Bruxelles relance son projet de congé maternité européen

Deux ans après la suppression de son projet de directive sur le congé de maternité, la Commission européenne s’apprête à proposer de nouvelles mesures, qui encouragent notamment les pères à prendre leur congé de paternité.

EURACTIV.com
Demonstration of group Greens/EFA in plenary session week 21 2015 in Strasbourg – Action « SOS MATERNITY LEAVE #DELIVER NOW »
Les Verts/ALE affichent leurs opinions sur le congé de maternité. [<a href="http://audiovisual.europarl.europa.eu/Assetdetail.aspx?id=638dd1f5-79f4-407e-b00e-a49e0119c163" target="_blank" rel="noopener">[European Parliament]</a>]

Deux ans après l’abandon de son projet de loi sur le congé de maternité, la Commission européenne va remettre sur la table de nouvelles mesures, qui encouragent notamment les pères à prendre leur congé de paternité.

Le congé de maternité européen date de 1992 et prévoit 14 semaines de congé avec la garantie de recevoir les mêmes indemnités qu’en cas de maladie.

La dernière tentative de modification de ces règles a fini en fiasco, l’exécutif ayant finalement choisi de supprimer le projet législatif après sept ans d’impasse.

Impasse

Les États membres se sont en effet révélés incapables de trouver un compromis sur le versement d’un salaire complet aux jeunes mères. La Commission Juncker a donc supprimé la proposition, dans le cadre de son initiative du « mieux légiférer », en promettant d’en élaborer une nouvelle.

Les spécialistes des politiques sociales sont pourtant sceptiques face aux nouvelles mesures que l’exécutif devrait dévoiler le 26 avril. Ils craignent en effet que ce projet finisse comme le dernier.

« Nous ne voulons pas que le Conseil bloque la proposition », souligne Mary Collins, coordinatrice de politiques au Lobby européen des femmes.

Militants et eurodéputés ont expliqué qu’ils s’attendaient à un projet de loi moins ambitieux que le précédent, puisque la Commission ne veut pas se trouver à nouveau face à l’opposition des États membres.

Un document de la Commission rédigé peu après la suppression de la dernière proposition semble indiquer de possibles changements des règles sur le congé de maternité et le congé parental, ainsi que la possibilité d’introduire un congé de paternité, actuellement non compris dans le droit européen.

Congé paternité

Sur Internet, l’initiative de l’exécutif est décrite comme « des mesures telles qu’un congé payé pour les parents, hommes et femmes ». Une nouvelle loi garantissant un congé de paternité entrainerait l’ouverture de chantiers légaux dans certains États membres.

La plupart des pays européens offrent déjà un congé aux nouveaux pères, mais ce n’est pas le cas de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Croatie, de Chypre, du Luxembourg, de la République tchèque et de la Slovaquie.

Le congé parental actuel prévoit que les parents puissent prendre au moins quatre mois de congé. Une révision datant de 2010 spécifie que chaque parent doit prendre au moins un mois, une mesure d’encouragement pour que les hommes prennent des congés, puisqu’ils ne peuvent plus à présent transférer ce mois à leur compagne.

Selon les enquêtes menées par l’OCDE dans ses 36 États membres, dont 22 pays de l’UE, les hommes prennent moins de congés que les femmes. C’est dans les pays nordiques et en Slovénie que les pères prennent le plus de congés.

Féminiser le marché du travail

L’un des principaux objectifs sous-tendant la réforme du congé parental est d’augmenter le nombre de femmes sur le marché du travail. « Le fait que les hommes aient trop peu de possibilités de prendre congé et ne soient pas suffisamment incités à le faire confirme les femmes dans leur rôle de personne s’occupant en premier lieu des proches, ce qui a des répercussions négatives sur l’emploi des femmes », précise un document de la Commission.

Pour Maria Arena, eurodéputée socialiste belge et rapporteuse pour le projet supprimé par la Commission, une nouvelle loi sur le congé de paternité serait favorable à l’égalité des genres. Cela serait cependant « insuffisant au regard de ce que le Parlement demande depuis des années », a-t-elle assuré à Euractiv.

L’eurodéputée a une liste d’exigences en ce qui concerne le projet législatif. Elle souhaite notamment que l’exécutif allonge la durée minimale des congés parentaux, de maternité et de paternité et garantisse le versement d’un salaire complet, et pas seulement d’indemnités maladie.

Les groupes de défense des droits des femmes estiment que des mises à jour des règles sur les congés parentaux aideraient les femmes, mais insistent sur une modification du congé de maternité. Selon Mary Collins, pour certaines citoyennes européennes, il est encore difficile de prendre un congé étant donné le niveau d’indemnité auquel elles ont droit. « La question du salaire s’est révélée très controversée par le passé. Pour nous, cela reste important », assure-t-elle.

Les eurodéputés auraient aimé que le projet de directive garantisse le salaire complet durant le congé de maternité, mais les États membres ont rejeté cette proposition. Le débat sur ce point risque d’être à nouveau mouvementé. Ces derniers mois, des tensions se sont créées autour de mesures sociales à plusieurs reprises. Les États membres sont par exemple toujours très divisés sur la question des travailleurs détachés.

Plusieurs diplomates européens, qui ont eu accès à des versions préliminaires du document, estiment toutefois que les propositions de la Commission ne seront pas aussi controversées que le projet supprimé. Pourtant, la question du pouvoir de la Commission en tant que régulateur des droits sociaux pourrait toujours freiner les négociations, ont-ils indiqué à Euractiv.

Illustrant les tensions entre les États membres, le gouvernement polonais a d’ores et déjà annoncé qu’il s’opposerait à toute proposition de normes contraignantes sur les politiques sociales de la Commission le 26 avril.