Audition des commissaires : Ekaterina Zakharieva interrogée sur les priorités contradictoires de la Commission

La commissaire désignée pour les Start-ups, la Recherche et l’Innovation, la Bulgare Ekaterina Zakharieva, a annoncé lors de son audition ce mardi 5 novembre qu’elle se concentrerait uniquement sur certaines priorités, mais en a finalement peu dit sur celles-ci.

EURACTIV.com
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Ekaterina Zakharieva lors de son audition au Parlement européen. [Commission européenne - Service audiovisuel/ Lukasz Kobus]

La commissaire désignée pour les Start-ups, la Recherche et l’Innovation, la Bulgare Ekaterina Zakharieva, a annoncé lors de son audition ce mardi 5 novembre qu’elle se concentrerait uniquement sur certaines priorités, mais en a finalement peu dit sur quelles seraient celles-ci.

La compétitivité et la sécurité sont les mantras de la nouvelle Commission européenne, et les eurodéputés craignent que cela ne nuise à d’autres priorités, telles que la durabilité et l’indépendance académique.

La commissaire désignée bulgare a souligné que, dans le programme-cadre de recherche et d’innovation de l’UE, Horizon Europe, il y a « en réalité plus de quinze priorités ».

« À mon avis, si nous avons quinze priorités, cela signifie que nous avons zéro priorité », a-t-elle poursuivi, appelant à un programme plus simple et plus ciblé.

Ekaterina Zakharieva a fait écho au rapport Heitor et à l’appel du monde universitaire en faveur de l’indépendance des experts. Elle a affirmé qu’elle travaillerait à l’augmentation du budget et à la protection de l’indépendance du programme-cadre Horizon Europe tout en œuvrant à une « simplification radicale », en s’engageant à nouveau à élargir deux de ses structures indépendantes, le Conseil européen de la recherche (CER) et le Conseil européen de l’innovation (CEI).

Lors de son audition, il lui a été demandé d’agir dans de nombreux domaines simultanément, et les eurodéputés l’ont interrogée sur l’indépendance académique, les ambitions climatiques, l’augmentation du budget, la recherche sur le double usage, la politique en faveur des start-ups et des PME, l’intégration de la jeunesse et la parité des genres.

Ses réponses n’ont toutefois pas toujours été claires.

La distinction « artificielle » entre le militaire et le civil

Horizon Europe est un programme strictement civil, mais la Commission européenne et le récent rapport Heitor ont proposé d’intégrer le potentiel militaire de la recherche à double usage dans le prochain programme-cadre pour la recherche et l’innovation (10e PC), suscitant ainsi la controverse.

Interrogée sur la participation d’Israël à Horizon Europe, Ekaterina Zakharieva a répondu ne pas vouloir faire de discrimination à l’encontre de Tel-Aviv, mais a souligné que le programme était « exclusivement axé sur les utilisations civiles ».

Concernant la proposition débattue de l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi d’une agence à double usage semblable à l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA), elle a indiqué que les projets civils et militaires « n’étaient pas contradictoires ».

La commissaire désignée bulgare a ajouté qu’elle aimerait qu’une approche similaire à celle de la DARPA soit adoptée dans le cadre du Conseil européen de l’innovation, qui fait partie de l’initiative Horizon Europe.

Invitée à préciser si elle ouvrirait le 10e PC aux demandes militaires, elle a finalement répondu que ce dernier resterait distinct du financement militaire. Elle a toutefois qualifié d’« artificielle » la distinction entre civil et militaire, et a indiqué qu’elle continuerait d’évaluer les réactions à la proposition de combiner la recherche civile et la recherche militaire.

Manœuvres diplomatiques

Ekaterina Zakharieva a annoncé vouloir maintenir l’objectif actuel de 35 % des dépenses consacrées aux solutions climatiques, car, selon elle, « la compétitivité et l’environnement devraient aller de pair ».

Si la commissaire désignée bulgare compte travailler sur l’exploitation du potentiel de l’IA générative pour ajouter « deux à quatre billions » à l’industrie européenne d’ici 2050, elle a donné peu de détails sur l’empreinte climatique de cette intelligence artificielle.

Interrogée sur les cinq missions du programme Horizon Europe, elle a répondu qu’elles donnaient des résultats, mais que la gouvernance et le financement devaient être restructurés.

La parité de genre était l’une des cinq priorités clés mentionnées dans sa déclaration d’ouverture, et elle a affirmé qu’elle entendait maintenir le critère d’éligibilité du plan d’égalité des genres dans le 10e programme-cadre pour la recherche et l’innovation.

L’eurodéputé tchèque Filip Turek (Patriotes pour l’Europe) a toutefois jugé qu’elle n’avait pas l’expertise nécessaire pour ce portefeuille et que « nous n’avons pas besoin d’une diplomate ». Selon l’eurodéputé, les réponses écrites de la Bulgare aux questions des eurodéputés étaient « vides », et le fait qu’elle ait cité le rapport Draghi ne compense pas son manque de vision.

« Oui, je ne suis pas une scientifique, mais j’ai une riche expérience politique », s’est-elle défendue. Elle a par ailleurs souligné qu’elle s’appuierait sur la consultation d’experts et, dans ses remarques finales, elle a rendu hommage « à l’immense expertise de la commission [de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie, ITRE] ».

In fine, Ekaterina Zakharieva a été confirmée dans ses fonctions de commissaire pour les Start-ups, la Recherche et l’Innovation, seuls trois députés de groupes marginaux ayant voté contre elle — à savoir Filip Turek, le Danois Per Clausen (La Gauche) et Petar Volgin du parti d’extrême droite bulgare Renaissance (Europe des nations souveraines), respectivement pour sa prétendue incompétence scientifique, pour sa réponse imprécise sur le financement de projets israéliens et pour son rôle présumé dans l’enlisement de l’UE dans une guerre avec la Russie.

[Édité par Anna Martino]