La filière alerte sur le besoin de rénovations complètes du résidentiel pour atteindre les objectifs climatiques
Suite à un rapport d'enquête sénatoriale mettant en lumière les difficultés d'assurer les objectifs de rénovation énergétique des bâtiments en France, les acteurs de la filière rappellent le besoin de rénovation complète, plutôt que seulement thermiques.
Suite à un rapport d’enquête sénatoriale mettant en lumière les difficultés d’assurer les objectifs de rénovation énergétique des bâtiments en France, les acteurs de la filière rappellent le besoin de rénovation complète, plutôt que seulement thermique.
Publié en juillet, un rapport d’enquête sénatorial rappelle qu’en France le secteur du bâtiment compte pour environ 48 % de la consommation énergétique et environ 28 % des émissions de gaz à effet de serre, dont une bonne part provient du secteur résidentiel.
La rénovation énergétique des bâtiments a ainsi été érigée en priorité pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’économie française et européenne.
Selon l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE), 2,1 millions de logements ont bénéficié, en 2020, d’un des principaux dispositifs d’aide à la rénovation des bâtiments résidentiels en France. Or, sur les 650 000 demandes d’accompagnement enregistrées entre 2021 et avril 2023 par le biais du dispositif phare « Ma Prime Rénov’ », seules 10 % environ portaient sur des rénovations complètes.
Le pays compte ainsi encore 5,2 millions de bâtiments considérés comme des « passoires énergétiques », très émissives et très énergivores, soit 17 % du parc résidentiel français.
Au total, seulement 50 000 à 100 000 logements seraient entièrement rénovés par an en France, alors même que l’atteinte de la neutralité carbone supposerait la rénovation complète de plus de 370 000 logements par an d’ici à 2030, puis de 700 000 par an au-delà.
Manque d’accompagnement financier et humain
Actuellement, la généralisation de la rénovation complète des logements souffre de quelques écueils. Dans leur rapport, les sénateurs relèvent en premier lieu le manque d’accompagnement financier et technique des ménages dans leurs démarches.
Publié en mai dernier, le rapport sur « les incidences économiques de l’action pour le climat », rendu à la Première ministre Elisabeth Borne, avance que l’investissement total nécessaire pour la rénovation complète du résidentiel devrait être de 21 milliards d’euros par an d’ici à 2030, dont 14 milliards de financements publics.
En 2023, la France en est encore loin. Pour 2024, le rapport sénatorial préconise que le budget alloué à l’aide publique au financement du dispositif « Ma Prime Rénov’ » soit rallongé de 1,6 milliard par an, ce à quoi Mme Borne a répondu favorablement le 9 juillet dernier, annonçant une hausse du budget de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), établissement public qui organise les mesures d’aides à la rénovation énergétique.
Le budget « Ma Prime Rénov’ » est ainsi porté à 4 milliards d’euros.
Les associations environnementales, pour leur part, restent attentives. « Nous serons vigilants au fait que cette somme supplémentaire soit allouée à la rénovation performante des logements et pas au simple remplacement de chaudière », prévient le Réseau Action Climat (RAC).
Chez les entreprises actives dans le secteur de la rénovation, la vigilance est également de mise. Knauf Insulation, l’un des leaders de l’isolation des bâtiments en France et en Europe, préconise ainsi que le budget du dispositif soit aux trois quarts orienté vers le pilier « Performance », qui encourage davantage l’isolation, et le dernier quart vers le changement des moyens de chauffage.
Selon Knauf Insulation, il s’agit avant tout d’éviter les rénovations partielles et « monogestes » auxquelles « jusqu’à présent, beaucoup de rénovations se sont résumées », consentent les services de la Première ministre, très souvent concentrées sur le seul changement de moyens de chauffage, selon les données de l’ONRE.
L’entreprise insiste également, auprès d’EURACTIV France, pour que « les postes ‘isolation’ des ‘combles perdus et bas-plancher’ soient intégrées dans la refonte de ‘Ma Prime Rénov’ », véritable angle mort de la politique de rénovation selon elle, alors même que les combles sous toiture mal isolés représenteraient 35 % des déperditions énergétiques.
Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’un service de tiers de confiance « Mon Accompagnateur Rénov’ » dès le 1er janvier 2024. Ce dispositif, sorte d’aide technique à la maitrise d’ouvrage pour éviter les écueils et les arnaques dans les démarches de rénovation, serait financé par les fournisseurs d’énergies et à 100 % pour les ménages les plus modestes.
Planification
De façon générale, le RAC accueille favorablement les initiatives du gouvernement et « des enveloppes qui vont dans le bon sens ». Cependant, l’origine et la temporalité des financements restent « floues », concède-t-il.
« C’est d’une loi pluriannuelle de la rénovation énergétique dont nous avons besoin, car nous manquons de visibilité pour investir suffisamment », explique Knauf Insulation, ce que l’ensemble de la filière française soutient.
Une loi pluriannuelle, selon l’entreprise, permettrait une hausse des plafonds d’aides publiques actuellement limités à environ 17 000 euros. Dans leur rapport, les sénateurs préconisent d’ailleurs de les relever à 45 000 euros pour les ménages les plus modestes.
Quoiqu’il en soit, toutes les aides sont les bienvenues. Couplées aux soutiens publics, cela permettrait d’entrainer le mouvement vers des rénovations complètes, qu’elles soient effectuées en une ou plusieurs étapes, selon les capacités des ménages.
En cas de travaux étalés dans le temps, « la priorité […] est généralement l’isolation des logements », avancent les services de la Première ministre.
Ainsi, pour assurer des rénovations complètes, il serait indispensable de soutenir la relocalisation des filières industrielles des matériaux écologiquement viables et nécessaires à l’isolation, préconisent les sénateurs dans leur rapport.
Dans cette démarche, Knauf Insulation invite le gouvernement à s’appuyer sur des dispositifs existants, car « le gouvernement ne semble pas avoir une pleine connaissance des marchés de l’isolation et propose des mesures comme le CarbonScore alors qu’il existe déjà des fiches dites ‘FDES’ qui permettent d’avoir une connaissance plus holistique de l’impact environnemental des matériaux d’isolation ».
Avec ces moyens supplémentaires et la rationalisation de ceux qui existent déjà, le gouvernement compte rénover entièrement plus de 200 000 logements en 2024 grâce aux dispositifs Ma Prime Rénov’, avant de monter crescendo jusqu’à atteindre 900 000 rénovations complètes par an en 2030, peut-on lire dans le tableau de bord à date de la planification écologique dévoilé en juillet.
Les attentes gouvernementales pour 2024 sont atteignables, selon Knauf Insulation, mais le maintien du nombre croissant de rénovations reste suspendu à une planification financière de long terme.
En conséquence, l’entreprise « appréhende 2024, parce que nous sortons à peine d’une crise du marché de l’isolation en 2022, due en partie à l’instabilité des dispositifs d’aide aux ménages ». La filière a en effet enregistré des pertes d’entreprises et d’emplois colossales.
« Dans un contexte de crise du logement qui s’annonce – effondrement du marché du neuf, loi climat-résilience ambitieuse et sortie du marché locatif des petites surfaces en passoires énergétiques – nous ne nous donnons pas encore les moyens de mettre en avant les vrais gestes », prévient-elle.

Tableau de bord de la planification écologique, publié en juillet 2023.
[Édité par Frédéric Simon]