Électricité espagnole : le secteur français de l’aluminium veut des mesures « anti-dumping »

Les représentants français du secteur de l’aluminium affirment que le plafonnement du prix du gaz ibérique, soutenu par l’UE, entraîne une concurrence déloyale et demandent l’adoption de mesures anti-dumping à l’encontre de l’Espagne.

/ Euractiv France / Euractiv.com avec Euroefe
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En raison des mesures prises pour l'Espagne, et notamment en ce qui concerne l’aluminium utilisé dans le secteur du bâtiment, « les clients français vont s’approvisionner en Espagne », a déclaré à EURACTIV France Cyrille Mounier, de la fédération professionnelle Aluminium France. [Shutterstock/Maksim_Gusev]

Au printemps, l’Espagne et le Portugal ont conclu un accord avec la Commission européenne concernant une exception aux règles du marché européen de l’électricité pour la péninsule ibérique.

L’accord a permis de créer un mécanisme temporaire jusqu’au 31 mai 2023, plafonnant le prix du gaz à une moyenne de 50 euros par mégawattheure. La facture d’électricité de nombreux consommateurs espagnols et portugais s’est de fait réduite de moitié.

En approuvant ces mesures, l’exécutif européen a déclaré que le dispositif diminuerait les prix pour les consommateurs ibériques sans « altérer les conditions des échanges dans une mesure contraire à l’intérêt commun » et qu’il limiterait au maximum les « distorsions de concurrence ».

Le secteur français de l’aluminium monte au créneau

Toutefois, le secteur français de l’aluminium ne partage pas l’avis des institutions européennes.

En raison de ces mesures, et notamment en ce qui concerne l’aluminium utilisé dans le secteur du bâtiment, « les clients français vont s’approvisionner en Espagne », a expliqué à EURACTIV France Cyrille Mounier, de la fédération professionnelle Aluminium France.

En guise de réponse, Cyrille Mounier préconise un « plafonnement des prix du gaz pour tous », afin d’endiguer ce qui s’apparente à du dumping, une concurrence déloyale au sein de l’Union. Pour preuve, Cyrille Mounier rappelle qu’en comparaison des mois de juillet 2021 et 2022, la baisse des ventes aux clients français s’élève à -39%, et -26% sur l’année.

La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, a déclaré ne pas être au courant de ces réclamations.

« Notre intention est évidemment d’avoir des prix stables, prévisibles et bas dès que possible, mais il est possible qu’à un moment donné, cela se traduise par un coût énergétique plus bas pour l’industrie électrique espagnole que le coût énergétique dans d’autres pays européens », a-t-elle déclaré lors d’un entretien avec EFE et EURACTIV.com.

Elle a également souligné que les coûts énergétiques de l’industrie électro-intensive allemande étaient moins élevés en raison du prix du gaz russe avant la guerre et de l’intervention du gouvernement français sur le marché de l’électricité.

En France, les producteurs industriels profitent de l’accès règlementé à une énergie nucléaire moins chère — l’ARENH — qui leur procure une certaine quantité d’électricité à un prix fixe de 42 euros par mégawattheure (MWh). Toutefois, cela s’est avéré insuffisant pour les transformateurs d’aluminium.

En comparaison avec ces mesures, « nous n’avons pas d’entreprise publique et nous n’injectons pas d’argent du budget pour cela », a déclaré Teresa Ribera.

« Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de répréhensible, pas de dumping, pas de situation anticoncurrentielle ou quoi que ce soit qui y ressemble », a-t-elle poursuivi.

Face à la flambée des prix de l’énergie, les usines d’aluminium européennes ont commencé à fermer leurs portes ou à réduire drastiquement leur production. M. Mounier invite donc l’UE à généraliser le principe du mécanisme ibérique.

« Soit l’Espagne arrête de caper son prix du gaz, soit tout le monde s’y met », déclare-t-il.

En parallèle, l’Union européenne augmente ses importations en provenance de Russie et de Chine.