La question du transport maritime écologique divise l’UE selon une fracture est-ouest

L’UE peine à maintenir un front uni sur un accord mondial visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur maritime, plusieurs pays européens se rangeant du côté de la Chine ou des États-Unis.

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L’Organisation maritime internationale (OMI) était censée approuver un accord sur la transition vers des carburants durables, mais Washington ayant menacé de sanctions quelques jours avant le vote d’octobre, la Grèce et Chypre se sont abstenues. D’autres pays, dont l’Arabie saoudite, se sont rangés du côté des États-Unis, et le vote a été reporté d’un an.

Cette défection a ébranlé les décideurs politiques à Bruxelles, tandis que les ministres et les diplomates ont exprimé en privé leur colère face à la rupture des rangs d’Athènes et de Nicosie. À l’approche du vote reporté, Bruxelles peine à rédiger une nouvelle position commune.

L’OMI est désormais divisée entre ceux qui soutiennent l’accord initial — visant à remplacer les carburants de soute bon marché mais très polluants par des biocarburants respectueux du climat et des alternatives à base d’hydrogène — et ceux, menés par les États-Unis et leurs alliés, qui privilégient le gaz naturel liquéfié (GNL) comme « carburant de transition ».

Outre le CO2 qu’il produit lorsqu’il est brûlé, le GNL a un impact environnemental important en amont. Le cadre Net-Zero Shipping Framework (NZF) provisoirement convenu appliquerait un prix du carbone en augmentation constante aux carburants maritimes, ce qui conduirait progressivement à la disparition des hydrocarbures fossiles du marché.

Le camp américano-saoudien

Athènes a ouvert les hostilités en acceptant, lors d’une visite officielle à Riyad, de cosigner une proposition alternative visant à revoir l’accord sur le transport maritime propre. Cette initiative a été largement perçue comme une rupture publique avec la position commune de l’UE, qui avait soutenu à l’unanimité le NZF l’an dernier.

Après les révélations d’Euractiv sur les intentions grecques, Bruxelles a appelé les États membres à préserver l’unité du bloc, tout en pressant Athènes de clarifier sa position.

Quoi qu’il en soit, le ministre grec de l’Énergie, Stavros Papastavrou, est rapidement revenu sur ses propos antérieurs dans une interview accordée à Mega TV.

« Nous travaillerons d’abord avec nos partenaires européens », a-t-il déclaré. « À l’heure actuelle, cependant, nous sommes dans une impasse », a ajouté le ministre. « Nous coopérons pour trouver une solution mutuellement acceptable et réaliste, d’abord au niveau européen, puis, au cours de l’année à venir, avec les États-Unis et d’autres pays intéressés. »

Malgré ces assurances, Euractiv a appris qu’aucune coordination concrète n’était actuellement en cours au sein de l’UE autour d’une proposition commune.

Le Danemark se tourne vers Pékin

Par ailleurs, un diplomate européen a déclaré que le Danemark, première nation maritime d’Europe du Nord, et les Pays-Bas avaient eux-mêmes tenu des réunions séparées avec la Chine.

La source diplomatique a confié à Euractiv que les deux pays avaient ensuite « débriefé » leurs partenaires de l’UE, ce qu’Athènes n’avait pas fait après sa réunion avec les responsables saoudiens.

Les diplomates danois et néerlandais ont rapporté que Pékin avait fait part de sa volonté de désamorcer la situation et de rechercher un terrain d’entente avec Washington.

Interrogée pour confirmer ces réunions, l’Autorité maritime danoise nous a indiqué qu’elle collaborait régulièrement avec un large éventail d’États membres de l’OMI sur la règlementation climatique mondiale et le NZF en particulier. « Nous ne sommes pas en mesure de partager des informations sur des réunions informelles spécifiques », a-t-elle affirmé.

Diplomatie en marge de Davos

Une autre source diplomatique a suggéré que la responsabilité incombait désormais à la Grèce, qui a rompu les rangs en octobre, d’aider à résoudre l’impasse politique.

« Bruxelles attend d’eux qu’ils présentent une proposition réaliste », a expliqué le diplomate à Euractiv.

La Commission européenne s’est dite prête à « jeter des ponts » avec toutes les parties. Un autre diplomate de l’UE a suggéré que les développements impliquant les États-Unis lors du Forum économique mondial de Davos la semaine dernière indiquaient un regain d’efforts européens pour renouer le dialogue avec Washington.

« Il a été décidé d’éviter toute escalade avec les États-Unis », a noté le diplomate.

Un dossier enlisé de longue date

L’OMI travaille depuis des années à la mise en place d’une stratégie visant à réduire l’impact climatique d’un secteur qui représente près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ainsi que d’autres pollutions liées aux carburants qu’il utilise.

Dans la pratique, ce cadre orienterait le marché vers des alternatives à faible émission carbone telles que l’hydrogène, les biocarburants et les carburants synthétiques dérivés d’énergies renouvelables, un changement qui favoriserait des pays comme le Danemark et la Chine, qui ont investi massivement dans ces technologies.

Cette initiative semble désormais bloquée en raison d’un fossé grandissant entre les États-Unis, qui ont misé sur l’expansion des énergies fossiles au cours de la première année du second mandat de Donald Trump, et les pays qui ont investi dans les technologies propres et qui ont tout à gagner à poursuivre la transition énergétique.