Budapest veut récupérer ses milliards

La Hongrie doit respecter une échéance fixée à la fin du mois d'août pour mener à bien des dizaines de réformes liées aux fonds européens

EURACTIV.com
Le Premier ministre hongrois Peter Magyar est accueilli par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. [Photo : Thierry Monasse/Getty Images]

BUDAPEST – Péter Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, s’est montré optimiste mais combatif à la veille de négociations cruciales à Bruxelles, s’engageant à débloquer des milliards de fonds européens gelés tout en maintenant la menace d’un veto de la Hongrie sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

Dans une vidéo publiée par la Représentation permanente de la Hongrie auprès de l’UE, Magyar a déclaré qu’il rencontrerait Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, le Premier ministre belge Bart De Wever et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, lors de sa visite à Bruxelles, jeudi et vendredi.

Il sera accompagné du ministre des Finances András Kármán, du ministre des Transports Dávid Vitézy et de sa ministre des Affaires étrangères Anita Orbán.

Soucieux de tenir ses promesses de campagne axées sur la lutte contre la corruption et la relance économique, Magyar a annoncé que la Hongrie allait officiellement demander à adhérer au Parquet européen (EPPO).

Il s’est également engagé à renforcer l’« Autorité d’intégrité » du pays et à instaurer des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans pour les responsables politiques qui font de fausses déclarations de patrimoine.

Magyar a également annoncé que Budapest était parvenue à un accord préliminaire avec la Commission européenne concernant les fondations de gestion d’actifs d’intérêt public (ou KEVKA), très controversées, qui supervisent les universités hongroises.

L’objectif, a-t-il indiqué, était de remplacer des structures de financement opaques par un système plus transparent sans placer les universités sous le contrôle direct de l’État.

Après 16 ans de règne de Viktor Orbán, la Hongrie occupe la dernière place de l’UE en matière d’État de droit, avec un déclin continu de l’indépendance judiciaire et de l’intégrité législative. Des sources institutionnelles et des ONG soulignent la persistance du népotisme, du copinage et des risques de corruption.

La Hongrie doit respecter une échéance fixée à la fin du mois d’août pour mener à bien des dizaines de réformes en matière d’État de droit liées à la Facilité pour la reprise et la résilience de l’UE.

Magyar espère débloquer plus d’un milliard d’euros pour la modernisation du réseau électrique, la modernisation ferroviaire et la recapitalisation de la Banque hongroise de développement, dans le cadre d’une initiative plus large visant à débloquer 10,4 milliards d’euros de fonds de relance et 7 milliards d’euros de fonds de cohésion.

Cependant, les responsables de la Commission européenne ont déjà cherché à tempérer les attentes.

« La Commission fait tout son possible pour aider Budapest à aller de l’avant, mais il est peu probable qu’elle obtienne les 10 milliards d’euros qu’elle vise », a confié un haut fonctionnaire de l’UE au Rapporteur d’Euractiv.

Les négociations sont également étroitement liées au processus d’adhésion de l’Ukraine.

Alors que Bruxelles prévoit de proposer l’ouverture du premier volet de négociations avec Kiev le 16 juin, Magyar a réaffirmé que la Hongrie n’approuverait cette initiative que si l’Ukraine rétablissait les droits linguistiques et culturels de la minorité hongroise dans sa région de Transcarpatie.

Les discussions techniques avec Kiev sont « prometteuses », a ajouté Magyar, en amont d’une éventuelle rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy.

(cs)