La liste des antimicrobiens réservés à l'usage humain reste contestée malgré l'approbation des États membres

Les États membres de l’UE ont désormais officiellement apporté leur soutien à la liste des antimicrobiens réservés à l’usage humain proposée par la Commission. Malgré cela, les critiques ne faiblissent pas.

EURACTIV.com
Antimicrobial spans the globe, largely due to the misuse of antibiotics.
Les États membres de l’UE ont désormais officiellement apporté leur soutien à la liste des antimicrobiens réservés à l’usage humain proposée par la Commission. [<a href="https://www.flickr.com/photos/sheeppurple/3060243118/in/photolist-5EqxEo-29HnZx-oM2jcH-bnfvn-cU1qG7-M83S3-axXAYt-nCRq68-fqthsg-4vX6w3-5VBjwd-fqtcKe-p536s2-5KqL4x-BvuhSP-B5gxH4-fQGpp-6uDxo-5Kzyxq-7E2iiy-hhQcxp-DqUeq-7pYkCW-anC3Kh-pY5U6-5WTTXN-AnaaN-ArXkJ-4kWYLn-dnd4f9-AmJuu-427kJ-a9toi7-bfy8QX-5LjhCY-kQFmRX-8LykH1-djUzN2-8WjVWf-7gT96N-4BgwJH-5RCFQz-nLFuq8-6QyKwT-5fHMn4-9TCAzg-9wYuvs-dvdxp9-54fAvn-4LcTeq" target="_blank" rel="noopener">[V/Flickr]</a>]

Les États membres de l’UE ont désormais officiellement apporté leur soutien à la liste des antimicrobiens réservés à l’usage humain proposée par la Commission. Malgré cela, les critiques ne faiblissent pas.

La liste des antimicrobiens à réserver au traitement de certaines infections chez l’homme a été proposée par la Commission dans le cadre des exigences du règlement relatif aux médicaments vétérinaires, afin de lutter contre l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens (RAM).

Cela signifie que la vente de médicaments vétérinaires contenant les antimicrobiens figurant sur la liste sera interdite dès l’entrée en vigueur de la mesure.

La Commission prévoit d’adopter formellement la liste dans quelques semaines, après quoi elle sera publiée. Six mois après la publication, la liste deviendra effective.

« [La liste est] la première du genre dans l’UE, et une référence dans le monde entier, c’est une avancée majeure dans notre approche politique de “One-Health, une seule santé” pour freiner la résistance aux antimicrobiens », a déclaré la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, dans un communiqué.

« C’est un excellent exemple de la manière dont nous abordons ensemble la santé humaine, la santé animale et la santé végétale, tout en tenant compte de l’importance de l’environnement », a-t-elle ajouté, tout en saluant l’adoption de cette liste comme un exemple de l’UE ouvrant la voie à la lutte contre la RAM.

La liste est basée sur les recommandations de l’Agence européenne des médicaments (EMA), mais elle a été au centre de nombreuses discussions au sein de la commission de la Santé du Parlement européen (ENVI) et chez les parties prenantes.

Les parties prenantes ne sont pas d’accord sur la base de la liste

Health Care Without Harm (HCWH) Europe, un réseau de professionnels de la santé, ne se dit pas convaincu par l’approbation finale des États membres, selon Erik Ruiz, responsable du projet Safer Pharma.

L’association a fait part de ses préoccupations concernant la liste à plusieurs reprises tout au long du processus, notamment lorsque les États membres ont approuvé un premier projet au printemps.

« Le fait que la liste ait été approuvée par un groupe principalement formé d’experts vétérinaires, le Comité permanent des médicaments vétérinaires [au sein de l’EMA], indique que les contributions des experts en santé humaine n’ont pas été suffisamment prises en considération », a fait valoir Erik Ruiz.

« Il est alarmant de constater que les sources de données utilisées dans l’avis de l’EMA n’accordent pas une pondération prioritaire aux avis de la médecine humaine, alors que cet acte juridique vise à sauvegarder des outils essentiels de la médecine humaine dans le contexte des tendances croissantes de la RAM », a-t-il ajouté.

D’autre part, la Plateforme européenne pour l’utilisation responsable des médicaments vétérinaires (EPRUMA) se félicite de cette approbation.

« Il est rassurant de voir que les États membres soutiennent l’approche « One Health » de l’UE et font confiance aux avis scientifiques des agences de l’UE pour relever le défi de la résistance aux antimicrobiens. », a déclaré Steve Hallahan, président de l’EPRUMA, à EURACTIV.

Steve Hallahan a souligné qu’il ne s’agissait que d’un élément des actions de l’UE pour lutter contre la RAM et que le nouveau règlement européen sur les médicaments vétérinaires, qui est entré en vigueur en janvier, prévoit d’autres exigences à cet égard.

« Ces exigences renforceront l’utilisation responsable des antimicrobiens chez les animaux, en s’appuyant sur la réduction de 43 % de l’utilisation des antimicrobiens chez les animaux déjà réalisée au cours des dix dernières années dans l’UE », a déclaré M. Hallahan.

Les députés européens ont rejeté l’objection

« La décision prise aujourd’hui par les États membres est une déception, mais n’est pas une surprise », a déclaré l’eurodéputé écologiste Martin Häusling, qui, comme HCWH Europe, se souvient du bon accueil initial de la liste plus tôt cette année.

M. Häusling a participé à l’élaboration d’une objection au sein de la commission ENVI contre la liste des antimicrobiens, estimant qu’elle n’était pas assez ambitieuse. Si la commission ENVI a approuvé l’objection, elle a finalement été rejetée en séance plénière (23 juin), cette décision ayant suscité des applaudissements lors de l’annonce des résultats.

M. Häusling regrette que la liste telle qu’elle est actuellement soit sur le point d’être définitivement approuvée.

« La proposition réglementaire extrêmement faible de la Commission ne permettra pas d’enrayer la propagation de la résistance aux antimicrobiens. Ce qu’il faut au niveau de l’UE, c’est une liste d’antibiotiques réservés à l’usage humain qui inclut les antibiotiques les plus importants pour la médecine humaine tels que définis par l’OMS — mais qui les autorise pour le traitement des animaux dans des cas individuels justifiés », a-t-il déclaré.

La liste a alimenté plusieurs débats animés au sein de la commission ENVI, les députés européens s’interrogeant notamment sur la raison pour laquelle la colistine, un antimicrobien de dernier recours, a été exclue de la liste, étant donné qu’elle est classée comme un « antimicrobien d’importance critique de première priorité » par l’Organisation mondiale de la santé.