Céréales ukrainiennes : la Pologne introduira sa propre interdiction si l’UE ne le fait pas

La Pologne est prête à introduire sa propre interdiction unilatérale sur les produits agricoles importés d’Ukraine si l’UE décide de ne pas étendre les mesures de protection en place, a confié le ministre polonais de l’Agriculture à EURACTIV lors d’un entretien.

/ EURACTIV.com
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Le ministre polonais de l’Agriculture, Robert Telus. [Union européenne]

« Le 15 avril, nous avons introduit une interdiction et, si nécessaire, nous devrons le faire [à nouveau] », a déclaré Robert Telus à EURACTIV en marge d’une réunion des ministres de I’Agriculture de l’UE mardi (25 juillet).

Ses commentaires font suite à des discussions animées sur la question de l’extension de l’interdiction temporaire actuelle visant certains produits agricoles ukrainiens, mise en place pour apaiser les voisins de l’Ukraine, qui ont dû faire face à un afflux de denrées ukrainiennes bon marché. En raison de la pression exercée par ces importations sur leurs agriculteurs, les pays en première ligne ont imposé unilatéralement leur propre interdiction en avril.

L’accord actuel prévoit des restrictions commerciales sur quatre produits  provenant d’Ukraine (blé, maïs, colza et graines de tournesol) et prendra fin le 15 septembre prochain.

Toutefois, une coalition d’États membres — dont la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie — demande à ce que cet accord soit prolongé jusqu’à la fin de l’année.

« J’espère que ce délai sera prolongé, mais si ce n’est pas le cas, la Pologne devra toujours s’attaquer au problème, et nous avons démontré que nous pouvions le faire », a ajouté Robert Telus.

Dernier recours

Les commentaires du ministre polonais, membre du parti Droit et justice (PiS, Conservateurs et réformistes européens/CRE), en marge du Conseil « Agriculture et pêche » font écho à ceux de son Premier ministre, Mateusz Morawiecki, qui a récemment déclaré lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de cinq pays de l’Est de l’UE à Varsovie que son pays était prêt à bloquer unilatéralement les importations en provenance d’Ukraine.

Robert Telus ne prend toutefois pas cette décision à la légère, car elle constituerait une violation directe de la législation européenne, le commerce étant une compétence de l’UE.

Le ministre a précisé qu’il ne s’agirait que d’une interdiction des importations en Pologne, expliquant que le pays continuerait à soutenir le transit des produits agricoles ukrainiens via son territoire.

« Ce que nous avons fait n’est pas dirigé contre qui que ce soit, c’est pour nos agriculteurs », a-t-il affirmé, ajoutant qu’à long terme, il souhaite « développer des outils qui pourront être utilisés par d’autres pays pendant des années à venir ».

« Si nous développons ces outils, ils pourront être utiles plus tard à tous les États membres ainsi qu’à l’Ukraine », a-t-il conclu.

Étendre l’interdiction ?

Interrogé sur l’existence d’un soutien politique suffisant en faveur d’une extension de l’interdiction, le ministre polonais a déclaré qu’il bénéficiait assurément du « soutien des cinq pays frontaliers ».

« Mais aujourd’hui, au cours de la discussion, nous avons également reçu de nombreux avis positifs de la part des [autres] ministres. Au moins, ils ont présenté leurs visions des problèmes que nous devons résoudre », a-t-il expliqué.

Cependant, une source de l’UE a confié à EURACTIV que six États membres — à savoir le Danemark, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Lettonie — s’opposaient à cette initiative.

Selon certains, plusieurs pays aimeraient voir la portée de l’interdiction étendue pour inclure potentiellement d’autres produits agricoles à l’avenir afin d’aider à s’adapter aux conditions changeantes du marché.

Les exportations ukrainiennes de volailles et de fruits à baies inquiètent également les agriculteurs européens, a souligné le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, mardi. Il a laissé entendre que l’extension des mesures de protection à ces produits pourrait être une option à envisager.

Toutefois, pour le ministre polonais Robert Telus, il ne serait pas nécessaire d’inclure de nouveaux produits dans les restrictions de l’UE, du moins « jusqu’à la fin de l’année ».

Difficultés liées au transport

Le ministre polonais a également listé un certain nombre d’inquiétudes concernant le transport, expliquant que les quantités quittant l’Ukraine pour transiter par la Pologne ont augmenté de façon spectaculaire.

« À titre de comparaison, en février, le transport via la Pologne était de 14 000 tonnes, en mars il était de 120 000 et lorsque la Commission a introduit l’interdiction de l’UE en juin, nous avions 226 000 tonnes. »

Cependant, actuellement, les voies de transport sont « insuffisantes », selon le ministre.

« Nous voulons soutenir le transport, c’est pourquoi nous avons présenté cette proposition pour développer les outils et demandé d’utiliser les ports maritimes de la mer Baltique, de la Lituanie, de l’Estonie et de la Lettonie », a-t-il déclaré, appelant à plus de soutien de la part de l’UE pour y parvenir.

Par ailleurs, Robert Telus a souligné la nécessité d’un soutien financier accru pour les agriculteurs polonais.

« Si nous parlons du soutien financier, il est manifestement insuffisant par rapport aux coûts qui pèsent sur nos agriculteurs », a-t-il affirmé, soulignant que l’État polonais subventionnait ses agriculteurs.

« Si nous comparons l’aide des fonds de l’UE, elle s’élevait à 70-80 millions d’euros alors que nous avons dépensé en tout un milliard de zlotys [230 millions d’euros] pour soutenir les agriculteurs polonais », a-t-il ajouté.

Ses propos ne seront probablement pas bien accueillis par certains de ses homologues, dont plusieurs critiquent la menace d’une action unilatérale, notamment le Français Marc Fesneau, qui a fait remarquer avant la réunion que les pays frontaliers avaient déjà bénéficié d’un soutien important.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]