La BCE s'interroge sur le business model des banques

La Banque centrale européenne estime que la chute de la rentabilité des banques les fragilise, et conseille d'augmenter les frais et commissions bancaires.

EURACTIV.com
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« Nous, les superviseurs, sommes donc inquiets du manque de rentabilité dans le secteur bancaire de la zone euro », a déclaré Danièle Nouy, présidente du conseil de surveillance de la BCE, qui supervise 118 banques importantes de la région. [<a href="https://www.flickr.com/photos/europeancentralbank/15111812303/in/photolist-pYeyHG-p2ja13-pY6EkH-pXVvq4-pYfij3-pFJKA2-pFHpmC-p2nZiZ-pXVH7v-pFFzMH-pFKmPD-q67Vbm-q8m62b/" target="_blank" rel="noopener">[ECB/Flickr]</a>]

La Banque centrale européenne estime que la chute de la rentabilité des banques les fragilise, et conseille d’augmenter les frais et commissions bancaires.

La BCE a publié le 26 mars un rapport sur ses activités de surveillance de 2017 dans lequel elle estime que « la rentabilité est le défi numéro un pour les banques de la zone euro ».

Les créanciers ne recouvrent pas leur capital initial, car les faibles taux d’intérêt diminuent leurs marges. Parallèlement, les banques de la zone euro détiennent près de 800 milliards d’euros de « prêts irrécouvrables » sur leurs bilans.

La BCE craint que les faibles taux d’intérêt poussent les banques à augmenter leur part de financements risqués en quête de rendement.

« Nous, les superviseurs, sommes donc inquiets du manque de rentabilité dans le secteur bancaire de la zone euro », a déclaré Danièle Nouy, présidente du conseil de surveillance de la BCE, qui supervise 118 banques importantes de la région.

Ce n’est pas la première fois que Danièle Nouy s’inquiète du système bancaire surpeuplé de la zone euro, mais pour la première fois, la BCE a examiné les modèles commerciaux des banques de la région l’année dernière.

Au premier trimestre 2017, la BCE a collecté des données sur les bénéfices et les pertes prévus des banques. « Au total, au cours des deux prochaines années, nous nous attendons à une amélioration progressive de la rentabilité des banques grâce à une croissance importante des prêts et à une baisse des pertes, tandis que les marges nettes d’intérêt demeureront sous pression », indique le rapport.

Au cours du deuxième et du troisième trimestres, la BCE a discuté individuellement avec les banques de leur capacité à générer des recettes et à poursuivre leurs stratégies de croissance.

L’institution installée à Francfort a demandé à certaines banques de fournir des « plans d’atténuation de risques » au début de cette année.

« Les lacunes constatées dans la structure interne des banques pour optimiser la rentabilité, ainsi que les problèmes liés aux stratégies commerciales, tels que la prise de risque excessive, ont été portés à l’attention des banques dans le cadre du dialogue de supervision », selon le rapport.

Risque numéro un

Le risque numéro un pour 2018, selon le conseil de surveillance de la BCE, est les faibles taux d’intérêt et leurs « effets néfastes » sur la rentabilité des banques.

Plus de la moitié du revenu des grandes banques provient des prêts, hypothèques et d’autres actifs productifs. Les frais et les commissions représentent en moyenne entre 20 et 30 % des revenus nets des banques de la zone euro, et près du deux tiers du total des revenus hors intérêts.

Avec des taux d’intérêt qui n’ont jamais été aussi bas, Danièle Nouy a déclaré que les banques « pourraient, par exemple, essayer d’augmenter leurs frais et commissions ».

Mario Draghi, le président de la BCE, et Danièle Nouy ont insisté sur la nécessité de réduire le nombre de succursales, étant donné la popularité croissante des services bancaires numériques.

La présidente du conseil de surveillance a cependant noté que les suppressions d’emplois ne devraient pas toucher des domaines tels que la gestion de risques ou l’informatique. « De manière plus générale, les banques ne doivent pas faire d’économies sur des éléments cruciaux pour la réussite future et la stabilité », a-t-elle ajouté.

Les niveaux élevés « persistants » de prêts improductifs et les incertitudes géopolitiques représentent d’autres risques pour la rentabilité des banques.

Les risques géopolitiques ont « sensiblement augmenté », principalement en raison des négociations du Brexit et de l’incertitude politique mondiale.

Les créanciers souffrent également de la concurrence des établissements non bancaires, tels que les startups qui fournissent des services financiers (fintech), considérés comme l’un des principaux défis pour l’avenir des banques.