La Commission sous pression après l’interdiction britannique d’exporter des animaux vivants

Alors que le parlement britannique a approuvé l’arrêt de l’exportation d’animaux vivants, les ONG européennes se félicitent d’une avancée « historique » et exhortent l’UE à prendre cette trajectoire.

Euractiv France
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Mardi (14 mai), le parlement britannique a voté un projet de loi mettant fin au transport de tous les animaux vivants en dehors du pays à des fins d’abattage ou d’engraissage. [Shutterstock/Maksim Safaniuk]

Alors que le parlement britannique a approuvé l’arrêt de l’exportation d’animaux vivants, les ONG européennes se félicitent d’une avancée « historique » et exhortent l’UE à suivre l’exemple.

Mardi (14 mai), le parlement britannique a voté un projet de loi mettant fin au transport de tous les animaux vivants en dehors du pays à des fins d’abattage ou d’engraissage.

Pour les associations environnementales, il s’agit d’une avancée « historique ». « C’est un grand jour […] qui était attendu depuis longtemps », a déclaré Philip Lymbery, directeur général de Compassion in World Farming (CIWF).

« Que cette étape historique serve d’exemple à l’UE », a déclaré l’ONG Eurogroup For Animals, interpellant ainsi la Commission européenne.

Si le Royaume-Uni n’exporte plus d’animaux vers l’UE depuis 2020 en raison des contraintes douanières liées au Brexit, cette activité concernait jusqu’à 10 % de l’élevage de mouton, notamment dans le sud-est du Royaume, ont indiqué les parlementaires.

Selon la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA), 1,6 million d’animaux vivants étaient exportés du Royaume-Uni chaque année avant 2020.

« Pendant des décennies, les animaux d’élevage ont enduré ces exportations insensées et pénibles vers le continent », ajoute Philip Lymbery.

Pour les associations, ces voyages sont source de stress, de souffrance physique liée à la promiscuité et aux températures extrêmes, mais aussi de maladies.

De son côté, le principal syndicat britannique d’agriculteur, le Farmers Union Wales (FUW), soutient le gouvernement britannique dans sa volonté de devenir « leader mondial dans le domaine du bien-être animal ». Il demande toutefois une protection des agriculteurs contre la concurrence déloyale étrangère en exigeant des standards équivalents pour les importations.

Un mouvement de fond… jusqu’en Europe ?

Samedi dernier (11 mai), l’Australie s’est engagée à mettre fin à l’exportation de moutons vivants d’ici à 2028. D’autres pays comme la Nouvelle-Zélande ou encore le Brésil ont déjà interdit ces pratiques en 2023.

Nous assistons à un « élan croissant » dans le monde entier pour mettre fin aux exportations de produits vivants, explique le CIWF dans un communiqué.

« L’Union européenne ne peut pas continuer à faire des promesses vides en matière de bien-être animal et prétendre être un leader dans ce domaine. Elle doit prendre des mesures concrètes pour mettre fin à ce commerce cruel », a fustigé Olga Kikou, directrice des politiques à l’Institut européen pour le droit et la politique des animaux dans un communiqué.

Plus de 1,6 milliard d’animaux sont transportés chaque année au sein de l’UE et à travers ses frontières.

En décembre 2023, la Commission européenne a proposé de renforcer la législation sur le bien-être animal durant le transport, en raccourcissant les durées, en augmentant les espaces, ou encore en les limitant lors des températures extrêmes. Sans toutefois l’interdire.

Car si certains pays poussent pour une interdiction totale comme l’Allemagne, qui a annoncé mettre fin à ces pratiques par une loi nationale, d’autres États membres comme la France et l’Espagne, poussées par leurs filières exportatrices, s’y opposent, préférant améliorer les conditions de transports.

Avec ces interdictions successives en dehors de l’Europe, la pression va s’accentuer sur la prochaine Commission, d’autant plus que la grande révision de la législation sur le bien-être animal, initialement prévue en 2023, n’a toujours pas été dévoilée.

Des débats spécifiques sur le transport des animaux devraient commencer dès le mois de juillet, annonçait dernièrement le ministre allemand de l’Agriculture Cem Özdemir.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]