Éolien et écologie : une bataille contre des moulins à vent
Bienvenue sur le Green Brief d’EURACTIV. Vous y trouverez les dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement en provenance de toute l’Europe. Vous pouvez vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cliquant ici.
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Les militants écologistes doivent revoir leurs priorités et s’intéresser sérieusement aux technologies vertes, sans quoi ils risquent de faire tomber l’Europe — et le reste du monde — dans le piège des combustibles fossiles.
L’approche du mouvement écologiste vis-à-vis des technologies vertes peut parfois sembler déroutante.
Par exemple, lorsque la Commission européenne a dévoilé, il y a plus de deux ans, une stratégie visant à multiplier par 25 la capacité de production d’énergie éolienne en mer d’ici le milieu du siècle, les Verts ne se sont pas réjouis. Au contraire, ils ont exprimé des inquiétudes quant à la protection de la faune marine.
De même, lorsque l’exécutif européen a présenté l’année dernière un plan visant à abandonner les combustibles fossiles russes et à accélérer de manière significative le déploiement des énergies éolienne et solaire en Europe, les militants ont critiqué le fait que les énergies renouvelables puissent être qualifiées de projets d’« intérêt public supérieur ».
En effet, en vertu de ce principe, les projets d’« intérêt public supérieur » peuvent bénéficier d’une évaluation simplifiée pour un certain nombre d’obligations environnementales figurant dans des directives spécifiques de l’UE, ce qui a donné des sueurs froides à de nombreux défenseurs de la cause environnementale.
Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a même adressé un avertissement aux responsables politiques de l’UE, en déclarant que le concept d’« intérêt public supérieur » pour les énergies renouvelables pourrait « conduire à un plus grand nombre de projets contestés devant les tribunaux pour des raisons environnementales, ce qui les ralentirait finalement ».
Ce lundi (27 février), la Suédoise Greta Thunberg et des dizaines d’autres militants ont bloqué l’entrée du ministère norvégien du Pétrole et de l’Énergie en signe de protestation contre des éoliennes construites sur des terres utilisées par les éleveurs de rennes du peuple sami.
Bien entendu, les militants avancent parfois des arguments tout à fait valables. Raser des forêts vierges pour construire d’immenses parcs solaires ou éoliens serait un véritable désastre écologique, et il y a un véritable enjeu à s’assurer que les communautés locales bénéficient réellement des projets d’énergie verte.
Toutefois, il faut prendre en compte le fait qu’une crise énergétique est en cours. L’Europe vient de se lancer dans une course effrénée pour remplacer les combustibles fossiles le plus rapidement possible. Elle a notamment pour objectif de multiplier au moins par deux la part des énergies renouvelables et de réduire de moitié les émissions de carbone avant la fin de la décennie.
Greta Thunberg n’a cessé de répéter aux responsables politiques de prendre l’urgence climatique pour ce qu’elle est : une urgence. Cependant, il faut accepter la dure réalité : aucune solution en matière d’énergie renouvelable n’est 100 % verte. Les « technologies propres » ne sont pas non plus 100 % propres.
Des choix difficiles doivent être faits, et certains impliquent des compromis. En effet, les technologies vertes telles que les panneaux solaires, les éoliennes, les pompes à chaleur ou encore les véhicules électriques nécessitent toutes des matières premières comme le cuivre, le cobalt, le lithium ou les terres rares.
En 2021, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis en garde contre une pénurie à venir des matériaux les plus importants pour la transition vers une économie sans combustibles fossiles. Il existe « un décalage latent entre les ambitions climatiques mondiales accrues et la disponibilité des minéraux essentiels à la réalisation de ces ambitions », avait-elle alors indiqué.
Une étude récente de l’université belge KU Leuven recommande de mettre davantage l’accent sur le développement des capacités d’extraction et de raffinage des minéraux au sein de l’UE afin de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine, qui fournit souvent plus de 90 % des matières premières nécessaires à la fabrication de technologies propres.
« Il est avant tout question de développer les capacités en Europe », a déclaré Peter Handley, un haut fonctionnaire de la direction du marché intérieur de la Commission européenne. « Nous devons examiner à quel niveau il est judicieux d’extraire les matières premières ici en Europe », a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par EURACTIV en décembre.
Pour Liesbet Gregoir, auteure principale de l’étude de la KU Leuven, l’Europe doit rendre plus attractif l’investissement dans l’exploitation minière. « Les procédures d’autorisation prennent beaucoup de temps. Nous devons donc trouver un moyen d’obtenir un soutien public en instaurant la transparence et la confiance dans la nécessité de l’exploitation minière », a-t-elle confié à EURACTIV.
Certains militants écologistes partagent également cet avis. Julia Poliscanova, du groupe de promotion de la mobilité propre Transport and Environment (T&E), affirme que l’UE doit soutenir les « projets stratégiques » d’extraction et de raffinage des minéraux, qui favorisent le respect de normes sociales et environnementales élevées.
« Nous devons apporter notre soutien non seulement aux projets nationaux, mais aussi aux projets mondiaux d’exploitation minière, ainsi que de raffinage et de recyclage », a-t-elle expliqué lors de l’événement EURACTIV.
Et lorsque l’Europe soutient des projets miniers à l’étranger, elle peut également contribuer au renforcement des normes sociales et environnementales dans les pays d’accueil en s’assurant que les communautés locales puissent elles aussi en bénéficier.
Pourtant, en dépit de la nécessité évidente de développer l’exploitation minière dans le cadre de la transition écologique, la tendance est à l’activisme anti-mines qui cherche à dénoncer les impacts sociaux et environnementaux susceptibles d’être engendrés par la transition énergétique.
