L'UE accusée d'entraver la sécurité dans les aéroports
Dans le sillage de la mort d'Oussama Ben Laden, les décideurs politiques de l'UE et le secteur de la sécurité ont intensifié le débat sur la détection des risques dans les aéroports, révélant des lacunes en matière de sécurité dues à une mauvaise réglementation selon les acteurs du secteur.
Dans le sillage de la mort d'Oussama Ben Laden, les décideurs politiques de l'UE et le secteur de la sécurité ont intensifié le débat sur la détection des risques dans les aéroports, révélant des lacunes en matière de sécurité dues à une mauvaise réglementation selon les acteurs du secteur.
Les parties prenantes du secteur affirment que la fragmentation du marché européen de la sécurité empêche l'Union des 27 de rivaliser avec les normes de sécurité et les nouvelles technologies utilisées aux Etats-Unis.
Lors d'un débat organisé par l'ONG de sécurité et de défense SDA, des fabricants et acheteurs de matériel de sécurité, des administrations d'aéroports, ainsi que des experts techniques ont argué que cette fragmentation résultait d'une réglementation européenne « vague » et « insuffisante » sur les normes de sécurité dans les aéroports à travers l'Union.
Contrairement à l'aversion générale du secteur pour la réglementation, les experts en sécurité et les fabricants affirment qu'un manque d'authentification et de normalisation de l'équipement des aéroports pour la sécurité maintient la sécurité à un niveau médiocre.
« Il n'est pas possible de comparer les équipements », a déploré Jacques Cipriano, expert en aviation et responsable de la réglementation chez Safran, une importante société de sécurité française.
La Commission européenne semble d'accord sur le fait que la politique industrielle pour la sécurité et la défense a pris du retard.
Lors de cet évènement, Reinhard Priebe, directeur de la sécurité intérieure à l'exécutif de l'UE, s'est dit d'accord avec ses homologues dans les aéroports et avec les fabricants sur le manque de normalisation qui entravait le développement de la sécurité dans les aéroports.
Dans le même temps, M. Cipriano a fait une comparaison avec la situation aux Etats-Unis, qui ont dédié un service civil entier, la Transport Security Administration (TSA), à l'obtention et au développement des technologies de sécurité.
En Europe, il n'y a pas d'organe paneuropéen équivalent et les parties prenantes critiquent la Commission européenne car elle n'emploie pas de scientifiques et d'ingénieurs pour mettre au point une politique mondialement acceptable.
Equipement médiocre
Une source du secteur, qui a préféré conserver l'anonymat, a déclaré que les aéroports continuaient à acheter les technologies les moins chères car la réglementation de l'UE sur l'aviation le permettait.
« Tant qu'ils se conforment à une réglementation vague, pourquoi devraient-ils acheter des équipements plus chers », a déploré cette source.
« La réglementation en vigueur dit quelque chose comme : « la sensibilité de l'équipement peut être ajustée selon le niveau local de menace », ce qui n'a pas de sens. Qu'est-ce que cela signifie ? », a ajouté une autre source qui a, elle aussi, préféré rester anonyme.
Mainmise américaine ?
Lors de l'évènement, des experts en sécurité ont tenu à parler des toutes nouvelles technologies qui viennent de sortir et qui n'ont pas encore de place sur le marché. Nombre d'entre eux se sont plaints que ces technologies soient achetées par les entreprises américaines qui gardent la mainmise sur le marché.
« C'est un fait que presque tous les éléments de l'équipement de sécurité dans l'UE aujourd'hui doivent leur existence aux financements américains », a affirmé lors d'un discours Kevin Riordan, directeur technique à l'agence Smith pour la sécurité des aéroports au Royaume-Uni.
Les Etats-Unis seraient en tête d'une pseudo course à l’armement avec l'UE pour la diffraction des rayons X, une technologie qui identifie le type de molécules dans un récipient donné.
Cette technologie est développée dans des laboratoires européens et achetée par les entreprises américaines car la réglementation en Europe nous empêche de le faire plus rapidement, s'est plaint une source.
La diffraction est utilisée dans l'aéroport Ben Gurion à Tel Aviv et à l'aéroport Sheremetyevo de Moscou, alors qu'en Europe, ce sont les transmissions de rayons X, utilisées dans les scanners corporels et de bagages, qui prédominent toujours.
La diffraction d'ici 2013 ?
Pour des raisons pratiques et économiques, la diffraction est encore loin de devenir la norme dans les aéroports.
Les appareils de diffraction font environ cinq mètres de haut et ne sont capables de scanner que de grands éléments, à raison d'environ une minute par élément. Ils sont utilisés dans le transport spatial et de marchandises.
Certaines entreprises seraient en train de développer des appareils de diffraction pour les bagages à main qui pourrait ne nécessiter que cinq seconde par élément, mais ils accusent l'UE de les empêcher de mettre rapidement leurs produits sur le marché. Cet appareil devrait apparaître sur le marché européen en 2013, selon une source.
La dimension libyenne
A cause du lobbying exercé par les gouvernements français et britannique, qui ont tous deux des forces engagées en Libye, l'UE a récemment prolongé une interdiction sur les liquides dans les avions, une décision qui, selon des sources du secteur, entrave les investissements dans la diffraction, comme les aéroports peuvent se contenter des appareils de transmission moins chers.
En outre, les experts arguent que toutes les technologies de sécurité sont tenues secrètes étant donné que l'incertitude fait partie de la politique anti-terrorisme, alors que certains affirment quant à eux qu'il s'agit également d'une stratégie commerciale.
M. Riordan a encouragé la Commission à appuyer des achats publics avant commercialisation dans sa prochaine série de réglementations sur l'aviation afin d'accélérer le cheminement des produits vers le marché.
« Le gouvernement américain stimule les progrès technologiques en demandant des performances technologiques de très haut niveau aux fabricants, en utilisant les achats publics avant commercialisation », a déclaré M. Riordan.
Malgré les nombreux contrôles et l'interdiction sur les liquides, de récents bulletins d'informations ont révélé des lacunes inquiétantes dans les contrôles de sécurité de l'UE.
En janvier, lors d'une enquête de l'émission française Envoyé Spécial, un journaliste est parvenu à passer les contrôles de sécurité de deux aéroports, à Marseille et à Roissy, avec des armes à feu dans ses bagages à main.