Espagne : la lutte intégrée contre les nuisibles séduit les agriculteurs, mais davantage de soutien est nécessaire

Alors que les agriculteurs espagnols se sont engagés dans la lutte intégrée contre les organismes nuisibles conformément aux règles de l’UE, ils estiment que davantage de mesures de soutien et de recherche sont nécessaires pour étendre l’application de la lutte biologique.

EURACTIV.com avec EFEAgro
This article is part of our special report "Lutte intégrée contre les organismes nuisibles : un aperçu de la situation dans l’UE"
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Dans les serres d’Almería, dans le sud de l’Espagne, les agriculteurs ont franchi une nouvelle étape dans la production biologique en utilisant les insectes et les phéromones pour lutter contre les nuisibles. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/organic-strawberry-plant-growing-greenhouse-strawberries-2261531063" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

Alors que les agriculteurs espagnols se sont engagés dans la lutte intégrée contre les organismes nuisibles (Integrated Pest Management, IPM) conformément aux règles de l’UE, ils estiment que davantage de mesures de soutien et de recherche sont nécessaires pour étendre l’application de la lutte biologique.

Dans les serres d’Almería, dans le sud de l’Espagne, les agriculteurs ont franchi une nouvelle étape dans la production biologique en utilisant les insectes et les phéromones pour lutter contre les nuisibles.

La lutte intégrée contre les nuisibles est une stratégie reposant sur l’écosystème qui se concentre sur la gestion des organismes nuisibles par une combinaison de techniques appliquées par ordre de hiérarchie afin de minimiser l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques.

Dans la pratique, cela signifie que les pesticides chimiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours, si tous les autres efforts échouent.

Cette stratégie a notamment été adoptée par Sergio López, responsable de l’agriculture biologique pour l’organisation agricole COAG dans la région d’Andalousie et cultivateur de concombres et de pastèques.

À Almería, M. López a confié au média partenaire d’EURACTIV EFEagro que de grands investissements sont nécessaires, en raison des obstacles à la formation et à la recherche dans le domaine.

L’UE procède actuellement à la révision du règlement de 2009 sur l’utilisation durable des pesticides. La proposition présentée par la Commission européenne s’appuie fortement sur l’IPM pour atteindre son objectif de réduction de moitié de l’utilisation et des risques liés aux pesticides d’ici à 2030.

Parmi les pratiques encouragées figurent la rotation des cultures, l’utilisation de variétés résistantes, une fertilisation plus naturelle, le nettoyage des équipements, la lutte biologique et la limitation de l’utilisation des produits phytosanitaires, particulièrement ceux considérés comme ayant un impact important sur l’environnement.

En Espagne, le nouveau plan d’action national 2023-2024 sur l’utilisation durable des produits phytosanitaires a pour objectif de promouvoir la lutte intégrée et de réduire les risques et les effets découlant de l’utilisation des produits phytosanitaires sur la santé humaine et l’environnement.

Il prévoit par exemple la publication de données sur les indicateurs de risque, l’amélioration de l’information, le renforcement de la surveillance du marché des produits phytosanitaires, la limitation de leur utilisation dans les zones protégées ou la promotion de l’innovation par le biais du soutien de groupes d’exploitation dans le cadre du plan stratégique national de la Politique agricole commune (PAC).

Selon Francisca Iglesias, secrétaire générale de l’association de petits agriculteurs UPA à Almería, Bruxelles considère comme acquis le fait que l’agriculture conventionnelle doive respecter la règlementation sur les pesticides. Par conséquent, elle explique qu’« il n’y a pas de soutien direct » de la PAC, si ce n’est lorsque les producteurs engagent des consultants pour la lutte intégrée contre les nuisibles.

Les producteurs qui ont recours aux pesticides sont soumis à des inspections et doivent, parallèlement, disposer d’une carte de gestion phytosanitaire, utiliser des produits autorisés, recevoir des conseils techniques et consigner les pratiques dans leur cahier d’exploitation agricole, a-t-elle précisé.

« La lutte intégrée est assez bien prise en compte », a-t-elle indiqué, avant d’ajouter qu’à Almería, les agriculteurs pratiquent la lutte intégrée depuis 2003 et que la lutte biologique a été un « bon outil pour gérer les organismes nuisibles et les maladies ».

« À chaque fois, de nouveaux virus sont apparus, des plantes plus tolérantes ont été obtenues et la recherche a donné une réponse rapide à un secteur très dynamique », a souligné Mme Iglesias.

Parfois, cependant, il n’est pas pertinent de faire appel à la lutte biologique pour les grandes surfaces extérieures qui abritent des cultures moins rentables, a déclaré Jan van der Blom, expert auprès de Coexphal, une association d’organisations de producteurs de fruits et légumes d’Almería.

Il est toujours possible de promouvoir les biopesticides et d’accroître la biodiversité, a-t-il ajouté, bien que cela nécessite un « changement d’organisation » et l’abandon des monocultures.

Cependant, avec la réforme prévue du règlement sur l’utilisation durable des pesticides, «il est demandé aux agriculteurs de faire beaucoup et il y a très peu d’engagement de la part des administrations », a précisé M. van Der Blom, appelant à plus de soutien.

« Une fois que les agriculteurs constatent qu’ils peuvent produire sans ces produits phytosanitaires, ils le font avec grand plaisir », a-t-il précisé.

Josefina Contreras, de la Société espagnole d’agriculture biologique et d’agroécologie (SEAE), a déclaré que, bien que les méthodes de lutte biologique prospèrent dans toutes les cultures, il y a encore « beaucoup à faire » pour aider les agriculteurs à mettre en œuvre ces mesures.

« Il est essentiel d’investir davantage dans la recherche et le développement de nouveaux produits, tels que les insectes utiles, les micro-organismes et les produits naturels », a conclu Mme Contreras.

Retrouvez l’article original en espagnol ici.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]