Si les projets miniers méritent une attention particulière, l’Europe doit également éviter le piège du fondamentalisme écologiste. En effet, l’alternative serait de prolonger la dépendance mondiale aux combustibles fossiles ou de continuer à dépendre de la Chine pour nos matières premières, ce qui ne servira certainement pas la cause des droits humains ou de la protection de l’environnement.
En définitive, les militants doivent choisir leurs combats plus soigneusement ou ils risquent d’être vus comme luttant contre des moulins à vent alors que le véritable ennemi est ailleurs.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- L’UE souhaite une réforme « ciblée » du marché de l’électricité, selon la commissaire à l’Énergie (en anglais) — Frédéric Simon
- Comment l’Europe repense les risques géopolitiques de ses approvisionnements énergétiques (en anglais) — Alexandra Brzozowski et Kira Taylor
- Fin des moteurs à combustion : l’Allemagne pose ses conditions à la Commission européenne — Jonathan Packroff
- Paris prépare une « alliance du nucléaire » en Europe — Paul Messad
- La directive européenne sur le devoir de diligence pourrait stimuler la compétitivité du secteur minier (en anglais)— Oliver Noyan
- Rénovation des bâtiments : le plan du maire de Rome pour lutter contre les émissions de CO2 (en anglais) — Valentina Romano
- Règlement sur les pesticides : la Commission inquiète quant à l’absence de progrès sur le dossier au Parlement — Natasha Foote
- L’Italie revient sur son système de « superbonus » pour la rénovation des logements — Valentina Romano
L’actualité en bref
L’UE doit décarboner les systèmes de chauffage et de refroidissement, selon l’AEE. Les bâtiments ont consommé près de la moitié (42 %) de l’énergie finale de l’UE utilisée par tous les secteurs en 2020. Selon une note d’information publiée jeudi (23 février) par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la décarbonation du chauffage devrait constituer un domaine d’action central pour l’Europe afin d’atteindre ses objectifs climatiques de 2030 et 2050.
Alors que les mesures de rénovation et d’économie d’énergie ont prouvé leur efficacité pour réduire les besoins en chauffage et en refroidissement, les actions en faveur de l’efficacité énergétique ne suffisent pas à décarboner, dans la mesure où les combustibles fossiles sont utilisés comme principale source d’énergie, précise l’évaluation.
Dans l’UE en 2020, les sources d’énergie renouvelable représentaient moins d’un quart de l’énergie finale pour le chauffage et le refroidissement, tandis que les pays du nord de l’UE atteignaient plus de 50 % de leur part d’énergie renouvelable grâce à la biomasse, selon l’AEE.
La note d’information indique que les énergies renouvelables utilisées pour le chauffage et le refroidissement en Europe se composent principalement de biomasse solide telle que le bois, tandis que d’autres sources d’énergie renouvelable, notamment les pompes à chaleur et les capteurs solaires thermiques, se développent à grande vitesse.
Cependant, il est nécessaire d’investir davantage dans les sources d’énergie renouvelable et de déchets pour le chauffage et le refroidissement afin de réduire la consommation de gaz, les répercussions sur le climat et la pollution atmosphérique, souligne l’AEE. Retrouvez l’évaluation dans son intégralité ici.
(Valentina Romano | EURACTIV.com)
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Frans Timmermans se rendra au Gabon pour un sommet sur la biodiversité. Le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), Frans Timmermans, se rendra au Gabon les 1 et 2 mars pour assister au One Forest Summit et rencontrer des responsables gouvernementaux afin de discuter de la lutte mondiale contre la déforestation et le changement climatique.
Le One Forest Summit, organisé sous l’égide de la France et du Gabon, a pour objectif de faire progresser les efforts déployés à l’échelle mondiale en matière de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité, notamment dans les trois principaux bassins forestiers de la planète.
M. Timmermans y rencontrera le président, le Premier ministre et le ministre de l’Environnement du pays d’Afrique, ainsi qu’un groupe de jeunes issus du One Forest Youth Forum et de la société civile locale et internationale — y compris d’organisations de défense de l’environnement. Plus d’informations ici.
(Valentina Romano | EURACTIV.com)
Agenda
MARS
- 27 FÉVRIER – 1 MARS. Le sommet mondial sur les océans «World Ocean Summit».
- 2 et 9 MARS. Négociations interinstitutionnelles (trilogues) sur la révision de la directive sur l’efficacité énergétique (EED).
- 14 MARS. Loi sur l’industrie à zéro émission – Loi européenne sur les matières premières critiques.
- 16 MARS. Révision des règles du marché intérieur de l’électricité de l’UE.
- 16 MARS. Conseil « Environnement ».
- 22 MARS. Paquet « Consommateurs » :
Justification des allégations environnementales
Consommation durable des biens — promouvoir la réparation et la réutilisation (le droit à la réparation) - 22 – 24 MARS. Conférence des Nations unies sur l’eau, New York.
- 23 et 24 MARS. Conseil européen.
- 28 MARS. Conseil « Énergie ».
AVRIL
- 18 et 19 AVRIL. Réunion informelle des ministres de l’Environnement.
MAI
- 17 MAI. Proposition de Banque européenne de l’hydrogène.
- 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.
JUIN
- JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
- 6-7 JUIN. Semaine verte de l’UE.
- 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
- 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
- 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
- 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
- 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés
DEUXIÈME SEMESTRE 2023
- Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
- 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
- 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
- 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen
[Édité par Anne-Sophie Gayet]