Climat : Emmanuel Macron veut plus de financement européen et de soutien au nucléaire

Le président de la République, Emmanuel Macron, a dévoilé lundi (25 septembre) les grands axes de la planification écologique française. Il a annoncé, entre autres mesures, la sortie totale du charbon en France en 2027 et sa volonté de plus de financements européens pour le climat.

Euractiv France
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Emmanuel Macron devant la presse lors du sommet UE-CELAC à Bruxelles, le 18 juillet 2023. [Union européenne]

Le président de la République, Emmanuel Macron, a dévoilé lundi (25 septembre) les grands axes de la planification écologique française. Il a annoncé, entre autres mesures, la sortie totale du charbon en France en 2027 et sa volonté de plus de financements européens pour le climat. 

« L’Europe doit plus investir dans la transition écologique. Il ne peut pas y avoir une vraie stratégie européenne de décarbonation s’il n’y a que la réglementation et pas d’investissements », a déclaré lundi le président Emmanuel Macron, entouré de ses ministres pour annoncer les contours de la transition écologique française.

Le gouvernement prépare depuis plusieurs mois la stratégie française en la matière. L’objectif est de réduire d’environ 5 % par an les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre l’objectif européen de -55 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990.

Pour y parvenir, la France devait annoncer un plan et ses mesures avant l’été. Le retard accumulé a finalement pris fin lundi.

En début d’intervention, le chef d’État a rappelé que la France était le premier État européen à effectuer un tel exercice de planification des mesures et des investissements nécessaires à la transition écologique. M. Macron a appelé le reste de l’UE à faire de même et l’exécutif européen à investir davantage dans la transition.

Pour la France, le gouvernement prévoit 40 milliards d’euros destinés à l’action climatique en 2024, soit sept milliards d’euros de plus qu’en 2023 qui permettront de financer les énergies décarbonées, l’industrie, la mobilité, l’exploitation de ressources naturelles et la rénovation des bâtiments.

Ce budget sera intégré au projet de loi de finances qui sera présenté en conseil des ministres mercredi (27 septembre), avant d’être débattu au Parlement français.

Dans les prochaines semaines viendront également les examens de plusieurs lois et textes réglementaires traçant la stratégie écologique française. Eux aussi sont attendus depuis plusieurs mois, alors que la France n’a toujours pas rendu à la Commission européenne son plan national énergie — climat (PNIEC) pour la période 2023-2030.

Mesures emblématiques

Le président de la République en a profité pour détailler quelques mesures emblématiques à venir, comme la sortie totale du charbon en France « d’ici au 1er janvier 2027 ».

« C’est la priorité que nous nous sommes donnée pour le pays et que nous allons porter à l’Europe et à l’international ». Une sorte d’« écologie à la Française […] qui ne décide pas de rouvrir des centrales à charbon » comme l’Allemagne, a-t-il expliqué.

« Je ne veux pas être cruel, mais rouvrir une centrale à charbon, c’est précisément ce qu’il a fait l’année dernière », a tancé sur X (ex-Twitter), Thomas Pellerin-Carlin, directeur Europe du think tank français I4CE.

La France compte en effet deux centrales à charbon encore en activité, dont une rouverte en 2022. Ensemble, elles ne représentent que 0,6 % de la consommation d’électricité française, mais leur recours est, selon le gouvernement, devenu indispensable pour assurer la sécurité énergétique européenne en ces temps de crise énergétique.

En 2017, le président avait pourtant promis leur fermeture pour 2022. Or, comme pour le glyphosate, dont M. Macron souhaitait la fin dès 2020, « ses promesses fondent aussi vite que les glaciers », a réprouvé Manon Aubry, co-présidente de La Gauche au Parlement européen et cadre de La France insoumise (LFI — gauche), auprès d’Euractiv France.

Pas d’interdiction des chaudières à gaz

Le chef d’État français a aussi rétropédalé sur la sortie des chaudières à gaz. « Nous avons décidé […] d’être plutôt sur une politique d’incitation » à l’équipement de pompes à chaleur, a-t-il expliqué.

Pour y parvenir, M. Macron projette une production d’un million de pompes à chaleur en France d’ici à 2027.

Selon Mme Aubry, le président « recule » parce qu’il « ne met pas les financements nécessaires ».

En Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, les gouvernements ont également fait marche arrière sur l’interdiction des chaudières à gaz, craignant une fronde sociale.

1 million de véhicules électriques

Concernant les transports, M. Macron a rappelé l’objectif de produire un million de voitures électriques en France d’ici à 2027. Pour cela, le président souhaite relancer un « grand inventaire des ressources minières françaises ».

Le pays regorge en effet de matières premières critiques et stratégiques, notamment de lithium, dont une mine située dans l’Allier (Auvergne Rhône-Alpes), qui disposerait de quantités nécessaires pour alimenter la production d’environ 700  000 batteries par an pendant 25 ans.

Rien, néanmoins, que l’industrie ne puisse exploiter sans des prix de l’électricité maîtrisés.

Sur ce point, « nous pourrons, en octobre, véritablement annoncer des prix de l’électricité qui sont compatibles avec la compétitivité et qui vont donner de la visibilité à la fois aux ménages à et nos industriels », a déclaré le président.

En somme, M. Macron ne souhaite pas « attendre » la réforme du marché européen de l’électricité en cours de négociation « pour faire en sorte que […] les Français n’aient pas à payer pour une électricité qui est en France hautement compétitive » grâce à son énergie nucléaire.

Le calendrier annoncé concorde toutefois avec le prochain conseil européen de l’Énergie, prévu le 17 octobre et dont les conclusions seront décisives pour la réforme du marché européen de l’électricité.

Pour le moment, la France défend toujours l’intégration des actifs nucléaires existants dans le cadre des mécanismes de marché, point d’achoppement avec l’Allemagne et ses alliés, mais aussi LFI et les écologistes français.

M. Macron, lui, « souhaite que l’ensemble des formations politiques […] lorsqu’elles condamnent parfois trop vite le nucléaire, se rendent compte que tous les scientifiques nous disent qu’il n’y a pas une stratégie qui existe sans le nucléaire ».

[Théo Bourgery-Gonse a contribué à la rédaction de cet article]