimé sa fierté pour le travail accompli sur le Green Deal.
Le législateur français, qui selon les informations d’Euractiv envisage de briguer un second mandat à la tête de la commission ENVI, a rappelé que son groupe avait adopté une position flexible, votant avec la droite sur des questions comme le nucléaire et les cultures génétiquement modifiées, et avec la gauche sur les « solutions fondées sur la nature ».
« Nous avons besoin de toutes ces solutions. Nous devons être pragmatiques et ambitieux, pas dogmatiques », a-t-il affirmé.
M. Canfin a également suggéré que la droite avait oublié que « ce n’est pas le Green Deal qui va à l’encontre de la croissance, mais plutôt le changement climatique qui menace de ruiner notre souveraineté agricole ».
La droite s’insurge contre l’idéologie verte
Cependant, pour Beata Szydło, législatrice polonaise du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), le coupable est clairement le Green Deal.
« Les citoyens ne peuvent pas payer leurs factures, ils ne voient pas d’avenir à cause du Green Deal, et nous le verrons lors des élections. »
« L’idéologie verte, que vous avez essayé de faire avaler aux Européens, ne donne pas d’avenir à l’Europe », a-t-elle fustigé.
La protection de l’environnement et du climat, a-t-elle souligné, « ne doit pas se faire au détriment de la sécurité ou de l’industrie européenne ».
Le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) a adopté une position encore plus tranchée : « [Avec le Green Deal,] nous avons financé le déclin de l’Europe », estime Sylvia Sardone, législatrice italienne du groupe ID.
Selon elle, le Green Deal implique que « nous [cessons] d’investir dans tout ce qui nous rend indépendants. Ce qui nous rend plus dépendants de la Chine » en important des véhicules électriques, des panneaux solaires et des pompes à chaleur.
La gauche veut maintenir le cap
Du côté de La Gauche (GUE/NGL), il semblerait que l’on souhaite continuer dans la direction empruntée par la Commission actuelle.
Le Green Deal « a été un acquis important pour l’Europe », a noté Silvia Modig, membre du groupe.
« Malgré ses défauts, il a permis à l’économie de l’UE de croître de manière durable », a-t-elle ajouté.
Au lieu de reculer, le changement climatique exige de redoubler d’efforts, a-t-elle suggéré. « Nous avons besoin d’un Green Deal numéro deux pour le prochain mandat. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]