La Commission européenne veut poursuivre son dialogue avec les créateurs de contenu pour adultes

Alors que la participation prévue de la Commission — et son absence ultérieure — à un panel sur l’avenir du secteur du contenu pour adultes et son intersection avec la politique a suscité de vives réactions, le dialogue entre l’exécutif et le secteur ne devraient pas s’arrêter de sitôt.

EURACTIV.com
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Les créateurs de contenu pour adultes sont concernés par le règlement numérique de l’UE, en particulier la modération du contenu et les règles de sécurité dans le règlement sur les services numériques (DSA). Ils ont demandé à être davantage présents à la table des négociations, notamment en ce qui concerne la politique en matière d’intelligence artificielle — dont les « deepfakes ». [Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photo credit: Shutterstock and Getty Images]

Alors que la participation prévue de la Commission européenne — et son absence ultérieure — à un panel sur l’avenir du secteur du contenu pour adultes et son intersection avec la politique, la technologie et l’innovation a suscité de vives réactions, le dialogue entre l’exécutif et le secteur ne devraient pas s’arrêter de sitôt.

Les créateurs de contenu pour adultes sont soumis à la règlementation numérique de l’Union européenne (UE), en particulier les règles sur la modération du contenu et celles sur la sécurité prévues par le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA). Ils ont demandé à être davantage présents à la table des négociations sur les législations qui les concernent, notamment avec la politique en matière d’intelligence artificielle, qui s’occupe entre autres des « deepfakes ».

Au titre du DSA, les plus grandes plateformes pornographiques ont été désignées comme de très grandes plateformes en ligne (very large online plateforms, VLOP) par la Commission, ce qui signifie qu’elles doivent satisfaire à des exigences strictes, similaires à celles de Facebook et X.

Eleonora Esposito, chargée de dossiers à la direction générale Réseaux de communication, Contenu et Technologie (DG CONNECT) de la Commission, devait s’exprimer lors d’un évènement organisé le 22 octobre dernier en marge du Festival du film pornographique de Berlin.

Ana Ornelas, qui représentait l’ONG Digital Intimacy Coalition, qui défend la vie privée et l’expression sexuelle dans les espaces numériques au panel, a expliqué à Euractiv qu’il devait s’agir d’un moment historique pour l’industrie des créateurs pour adultes, car ce serait la première participation de la Commission à un tel évènement.

Cependant, une source nous a indiqué que, la veille du panel, la Commission avait changé d’avis et avait choisi de transmettre une déclaration à lire en son absence.

La Commission n’a pas participé au panel pour des raisons organisationnelles, a confié Patricia Porapat, l’une des porte-parole de l’exécutif, à Euractiv, ajoutant qu’elle s’engageait à garantir qu’un dialogue règlementaire efficace soit maintenu avec toutes les parties prenantes.

Une participation contestée

Trois sources ont confié que l’exécutif de l’UE envisageait d’organiser une table ronde avec l’industrie dans les mois à venir.

Mais juste avant que cette table ronde ne soit programmée, la Plateforme portugaise pour les droits des femmes (PpDM) a publié une lettre ouverte exprimant une forte opposition à la participation de la Commission à l’évènement à Berlin, car « les préjudices de l’industrie [pornographique] sont systémiques et ne peuvent pas être réformés ou assainis ».

Dans une déclaration, Ana Sofia Fernandes, présidente du groupe, et Diana Pinto, membre du conseil d’administration, ont expliqué que le mot « assaini » se réfère à des tentatives superficielles de rendre l’industrie pornographique moins nocive sans aborder les problèmes fondamentaux de l’exploitation et de la violence.

« La pornographie est fondamentalement incompatible avec la dignité humaine. Les tentatives de “régulation” de cette industrie, qui s’apparentent à une “régulation” de l’esclavage, que ce soit en règlementant l’âge des consommateurs ou en améliorant les paramètres d’enregistrement, n’éliminent pas les violations inhérentes à cette industrie », ont-elles ajouté.

La lettre de l’association portugaise a également été publiée sur X par la rapporteure spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles, Reem Alsalem.

La Commission « devrait certainement s’engager avec toutes les parties prenantes, y compris celles qui hébergent et créent de la pornographie pour prévenir la violence et l’exploitation », mais le faire lors d’un évènement qui « célèbre » la pornographie serait très probablement perçu comme une légitimation de l’industrie, a affirmé Reem Alsalem à Euractiv.

Selon Ana Ornelas, le secteur des contenus pour adultes se bat pour des choses similaires à celles des organisations de défense des droits des femmes. Par exemple, « les acteurs sont les premiers à vouloir lutter contre la violence basée sur le genre dans l’industrie pornographique » parce qu’ils sont ceux qui doivent la subir, a-t-elle ajouté.

Une occasion manquée ?

Ana Ornelas, du Digital Intimacy Coalition, a toutefois précisé que les participants à la conférence de Berlin représentaient un large éventail de secteurs, allant de l’éducation sexuelle à la sex tech, et ne se limitaient pas au domaine du contenu pornographique.

Il s’agit d’une « occasion manquée » selon elle, mais les parties prenantes « créeront d’autres opportunités », soutient-elle.

Alessandro Polidoro, un avocat qui travaille avec l’industrie du contenu pour adultes et les victimes de violence sexiste, a déclaré : « La société est prête pour une conversation franche sur le sexe, et c’est aux institutions de l’UE de la faciliter ».

« C’est une excellente occasion de réunir les organisations anti-porno et la communauté sex-positive », qui « sont unies dans leur lutte contre la misogynie et la “culture du viol”, et qui sont toutes deux très conscientes des dommages causés par les grandes entreprises technologiques. »

Leur désaccord tourne « autour de la stigmatisation associée au travail du sexe », mais les temps ont changé, a affirmé l’avocat.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]